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Législatives : sous pression, Macron cherche à maquiller sa politique sécuritaire

Affaibli par les scandales relatifs aux violences policières au Stade de France et à Paris, Macron, en déplacement dans le Tarn, a misé sur les thèmes de la sécurité et du maintien de l’ordre pour tenter de redorer son bilan sécuritaire. Une façon de répondre aux dernières polémiques et de se positionner au centre en vue des législatives en renvoyant dos à dos le Rassemblement National et la NUPES.

jeudi 9 juin

Caroline Blumberg/Pool/AFP

Après un déplacement à Clichy-Sous-Bois en Seine Saint Denis mercredi sur le thème du sport, Emmanuel Macron a choisi le Tarn pour faire campagne à trois jours du scrutin du premier tour des législatives. Cette fois-ci, le déplacement de ce jeudi 9 juin porte sur la sécurité et le maintien de l’ordre. Attendu à Puycelsi en fin de journée, le président de la République a démarré sa journée par une visite de la gendarmerie de Gaillac.

Après avoir misé sur la stratégie de la non-campagne politique à l’instar des élections présidentielles, le président semble désormais redoubler d’effort sur la dernière ligne droite alors que la NUPES croît dans les sondages d’intention de vote. « J’ai besoin d’une majorité pour agir » avait-t-il ainsi averti les habitants de Clichy-Sous-Bois, où Mélenchon est arrivé en tête au premier tour des présidentielles. Ce jeudi, le président a réitéré son message, en « alertant les Français sur l’importance du choix qu’ils ont devant eux dès le 12 juin. » et en les assénant de lui donner « une majorité forte et claire ». Une façon de mobiliser son électorat en tapant fort sur Jean-Luc Mélenchon, alors que l’abstention s’annonce élevée et que la campagne de la majorité sortante manque d’élan.

Accompagné par Gérald Darmanin, particulièrement décrié pour sa politique lors de la finale entre Liverpool et Madrid, le chef de file de la majorité espère donc apaiser les tensions au sujet de sa politique sécuritaire, pour convaincre les secteurs hésitants de voter pour LREM. En effet, l’affaire du Stade de France où de nombreux supporters ont été gazés et violentés par la police de Lallemand suivie de la mort d’une jeune femme de 21 ans tuée par la police ce weekend à Paris ont participé à remettre en question la politique sécuritaire du gouvernement dans la continuité d’un premier quinquennat qui aura fait des violences policières un sujet éruptif.

Tout en montrant la continuité avec le quinquennat précédent par la présence de son ministre de l’intérieur, le président de la République a décidé de redorer les institutions policières et de gendarmerie. Rappelant la création de 200 nouvelles brigades en milieu rural annoncée en janvier dernier – dont trois seront déployées dans le Tarn – Macron a en outre annoncé que la présence de policiers sur la voie publique sera doublée « d’ici à la fin de la décennie ». Le chef de l’Etat a également souhaité rendre hommage au « courage » des gendarmes qui « luttent pied à pied partout sur le territoire » contre les violences intra-familiales ou encore le trafic de stupéfiants. Une manière pour le chef de file de la majorité sortante de relégitimer sa politique sécuritaire en mettant en avant des thématiques plus consensuelles dans l’électorat de gauche afin d’incarner un choix de « cohérence, de compétence et de confiance » face aux « extrêmes ».

Et une tentative de rejouer la stratégie des présidentielles et le "bloc républicain" contre les "extrêmes", avec cette fois la NUPES dans le rôle du RN. Après avoir mis dos à dos "les projets de la NUPES et du RN" mercredi à Clichy, cette fois, le Président a tenté d’isoler Jean Luc Mélenchon suite à ses déclarations sur les violences policières afin de rallier à sa cause l’électorat de centre-gauche heurté par de telles dénonciations. Une opération d’autant plus intéressante pour le président que l’alliance de gauche semble divisée sur la question : la porte-parole du PS Dieynaba Diop s’est désolidarisée des paroles de Jean-Luc Mélenchon, déclarant que « ça n’a jamais été notre ligne, c’est un tweet que je n’aurais pas fait » tandis que le candidat écologiste dans la 5e circonscription des Français de l’étranger a rappelé être partisan « des paroles modérées ».

Mais si LREM souhaite incarner la force politique modérée « entre deux extrêmes » et mise sur le tandem Macron-Darmanin pour convaincre à la veille du scrutin, ce n’est pas sans difficultés sur le terrain. A Gaillac où ses équipes ont orchestré un bain de foule, une jeune femme l’interpelle sur la notion à deux vitesses de la sécurité et des violences faites aux femmes : « Vous mettez à la tête de l’Etat des hommes qui sont accusés de viol ». De quoi déstabiliser le président qui cherche à nouveau à justifier la surenchère sécuritaire par la lutte contre les violences conjugales.



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