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Le second référendum sur l’indépendance de la Kanaky aura lieu le 30 août ou le 6 septembre

Ce jeudi, Edouard Philippe recevait les partis politiques de Kanaky à Matignon. Le but étant de préparer le second référendum sur l’indépendance du Caillou prévu par les accords de Nouméa. Il aura lieu le 30 août ou le 6 septembre et les non kanak nouvellement majeurs ayant plus de trois ans de résidence ne seront pas inscrits d’office sur les listes électorales.

vendredi 11 octobre

Edouard Philippe a reçu ce jeudi à Matignon les leaders « loyalistes » et indépendantistes kanaks afin de se mettre d’accord sur la date et le corps électoral pour le prochain référendum sur l’indépendance de la Kanaky. Selon les accords de Nouméa de 1988, trois consultations sont prévues en cas de victoire du « non » aux deux premiers exercices.

Le premier ministre a obtenu un accord après de longues heures de négociations.
La réunion à Matignon a débuté par des discussions sur l’économie de la Kanaky en l’absence d’une partie des indépendantistes, qui ont estimé que cela ne rentrait pas dans le cadre de l’accord de Nouméa. Le gouvernement a annoncé « près de 75,5 millions d’euros supplémentaires aux contrats de développement des collectivités calédoniennes, ainsi que près de 125 millions d’euros de liquidités pour refinancer les banques calédoniennes, en manque d’épargne », selon L’Express. Un joli petit chèque pour faire croire que la France est généreuse et soucieuse du bien être des habitants du Caillou. Mais il ne faut pas se faire d’illusion. Cet argent ira pour le Sud de l’île où se concentrent les élites et à forte majorité Caldoches (population issue essentiellement de l’immigration européenne). Au nord où les Kanaks sont majoritaires, le chômage est massif, le nombre de non-diplômés dépasse les 50% de la population. Les Kanaks sont en minorité sur leur propre sol et n’occupent pas de postes clefs. Le premier Kanak à devenir avocat a prêté serment en… 2016. C’est-à-dire 163 ans après le début de la colonisation.

La deuxième partie des négociations de ce jeudi portée sur la date et le corps électoral. Le deuxièeme référendum se tiendra donc soit le 30 août soit le 6 septembre. Edouard Philippe a annoncé que la date définitive sera fixée « dans les quinze jours ».

Des discussions qui s’annonçaient difficiles pour le pouvoir français

Lors du premier référendum, le « oui » à l’indépendance a recueilli 43,3 % des voix. Cela a été une grande surprise puisqu’il était crédité de 20 à 30 % dans les sondages.

Prévu normalement fin 2020, les Caldoches (population issue essentiellement de l’immigration européenne) cherchaient à avancer le plus possible le deuxième référendum afin de restreindre la campagne pour l’indépendance et de reproduire le résultat de novembre 2018.
Edouard Philippe avait exprimé son souhait que cette deuxième consultation « soit aussi irréprochable que la première ».

C’est une question de point de vue. Le premier référendum a vu bon nombre d’irrégularités. Tout d’abord, le gouvernement n’a pas permis à de nombreux Kanaks de faire leur procuration en ne dotant pas les gendarmeries et commissariats de police du matériel nécessaire. Les forces de l’ordre renvoyant chez eux les Kanaks venus exercer leur droit démocratique.
Le deuxième problème du premier référendum a été le corps électoral. En effet, les Kanaks ont obtenu l’inscription d’environ 7 000 des leurs sur les listes électorales lors de l’accord de 2017. Il restait encore 12 100 Kanaks non-inscrits, soit 6% du corps électoral du premier référendum. En échange de cette concession, les Caldoches ont eu le droit d’inscrire sur les listes plus de 3 000 des leurs.

Ces manœuvres ont pour but d’empêcher sous une pseudo-légalité les Kanaks de se prononcer pour leur autodétermination. Ils sont en minorité sur leur propre terre suite aux vagues de colonisations notamment celles de la fin des années 70, une immigration censée « blanchir » l’archipel encouragé par les gouvernements français.

La date retenue pour le référendum aura un fort impact

L’Avenir en Confiance, alliance des partis de droite anti-indépendantiste, souhaitait aller très vite. Dirigé par un courant radical opposé à « toute nouvelle concession aux indépendantistes », ils avaient remporté les élections de mai dernier en faisant campagne pour accélérer le processus de consultation afin d’ancrer définitivement la Kanaky dans la République française. Si possible sous Macron. Le but étant également d’empêcher les indépendantistes de faire campagne et mobiliser massivement les Kanaks.

Calédonie Ensemble (UDI) souhaitait au contraire prendre son temps afin que le troisième référendum soit organisé après les présidentielles. Philippe Dunoyer, porte-parole de Calédonie Ensemble, explique à La 1ère.franceinfo qu’ « Il faut prendre toutes les mesures, y compris en matière d’inscription sur les listes électorales, notamment avec une révision complémentaire, pour que le référendum se passe le mieux possible » craignant « une instrumentalisation politique au plan national ».
Par le passé, les élections présidentielles en France ont eu de grave conséquence pour les Kanaks. Le massacre de la grotte d’Ouvéa s’est déroulé à l’occasion de l’entre-deux tours des élections de 1988 entre Mitterrand et Chirac. Le président socialiste sortant a laissé à Chirac la responsabilité du massacre qui lui de son côté voulait montrer sa fermeté.Les enjeux politiques de cette période ont accéléré la prise de décision du massacre qui a coûté la vie à 19 Kanaks.

De son côté le FLNKS voulait un référendum organisé la première semaine de novembre 2020, c’est à dire le délai maximum. Ils voulaient un maximum de temps pour faire campagne et tenter de faire aussi bien que lors du premier référendum. Pierre Chanel Tutugoro du FLNKS, explique à La 1ère.franceinfo qu’il faut « Donner le temps à l’état et à ses services de pouvoir amener les mesures collectives pour que les dysfonctionnements qui avaient été pointés au moment de la première consultation, puissent mettre en place des mesures collectives ».

Edouard Philippe a décidé d’avancer le référendum. Relevé par Le Monde, le relevé de conclusions de la réunion justifie le choix du 30 août ou du 6 septembre 2020. Ces dates « permettent de conserver l’ensemble des alternatives possibles visant à éviter la concomitance des échéances électorales nationales du printemps 2022, à préparer la sortie de l’accord de Nouméa et à envisager une éventuelle troisième consultation en 2021 ou en 2022 ». C’est surtout une concession aux Caldoches comme le montre les déclarations de la chef de fil de l’AEC, Sonia Backès. « Nous avons obtenu que la date soit avancée, et la possibilité de mener le processus à son terme avant la fin de la mandature peut être envisagée », jugeant le bilan « positif ». De plus cela fait 2 mois de campagne en moins pour les Kanaks. En échange, le gouvernement a décidé de ne pas inscrire automatiquement sur les listes électorales les non kanak nouvellement majeurs ayant plus de trois ans de résidence continue sur l’archipel.

La question du corps électoral, ou qui décide de l’indépendance du peuple Kanak

Comme lors du premier référendum la question de qui votera est centrale. Si les partis Caldoches semblent être en désaccord sur le calendrier, ils se retrouvent sur ce point. Ils voulaient ouvrir les listes électorales aux « natifs » justifiant de 3 ans de résidence continue à la date du vote pour les référendums de 2020 et 2022. Augmentant ainsi leur capacité de vote et de mettre encore plus en minorité le vote kanak.

Du côté du FLNKS, il n’en était pas question. S’ils souhaitaient le maintien de dispositifs mis en place pour le 4 novembre 2018, comme le vote des détenus par correspondance, ils refusent l’inscription automatique des « natifs », considérant que les accords de 2018 étaient exceptionnels.

D’après Le Monde, il aurait fallu une loi organique pour changer la liste électorale, ce que refusaient les indépendantistes. Mais Edouard Philippe l’a assuré, ils « seront identifiés et contactés personnellement » afin qu’ils fassent la démarche de s’inscrire sur cette liste. Par contre il n’y aucune annonce sur les Kanaks non inscrit sur les listes électorales.

Le corps électoral de 2018 avantageait déjà les Caldoches. Il fallait habiter en Kanaky depuis 1993 et être né sur le Caillou et vivre 3 ans en résidence continue sur le sol kanak avant la date du vote. Une forte population d’origine européenne pouvaient donc voter pour savoir si les Kanaks, les véritables natifs, pouvaient accéder à leur indépendance. Les européens n’ont pas voté lors du référendum sur l’indépendance de l’Algérie. Ici, les colons ont le droit de vote et on constate que cela a une importance non négligeable sur le résultat.

Un premier référendum où les Kanaks avaient voté oui !

Pour constater l’effet que peut avoir le vote des européens sur l’issu du référendum, il suffit de regarder les résultats de la dernière consultation. Ce serait entre 80 et 90% des Kanaks qui auraient voté pour l’indépendance en 2018. Le Nord de l’archipel est 4 fois moins peuplé que le Sud et les Kanaks y représentent 70,5% de la population contre 26.1% dans le Sud. Dans la province Nord de la Grande Terre, le « oui » à l’indépendance l’a emporté avec 76,98% des voix. Le territoire des îles Loyauté au Nord est peuplé à 94% de Kanaks. Il est composé des îles Maré, Lifou et Ouvéa. Le « oui » l’a emporté respectivement à 84,8%, 79,92% et 84,18% sur ces îles. Dans le Sud, majoritairement composé de Caldoches et beaucoup plus peuplés, c’est le « non » qui l’emporte avec 73,7% des voix.

Avec ces résultats on constate que la question du corps électoral est centrale pour le référendum à venir. Edouard Philippe avant la réunion de ce jeudi avait déjà donné le ton : « réussir cette deuxième consultation, ça veut dire que nous devons nous reposer sur ce qui a déjà été fait ». C’est à dire ouvrir aux non-kanaks la possibilité de voter. Si finalement il n’est pas allé jusque-là en changeant la loi, il a annoncé que l’État allait faire des démarches pour les contacter individuellement afin qu’ils s’inscrivent eux même sur les listes. Par contre, il ne semble pas que l’État fasse de même avec les Kanaks non inscrit.

Une fois encore, les Kanaks se voient déposséder de leur droit à l’autodétermination.
Pour que ce référendum soit juste, il faudrait que seulement les vrais Kanaks puissent voter ainsi que les descendants des bagnards, leurs gardiens et les agriculteurs des premières colonies de peuplement et les descendants de la main d’œuvre importé par les colons, c’est à dire les victimes de l’histoire, les victimes de l’impérialisme français.




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