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Le remplacement de Ruth Bader Ginsburg à la Cour Suprême : nouvel enjeu de la présidentielle américaine ?

Il ne reste plus qu’une cinquantaine de jour avant les prochaines élections américaines où le tristement célèbre Donald Trump jouera sa réélection. Mais, ce vendredi 18 Septembre, le décès de la Juge de la Cour Suprême des États-Unis, la populaire Ruth Bader Ginsburg, a provoqué des secousses importantes dans l’échiquier politique. L’inquiétude de milliers d’individus quant à l’avenir des droits reproductifs aux États-Unis montre le pouvoir démesuré détenu par le poste de Juge de la Cour Suprême, sommet du pouvoir judiciaire aux US et tribunal de dernier ressort. Derrière son icône progressiste, de gauche (aux États-Unis, libérale-démocrate), que représente réellement Ruth Bader Ginsburg et la place qu’elle occupait ?

mardi 22 septembre

Article adapté de Left Voice, média frère de Révolution Permanente

Crédit photo : REUTERS / JIM YOUNG

Une icône progressiste revendiquée par les libéraux à la tête d’une institution dépassée

Décédée à l’âge de 87 ans dans la nuit de vendredi dernier suite aux complications liées à un cancer qu’elle combattait depuis 20 ans, Ruth Bader Ginsburg était la seconde femme à présider à la Cour Suprême, nommée à l’origine par Bill Clinton, et a conquis une réputation de figure féministe et progressiste. Déjà deux films ont été produits sur elle, et on peut voir à la période d’Halloween aux États-Unis, de nombreuses personnes arborer un costumes à son effigie. Pour autant, elle décida aussi dans sa carrière de refuser l’asile à des réfugiés (Department of Homeland Security v. Vijayakumar Thuraissigiam) ou à se prononcer contre la souveraineté de peuples natif-américains (City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York).

Le décès de Ruth Bader Ginsburg, mais surtout la perspective de son remplacement, a des conséquences politiques assourdissantes. Contrairement à son souhait pre-mortem de ne pas être remplacée d’ici les élections du nouveau président américain (espérant ouvertement l’élection d’un Démocrate), Trump et les Républicains font actuellement tout pour choisir quelqu’un pour la remplacer, qui puisse être un maximum de leur bord politique et, Trump l’a annoncé récemment, avec la volonté de nommer une femme, dans une tactique vis-à-vis de l’électorat féminin, qui se dirige, pour le moment, majoritairement vers Biden.

Mais cette crise révèle surtout l’absurdité du pari politique des libéraux qui devait compter sur la mort la plus tardive de Ruth Bader Ginsburg, jusqu’à l’élection d’un Biden par exemple, pour garantir les droits les plus basiques aux citoyens américains. On peut y voir par là l’immense faiblesse d’une institution aussi anti-démocratique que la Cour Suprême des États-Unis.

Une élection s’annonçant chaotique et une bataille de procédure entre les partis

La nomination du successeur à Ruth Bader Ginsburg est capitale en vue des élections présidentielles de Novembre car il lui reviendra peut-être de trancher en cas de contestations des résultats, comme ce fut le cas en 2000 lors de l’élection de George W. Bush. Les Démocrates et les Républicains ont déjà assemblé une armée d’avocats prêt à mener cette possible bataille des résultats électoraux.

Mais la situation actuelle est beaucoup plus imprévisible et chaotique. Comme s’inquiètent déjà la plupart des journaux américains et internationaux. En effet, beaucoup présagent une tentative de Trump de s’accrocher au pouvoir même après une défaite électorale. Il a, de fait, passé les dernières semaines à remettre en question les élections à venir, ainsi que ses procédures comme le vote par correspondance, ou encore encourageant les gens à pas voter à cause de la pandémie. Bien plus encore, Trump n’a pas hésité à encourager certaines milices d’extrême-droite à s’organiser, à attaquer voire tuer des manifestants.

Bien que le droit de vote soit un droit fondamental que nous défendons sans concessions, il faut se rendre à l’évidence qu’aux États-Unis, l’existence même d’une Cour Suprême, composée de neuf personnes uniquement, nommées, à vie(!), par le président et le Sénat, non-élues donc, est un obstacle à ce que le vote de la population soit reconnu, surtout lorsque cette institution peut trancher définitivement le résultat de l’élection présidentielle.

Ces prochaines semaines, la bataille électoral entre démocrates et républicains risque donc de se centrer sur qui remplacera Ruth Bader Ginsburg. Or, en tant que socialistes révolutionnaires, nous ne pouvons accepter ce cadre de débat. La Cour Suprême est une institution illégitime, anti-démocratique et oppressive. Pourquoi neuf personnes non-élues, payées des centaines de milliers de dollars par an devrait avoir le droit de décider sur le droit à l’avortement, sur les conditions de licenciement d’un employé ? Tout comme d’autres institutions créées par la bourgeoisie dans le monde, sa nécessité est d’abord apparue dans la défense de la classe dominante et dans l’oppression des classes exploitées et opprimées.

Dans cette situation de chaos et d’inquiétude profonde dans toutes les couches de la population américaine, le Parti Démocrate tente de canaliser ces peurs dans un vote pour Biden, prétendant que ce dernier serait le dernier rempart contre l’extrême-droite - discours qui peut nous paraître familier en France. Mais l’histoire et l’expérience révolutionnaire démontre que seules des organisations et des partis ouvriers solides, peuvent faire réellement reculer l’extrême-droite. Biden, les Démocrates ou encore la Cour Suprême ne peuvent prétendre protéger les américains dans leur ensemble. Il nous paraît donc logique, non seulement d’abolir la Cour Suprême mais surtout de s’organiser pour pouvoir aller plus loin dans le renversement de toutes les institutions bourgeoises et de leur système économique, le capitalisme.




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