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Législatives : l’Union Populaire prête à intégrer le PS, responsable des pires trahisons

L’accord entre le PS et LFI n’est pas encore signé mais la reprise des négociations montre que l’intégration du PS à l’Union Populaire n’est pas une question annexe pour les insoumis. Si elle ne change pas la nature de l’UP, cette intégration illustre toute sa logique de compromission : pour obtenir des relais locaux, l’UP est prêt à des accords avec le PS, artisan de la loi Travail.

dimanche 1er mai

Crédits AFP

Après avoir suspendu les négociations, le Parti Socialiste a affirmé par voie de communiqué de presse que les négociations reprenaient ce dimanche soir avec LFI, selon le premier secrétaire du PS, Olivier Faure.

Pour LFI, le PS… aurait changé de nature !

C’est bien un rétropédalage que La France Insoumise nous a concocté. Il y a peine 10 jours du côté de LFI, on répétait encore à l’envi qu’il n’y aurait jamais d’accord avec le PS. Sur ce terrain, Mathilde Panot ne manquait pas d’assurer que le refus de négociation avec le Parti Socialiste serait « définitif ». Quelques mois auparavant, en campagne, Jean Luc Mélenchon ne disait pas autre chose en déclarant au Monde que « le PS, social, est libéral, promis à une extinction plus ou moins rapide […] Leur logiciel, basé sur la croissance sans fin, est obsolète. Cinq ans plus tôt, alors en course pour gagner un siège à l’Assemblée nationale, Ruffin se félicitait de rassembler derrière sa candidature toutes les tendances de gauche. Et à un journaliste du Figaro lui faisant remarquer qu’il manquait le PS, il répondait : « le Parti socialiste, pour les gens ce n’est plus la gauche »

Comment justifier ce revirement brusque ? Pour Manuel Bompard, ex-coordinateur de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, le PS aurait changé. En cela, il affirme caractériser le PS comme un nouveau parti « qui [aurait] la volonté d’afficher une rupture avec le PS de François Hollande ». Quand Jean-Luc Mélenchon affirmait au JDD : "Le PS fait le choix du retour à la rupture. On ne peut l’ignorer. On doit le respecter. (...) C’est la fin de la synthèse molle. En rompant avec le hollandisme, ils rendent possible la renaissance d’un autre PS. C’est un événement énorme." De parti néo-libéral qui a imposé les pires régressions sociales, le PS serait-il devenu respectable ? Revenons pour cela sur ses dernières trahisons.

Vers une union avec le PS à la sauce néolibérale ?

Le PS de Francois Hollande pour qui l’ennemi était « la finance » est responsable des pires trahisons. De ce point de vue, la loi Travail passée à coups de matraques et de 49-3, mais aussi l’Etat d’urgence ou encore le débat sur la déchéance de nationalité ont été autant d’éléments qui ont contribué à démasquer le PS aux yeux des classes populaires qui avaient cru en lui pour mener une politique alternative à la droite de Nicolas Sarkozy. Plus près de nous, la récente candidate du Parti socialiste aux élections présidentielles, n’a pas dérogé à la règle. Entre offensives contre le syndicat étudiant l’UNEF, soutien de l’article 24 de la loi Sécurité Globale, ou encore participation à la marche réactionnaire des policiers en mai dernier, Anne Hidalgo a poursuivi sur la voie sécuritaire et anti-sociale de ses prédécesseurs. A Paris, les éboueurs et égoutiers en grève contre la réforme de la transformation de la fonction publique se souviennent encore de la violente répression dont la maire avait gratifié leurs revendications.

Si Olivier Faure, le récent chancre des « gauches réconciliables » et fervent défenseur d’une alliance électorale avec la FI, a pris soin depuis son accession au secrétariat général du parti en 2018, de se démarquer du bilan de Hollande, le sien n’est guère plus reluisant. Refusant ici de voter une motion de censure contre la réforme des retraites à l’assemblée nationale, et défendant là un « droit de regard » de la police sur la justice, sous sa direction, même réduit à presque rien, le PS n’a pas complètement perdu son pouvoir de nuisance. Cette semaine encore, ultime preuve s’il en fallait que le PS se situe bien loin des aspirations sociales des travailleurs, Olivier Faure estimait ne pas être certain du bienfondé des quarante annuités et de la retraite à 60 ans. « La réforme que les insoumis souhaitent est une réforme qui coûte 72 milliards. C’est beaucoup ! » s’inquiétait-il en ce sens au micro de France Info.

A plus d’un titre, la fusion évoquée avec le PS est contradictoire avec le « programme de rupture » revendiqué par la France Insoumise. Fait éclairant sur ce terrain, alors que la FI avait ces derniers jours entouré d’artifices ses conditions, l’accord signé avant d’être retoqué par le PS s’avère particulièrement minimal. Sur les retraites, le PS s’engage à vouloir « instaurer l’objectif de la retraite à 60 ans » sans plus de précision. A propos de la loi El Khomri ou encore des ordonnances Macron, du côté de la rue Solférino on se déclare prêt à abroger les « dispositions répressives » sans préciser lesquelles. Quant aux moyens accordés à l’hôpital, ou encore à la jeunesse, c’est le même flou qui règne. Bref de belles intentions, de quoi redorer son blason, semer quelques illusions et espérer quelques postes, mais rien de bien concret.

En réalité, loin des préoccupations sociales dont se targuent Olivier Faure et les pontes de l’organisation, c’est bien l’avenir du PS qui est au cœur de la négociation actuelle. La situation n’est pas sans faire grincer des dents, la signature de l’accord avec la FI a dû être temporairement reportée suite à la levée de boucliers des éléphants de la rue Solférino, et le PS doit trancher entre la dissolution programmatique au sein de la France Insoumise (que craignent notamment François Hollande ou encore Anne Hidalgo) et l’absorption par LREM, déjà fortement entamée en 2017 et que Richard Ferrand compte bien répéter. Si le PS joue sa survie dans ces accords d’appareil, la tentative par l’UP d’hégémoniser la gauche institutionnelle n’est pas sans donner quelques indications et montre que celle-ci est prête à tout pour aboutir à un accord, afin éviter une débâcle similaire à 2017 et ancrer dans le temps long sa position nouvelle à gauche.

« Faire du PS » pour « remplacer le PS » ?

Alors que la France Insoumise remet au premier plan les tambouilles politiciennes, ce n’est que le reflet de sa stratégie, qui se pose sur le terrain des institutions bourgeoises. rès loin des besoins et des nécessités de la construction d’un plan de bataille contre Emmanuel Macron et ses projets, ses accords montrent surtout la volonté de l’UP de se consolider comme l’organisation à la gauche du régime capable de « mener » la danse sur le terrain de la lutte … des places.

Une chose est sûre, dans ces accords d’appareil il y a comme un air de la « vieille gauche », celle-là même que la FI s’était attelée à dénoncer. Alors que de futures grandes batailles de la lutte de classes sont inévitables, il est urgent de doter notre classe d’un programme et d’une stratégie à la hauteur. Ces cinq dernières années, c’est elle qui a fait reculer Macron et trembler son gouvernement. En ce sens, loin de toute illusion dans les institutions bourgeoise et à rebours de toute solution dans les urnes, encore moins en faveur des architectes des politiques néolibérales de ces dernières décennies, il est urgent de travailler à la constitution d’un bloc de résistances, capable de s’opposer frontalement à Macron et son monde et de préparer la riposte sur le terrain des grèves et manifestations.

Quelles que soient les conclusions futures, la situation a au moins le mérite de rappeler, s’il le fallait encore, l’importante ambiguïté que charrie Jean-Luc Mélenchon au sujet de la gauche bourgeoise. D’un côté, il la dénonce comme la « vieille gauche » qui a montré son visage le plus cru avec le quinquennat Hollande. De l’autre, il ne peut se résoudre à balayer d’un revers de la main une « union de la gauche » à la sauce néo-libérale. De quoi montrer une nouvelle fois les contradictions du projet de la FI et de sa stratégie de « révolution par les urnes ».



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