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Monde

21ème vendredi de manifestation

Algérie. Les manifestants ne se laissent pas intimider par le chef de l’appareil militaire

Le régime monte d’un cran la répression contre le mouvement mais les manifestants restent déterminés et exigent le départ de Gaïd Salah.

lundi 15 juillet

Dans un discours prononcé le 10 juillet à Alger, Ahmed Gaïd Salah, le chef de l’état-major de l’armée, vice-ministre de la défense, et de fait chef du régime depuis la démission de Bouteflika, menaçait les manifestants, en les qualifiant de « traîtres à la Nation » et en les accusant de se faire manipuler par des « forces hostiles à l’Algérie ». Toute une rhétorique que le régime en place, et en particulier l’appareil militaire, a d’ailleurs utilisée pour justifier la répression contre le mouvement populaire. Vendredi dernier les masses populaires algériennes sont donc descendues nombreuses dans les rues, pour montrer que l’appareil militaire ne leur fait pas peur et n’ébranle pas leur volonté de dégager l’ensemble du système.

Suite à l’échec de plusieurs manœuvres visant a diviser le mouvement – la dernière étant l’interdiction du drapeau amazigh dans les manifestations avec laquelle le régime espérait gagner la frange hyper nationaliste des Algérien.ne.s – le régime durcit en effet la répression policière, entre interdiction d’entrer dans la capital, contrôle des arrivants à la gare d’Alger, et arrestations dès le matin devant la Grande Poste d’Alger où se rassemblent les manifestants.

C’est donc après que les masses populaires algériennes aient montré par leur mobilisation leur refus catégorique d’aller vers des élections pilotées par le régime actuel, rendant ainsi impossible la tenue des élections du 4 juillet, que le chef de l’appareil militaire persiste et signe. Cette surenchère sécuritaire démontre que le simulacre d’opération anti-corruption n’était qu’une manœuvre pour tenter de gagner la sympathie populaire et de restaurer la légitimité du régime par des élections manipulées. Et cela afin d’assurer la continuité de l’ère Bouteflika sans Bouteflika, pour mettre en place de nouvelles réformes anti-sociales réclamées par le patronat et l’impérialisme, qui veulent profiter d’une main d’œuvre toujours moins chère et bénéficier d’un accès plus large aux hydrocarbures, un secteur encore partiellement nationalisé hérité de la guerre d’indépendance.

Alors qu’avec la fin du ramadan et la chaleur caniculaire, le mouvement semblait être marqué par une baisse relative en termes de nombre de manifestants, cette déclaration menaçante de Gaïd Salah une semaine après le 57ème anniversaire de l’indépendance nationale a eu l’effet inverse de remobiliser les masses populaires algériennes pour ce 21ème vendredi de manifestation, à hauteur des premiers jours de mobilisation.

Avec les slogans « Gaïd Salah dégage », « El yed fel yed, ennehou el issaba wen zidou el Gaïd » (« Main dans la main, on chassera la bande et avec elle Gaïd Salah »), « Ulach smah » (« pas de pardon »), les manifestants ont clairement répondu aux déclarations du chef de l’appareil militaire. Et si ce dernier a bien essayé de profiter du succès de l’équipe de football nationale pour la Coupe d’Afrique des Nations, en offrant des places et des voyages gratuits aux supporters voulant assister à la demi-finale, la réponse des manifestant a encore une fois été unanime en lançant ce slogan « mathchouhalnach bel balone » (« vous n’allez pas nous endormir avec le ballon »).

Face à la répression croissante, et aux discours alarmistes des libéraux qui en appellent à une transition qui n’a de démocratique que le nom, pour mettre en avant la même politique économique et sociale que celle du régime, qui ne vise qu’à en finir avec les derniers acquis de la révolution de 1962 notamment en privatisant les entreprises publiques et les logements sociaux, en supprimant les subventions sur les produits de première nécessité, et en mettant fin à l’université publique et gratuite, il est nécessaire que les masses populaires prennent leur destin en main en s’organisant sur leurs lieux de travail, d’étude, et d’habitation, afin d’exiger la libération des détenus politiques, de défendre le droit de s’organiser et de manifester contre la répression, et de structurer le mouvement par en bas en partant de leur propre revendication, et d’élire une assemblée constituante révolutionnaire pour en finir avec les institutions du régime, réaliser les tâches de l’indépendance nationale jusqu’au bout, et satisfaire les intérêts démocratiques et sociaux de tout ce que le peuple algérien compte d’opprimés, contre l’impérialisme et ses relais locaux.




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