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Législatives. Le RN peine à capitaliser sur les présidentielles mais renforce son ancrage territorial

Avec 19,1% des voix, le parti d’extrême droite devrait pouvoir se doter d’un groupe à l’AN pour la première fois de son histoire, mais n’a pas su capitaliser sur le score de Marine le Pen à la présidentielle. Un résultat qui témoigne de l’implantation territoriale nouvelle du RN mais aussi de ses contradictions.

mercredi 15 juin

Crédits photo : EMMANUEL DUNAND / AFP

Un score en recul par rapport aux présidentielles mais une forte progression par rapport à 2017 et la mainmise à l’extrême droite

Avec près de 19% des voix lors du premier tour de ces élections législatives, le RN finit troisième derrière la Nupes et Ensemble !, parti de la majorité présidentielle. Du fait de l’abstention massive et historique de ces élections législatives, le RN perd près de la moitié de son électorat par rapport à l’élection présidentielle et selon les projections se place derrière Les Républicains en termes de sièges dans l’hémicycle. Malgré donc un relatif échec, ce résultat constitue pour le parti d’extrême-droite une avancée considérable dans sa quête d’institutionnalisation.

En dépit d’une non compagne, le RN fait largement mieux qu’en 2017. En engrangeant 1,2 millions de voix de plus qu’il y a 5 ans, il est le seul parti à connaître une telle progression, alors qu’en termes de voix le total de la Nupes (si on additionne le score de ses différentes composantes en 2017) et d’Ensemble s’est réduit par rapport à 2017. Selon les projections, un tel score devrait permettre au parti de multiplier considérablement son nombre de députés en le portant à 31 sièges selon les dernières projections, contre 8 aujourd’hui, de quoi pouvoir constituer un groupe RN à l’assemblée nationale pour la première fois de l’histoire de la Vème République -hormis la courte période où la proportionnelle intégrale a été en vigueur entre 1986 et 1988 et lors de laquelle le FN avait obtenu 35 députés.

Surtout, le RN parvient à réaffirmer son leadership de premier parti de l’extrême-droite en marginalisant complètement Reconquête et Éric Zemmour qui espéraient exister à la droite du RN mais réalisent un score extrêmement faible. « L’autre objectif de Marine Le Pen, c’est d’en terminer avec Éric Zemmour. Une alliance avec Reconquête aurait pu lui permettre d’avoir un groupe plus conséquent mais ça aurait surtout permis à Éric Zemmour d’exister. Pour Marine Le Pen, ces législatives doivent solder l’influence d’Éric Zemmour » rappelait à ce titre Bruno Cautrès pour Public Sénat le 24 mai dernier.

Pour le RN, des législatives synonymes d’implantation territoriale et de structuration institutionnelle

Avec une telle progression, le RN étend son implantation dans de nouveaux territoires. Comme le souligne Le Monde, dans 18 départements, le RN arrive au second tour dans toutes les circonscriptions. Toujours fort dans ses terres « historiques » du Nord ou du Sud de la France, le RN poursuit son implantation dans ces territoires en arrivant au second tour dans toutes les circonscriptions du Pas-de-Calais et des Ardennes, du Vaucluse et du Var par exemple. Mais il s’étend également dans des départements du Sud-Ouest comme le Tarn-et-Garonne où il arrive également au second tour dans toutes les circonscriptions. Le RN parvient même à être en tête dans la 3ème circonscription de Guadeloupe, là aussi une première. « On n’est plus cantonné à ce qui était historiquement perçu comme nos zones de force, dans ce qu’on pourrait appeler le RN du Nord ou le RN du Sud », s’est ainsi félicité Jordan Bardella, le président par intérim du parti, au quartier général, lundi 13 juin, en évoquant un « enracinement durable dans tout le territoire ».

Mais ce score historique pour l’extrême-droite sous le régime de la Vème République lui permettra surtout d’obtenir un groupe parlementaire à l’assemblée nationale. Or la constitution d’un groupe dans la chambre basse du parlement n’est pas un "petit bonus". Dans le cadre la Ve République, un groupe parlementaire confère à un parti politique divers avantages matériels et financiers qui favorisent sa structuration institutionnelle. Comme plus de moyens matériels, plus de subventions mais aussi plus de temps de parole au sein de l’hémicycle. Ce qui constitue une étape non négligeable dans la stratégie de dédiabolisation et de normalisation du RN et favorise ainsi la mue du RN en un parti du régime, réactionnaire et d’extrême-droite mais "comme les autres", de plus en plus installé au sein de la Ve République.

Dans cette perspective, force est de constater que le RN a mené une campagne discrète, s’abstenant de remettre en cause le scrutin majoritaire de la Vème République qui lui était pourtant historiquement défavorable. « La différence avec Jean-Luc Mélenchon, c’est qu’on ne ment pas aux Français. Jean-Luc Mélenchon ne sera pas Premier ministre. Expliquer aux Français que LFI va gouverner la France est un mensonge. Les institutions veulent que les législatives soient le moment où le Président constitue sa majorité » a même développé le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, à l’occasion de la présentation définitive des candidats. Une stratégie de normalisation décriée par certains anciens, notamment Gilbert Collard, ancienne figure du FN désormais chez Reconquête : « le parti lepéniste a désormais sa place « dans les salons médiatiques, où le RN veut prendre le thé en caressant les chats » cite Le Monde

Cette dynamique à la normalisation a d’ailleurs été confirmée par les tergiversations et les divergences de la majorité présidentielle au moment de donner des consignes de vote dans les cas des duels Nupes-RN qui auront lieu au second tour dans plus de 60 circonscriptions. D’abord parti sur des appels au « cas par cas » la macronie a finalement donné la consigne du « pas une voix pour le RN ». Une confusion qui ravit doublement les élus du parti lepéniste, désireux de s’afficher républicains – et aidés par une coalition présidentielle qui n’appelle pas unanimement à voter contre eux –, tout en mettant Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dans le même panier. Et la marque de la respectabilité nouvelle acquise par le RN pour nombre de candidats du régime.

Des contradictions qui demeurent

Pour autant un certain nombre de contradictions demeurent. Le RN va pouvoir pour la première fois de son histoire disposer d’un groupe à l’AN mais avec un nombre de députés relativement faible, entre 20 et 45 selon les estimations sondagières, loin derrière la NUPES. Cette faiblesse constitue une contradiction importante et un obstacle à la construction d’un cadre qui puisse véritablement peser à échelle nationale.

En outre, si l’érosion de son électorat est moins forte qu’en 2017, le RN n’en perd pas moins près de quatre points par rapport au premier tour des présidentielles ainsi que sa place de première force d’opposition à Emmanuel Macron. Cette incapacité du RN, une nouvelle fois, à mobiliser -pleinement- sa base électorale traduit enfin les limites de la stratégie de la "normalisation" de Marine le Pen. Pendant la campagne des législatives, le RN s’est ainsi satisfait de jouer la carte de la sécurité, espérant capitaliser sur le score obtenu aux présidentielles. Ce qui a rendu la politique du RN relativement inaudible, notamment sur la question du pouvoir d’achat dont le parti d’extrême droite avait pourtant fait son principal thème de campagne face à Macron.

Une stratégie qui à termes pourrait entrer en contradiction avec l’image trompeuse de parti antisystème que le RN cultive pour capitaliser sur une partie de l’électorat ouvrier et des classes populaires. Le corolaire de celle-ci étant la multiplication de gages de responsabilité adressés au patronat et à l’électorat de la droite traditionnelle dans son programme, avec notamment l’abandon de la sortie de l’euro et le remboursement de la dette ces dernières années. D’autant plus dans un contexte de défiance croissante vis-à-vis des institutions de la Vème République, d’instabilité sociale et de crise économique d’ampleur à venir. Sur ce terrain si les résultats du RN restent en deçà de son score aux présidentielles c’est notamment lié à l’abstention très importante de la base électorale du RN, en particulier au sein des couches populaires.

Pour l’heure cependant, la territorialisation nouvelle du RN et la normalisation de son programme réactionnaire et xénophobe doit être un nouveau signal à prendre en compte. Quoi qu’il en soit, ces résultats sont une preuve de plus que la montée de l’extrême-droite ne peut être combattue dans les urnes et que c’est bien sur le terrain de la lutte des classes qu’il conviendra de repousser cette force politique réactionnaire qui représente malgré ses discours, un véritable ennemi de la classe ouvrière et des classes populaires.



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