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Le témoignage d’Adrien, vidéaste indépendant placé en garde-à-vue pour avoir filmé l’Acte 28

Je suis documentariste indépendant. J’ai été victime d’une mise en garde à vue abusive et d’une prolongation motivée par mon rôle de vidéaste au sein d’une manifestation. Mon témoignage remet en cause la liberté de la presse et de pouvoir informer.

samedi 1er juin

Depuis l’acte 20, je suis le mouvement des gilets jaunes en immersion chaque samedi afin de réaliser un documentaire qui donne un regard proche, authentique et humanisant des manifestants, dans une démarche anthropologique. Je n’ai pas de carte de presse, je fais ça à but non-lucratif sur la chaîne Youtube « LSD Video ».

Ce samedi, je suis allé tourner pour l’acte 28 dans un cortège pacifique et sans débordement dans le 17ème arrondissement. Nous nous sommes retrouvés nassés avec 80-100 personnes dont beaucoup de streets medics, ainsi que plusieurs médias comme L’AFP et RT France. Suite à ce nassage, la préfecture a décidé d’interpeller l’ensemble des personnes présentes. Les médias que j’ai cité ont été libérés grâce à leurs cartes de presse.

À 14 heures nous avons été transférés dans un bus vers la sûreté territoriale du 19ème arrondissement. Arrivés, ils nous ont expliqué qu’on nous maintiendrait deux heures dans un espace en extérieur avant de nous libérer. Mon nom a ensuite été appelé avec celui de deux street medics. Ils nous ont menottés et emmenés à l’intérieur pour une mise en garde à vue. Trois OPJ ont été déférés du commissariat de Riquet, pour s’occuper de nous.

Les motifs de mise en garde à vue étaient :

- « Possession d’armes prohibées ». En référence à mon masque à gaz, mes lunettes de protection en cas de gaz lacrymogène, ainsi que mon casque de skate munit de quatre autocollants « PHOTO » pour distinguer mon activité.

- « Participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ». Bien que la manifestation n’était pas déclarée, elle n’affichait aucun signe de violence.

Les OPJ nous ont ensuite auditionnés tous les trois, les mains attachées avec des serflexs trop serrés. Ils prennent rapidement conscience de notre innocence. Le ton change, nos mains sont détachées. Ils nous expliquent qu’ils vont prévenir la magistrate dans quelques heures, qu’il n’y a pas d’éléments contre nous et que notre libération devrait suivre vers 19h.

En attendant, ils nous fichent (prise d’empreintes, photos). Puis nous sommes tous les trois mis en cellule.

Vers 18h, un des OPJ vient nous voir sur ordre de la magistrate et me demande de déverrouiller mon téléphone pour l’inspecter, ils ne trouveront finalement rien.

Plus tard, les deux street medics qui étaient avec moi sont libérés. Je suis le dernier à sortir de cellule. Je retrouve les trois OPJ, ils m’expliquent que la magistrate a décidé de me garder en cellule pour la nuit en vue d’une fouille approfondie de mon téléphone ainsi que de la carte SD de caméra (qui contient à peine 10 minutes de rushes). Mon matériel de prise de vue et ma qualité de vidéaste sont les motivations exclusives de ce maintien en garde à vue. Les OPJ sont désolés, ils m’expliquent que la décision ne dépend pas d’eux, qu’ils appliquent les instructions, que mon activité touche un sujet sensible d’ordre politique.

À 19h ils m’amènent au commissariat de Riquet, spécialisé dans le braquage en flagrant délit. Je suis placé dans une des 4 cellules, les 3 autres sont occupées par des personnes n’ayant aucun lien avec la manifestation.

Mon dossier est transmis à l’OPJ de nuit qui inspecte une nouvelle fois mon téléphone ainsi que mes rushes, en vain.

À 21h30 il m’explique que mes rushes illustrent une manifestation sans débordement. Il semble ne pas comprendre les raisons de mon maintien en garde à vue. Tout comme ses collègues, il affiche de la bienveillance à mon encontre. Il m’annonce qu’une décision sera exprimée par la magistrate le lendemain matin.

Apres avoir passé la nuit dans une cellule délabrée, je suis libéré le lendemain à 10h30.

Le motif retenu contre moi :

« Participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations »

Adrien, LSD Video.




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