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Le scandale McKinsey fragilise le président des riches et éclabousse la macronie

A 10 jours des élections, les scandales révélés autour du cabinet de conseil McKinsey représentent une véritable épine dans le pied de la macronie. Entre dépenses faramineuses d’argent public pour des conseils et optimisation fiscale, ces révélations viennent démontrer que Macron est bien le président au service des plus riches.

vendredi 1er avril

Le cabinet de consulting McKinsey est au cœur d’un scandale qui éclabousse la macronie à quelques jours des élections, épinglé dans un rapport du Sénat. Un scandale qui repose d’une part sur le recours exorbitant au cabinet par le gouvernement et d’autre part sur les pratiques d’optimisation de McKinsey, qui n’a pas payé d’impôts en France alors même qu’il est en partie rémunéré avec de l’argent public.
Ce cabinet, parmi les plus importants au monde, emploie 33 000 salariés et a eu un chiffre d’affaires de plus de 10 milliards de dollars en 2018. Un mastodonte du système qui conseille 90 des 100 entreprises les plus importantes du globe, ainsi que de nombreux gouvernements.
Finalement cette affaire fait ressortir ce que Macron et les siens cherchent à minimiser : des pratiques de copinages et d’entre-soi idéologique qui accompagnent les réformes néolibérales et leurs conséquences terribles.

Macron arrose d’argent public les cabinets privés …

Dans son rapport, le Sénat pointe les sommes colossales dépensées par le gouvernement Macron dans le consulting et en forte augmentation au cours du quinquennat, de 379 millions d’euros en 2018 à 89 millions en 2021. Et au moins 27 millions d’euros ont été versés à McKinsey aux frais du contribuable pour différentes missions, sans même compter les prestations pour lesquelles il était co-missionné. Parmi ces missions, l’évaluation de la stratégie nationale de santé, le contrôle de la viabilité de la CAF dans le cadre de la réforme des APL, ou encore la gestion de la campagne vaccinale.
Un prêté pour un rendu, puisque le cabinet a contribué comme le révélait Médiapart à l’arrivée au pouvoir de Macron qui l’arrose en retour de juteux contrats.
D’autant que McKinsey est également épinglé par la commission du Sénat pour les pratiques d’optimisation fiscale auxquelles s’adonne le cabinet, ce qui lui a permis de ne pas payer d’impôts en France depuis 10 ans. Un scandale qui vient démentir les déclarations du cabinet qui a affirmé dans un communiqué que « toutes les entités de McKinsey en France sont assujetties à l’impôt sur les sociétés ». Il faut noter que McKinsey a vu lors des 5 dernières années son chiffre d’affaires monter en flèche : 329 millions d’euros en 2020, dont environ 5% dans le secteur public selon ce même rapport.

Si Bruno Lemaire a annoncé face à la tourmente que le cabinet McKinsey « paiera ce qu’il doit », cherchant à blanchir le gouvernement de son recours récurant aux cabinets privés, « un phénomène tentaculaire » comme le décrit le rapport du Sénat, cette affaire témoigne bien de la collusion entre intérêts privés et gouvernement.

… pour mettre en place ses réformes austéritaires

Un arrosage d’argent public d’autant plus scandaleux que les préconisations du cabinet ont servi à accompagner les contre-réformes néolibérales de Macron.
Ainsi, en février 2021, alors que le personnel de l’éducation nationale se met en grève face à la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement dans les écoles, et que Blanquer annonce son protocole depuis son transat à Ibiza, un rapport de la commission du Sénat révélait que 496.800 euros d’impôt des contribuables étaient versés au cabinet McKinsey pour un soi-disant séminaire sur le métier d’enseignant. Alors que les enseignants galèrent avec des moyens sans cesse rognés pour l’éducation publique, Macron arrose un cabinet privé d’un demi-million d’argent public. Un gaspillage récompensé, puisque le ministère de l’Éducation a également demandé au cabinet McKinsey de travailler sur « la rémunération au mérite des professeurs et la gouvernance des établissements scolaires  », autant de mesures qui figurent en bonne place dans le projet de casse de l’Education annoncé par Macron pour son prochain quinquennat.

Dans le même sens, McKinsey aurait reçu quatre commandes de la part de la macronie pour réformer les APL pour un total de 3,88 millions d’euros, pour une réforme qui a contribué à précariser les jeunes et les plus précaires dans un contexte de crise économique.
D’autre part, l’exécutif a fait appel au cabinet de conseil américain pour penser le déploiement du vaccin en France, notamment le « cadrage logistique » et la « coordination opérationnelle ». Comme nous l’écrivions dans les colonnes de Révolution Permanente en janvier dernier, « ce qui choque d’autant plus, c’est le montant d’une telle prestation aux frais de l’État et donc des contribuables : près de deux millions d’euros par mois, selon Le Point  ». Tous cela pour une gestion qui a été, rappelons-le, catastrophique, avec de nombreux retards dans les campagnes, des problèmes de stocks, … Pendant que des milliers de personnes étaient envoyés en réanimation faute d’une stratégie sanitaire à la hauteur.

Un scandale qui démontre donc bien la volonté du gouvernement : défendre les intérêts de la bourgeoisie en faisant payer la crise aux travailleurs.

À moins de deux semaines des élections, une épine dans le pied pour la macronie

Si le gouvernement cherche à aujourd’hui à se blanchir, ces récents scandales successifs sont une véritable épine dans le pied pour le président-candidat. Alors que Macron semblait maîtriser le bilan de son quinquennat, l’affaire McKinsey commence à peser et peut risquer de faire bouger les lignes lors de l’élection.

En effet, si Macron cherche aujourd’hui à construire autour de lui un « front républicain » bis, visant à affronter la montée de LePen dans les sondages, ces jeux d’influence et un rappel du bilan anti-social du quinquennat le fragilisent grandement, à l’heure où les élections présidentielles sont marquées par une très large défiance.

Si ces affaires embarrassent la macronie à seulement deux semaines des élections, elles soulignent surtout le fait que Macron est le président au service des plus riches, au plus grand bonheur des consultants. Face à la guerre sociale que Macron nous promet, il est nécessaire de préparer la riposte sur le terrain de la mobilisation sociale.



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