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Politique

Conférence de presse de Castex

Lenteur de la vaccination : le gouvernement rejette la faute sur les soignants

« Tant que vous avez des vaccins dans les frigos, je ne reconfinerai pas les gens ». Cette petite phrase, a priori prononcée par Macron lors du conseil de défense de mercredi, a « fuité », et résume à elle seule l’allocution de Castex de ce jeudi. Une manière pour Macron de mettre la pression sur son gouvernement, mais aussi de justifier sa stratégie visant à tout prix à éviter une nouvelle mise sous cloche.

jeudi 4 mars

Crédits photo : AFP / Martin Bureau

Jeudi soir a eu lieu la désormais traditionnelle conférence de presse de 18h de Jean Castex et d’Olivier Véran. Le Premier ministre a commencé par faire le point sur l’épidémie, comme chaque semaine. En résumé, si l’on en croit le gouvernement, c’est grave, mais ça pourrait être pire. On apprend en effet que le virus progresse, mais moins que la semaine dernière. Que la circulation a progressé, notamment à cause du variant anglais qui représente aujourd’hui plus de 60 % des contaminations, mais « moins que ce qu’on pouvait craindre ». Qu’il y a en effet une hausse des contaminations, mais que cette hausse n’est « pas exponentielle ».

Pas (encore) de confinement, mais des mesures liberticides injustifiées

Autant de formules qui, dès le départ, annoncent la couleur de cette conférence de presse, placée sous le signe de la temporisation. Jean Castex s’est aussi félicité de la campagne de vaccination dans les EHPAD, se targuant d’être en tête des chiffres européens de vaccination des personnes âgées. Il a annoncé que plus de 80 % des résidents en EHPAD étaient vaccinés (appliquant une définition large du terme, puisqu’en réalités, seuls 60 % des résidents ont reçu les deux doses permettant une immunité complète). Une « bonne nouvelle » censée masquer le camouflé opéré par le Conseil d’Etat quant aux mesures d’isolement des résidents d’EHPAD, jugées « disproportionnées en ce qu’elles pouvaient « altérer l’état physique et psychologique de nombreux résidents, ainsi que plusieurs études l’ont démontré ». Par cet arrêt, la haute juridiction administrative enjoint le gouvernement à mettre le pied sur l’accélérateur au niveau de la vaccination des personnes âgées. Ce qui est loin d’être gagné, malgré les autocongratulations du Premier ministre. En effet, celles-ci ne doivent cependant pas nous faire oublier que les hôpitaux sont sur le point d’être submergés de patients, abritant actuellement plus de 25 000 personnes dont 3 647 en réanimation, et que l’on dénombre toujours plusieurs centaines de morts du Covid par jour.

Côté annonces, rien d’inattendu, mais quelques surprises. Comme annoncé dans la presse au préalable, de grandes villes comme Paris ou Marseille échappent au confinement le week-end, ce qui n’est pas le cas du Pas-de-Calais, qui voit aussi ses commerces de plus de 5 000 m2 fermer. Évidemment, aucune mesure n’est prise concernant les écoles, les lieux d’études ou les lieux de travail. Dans les 23 départements « sous vigilance », ce sont les commerces de plus de 10 000 m2 qui devront fermer.

Mais le ministre évoque également des mesures liberticides. Les images des rassemblements sur les quais de Seine ce week-end ont beaucoup fait réagir sur les médias ; le gouvernement a d’ailleurs sévi en envoyant la police évacuer les badauds bien avant l’heure du couvre-feu. Que des personnes privées de presque toute vie sociale depuis un an se retrouvent en plein air, là où quasi aucun cas de contamination n’est attesté, quand les beaux jours reviennent, rien de plus normal. C’est pourtant ces rassemblements que le Premier ministre a annoncé vouloir interdire, via les préfets. Ainsi, l’accès aux lieux « favorisant les rassemblements » pourrait être interdit. Pire, Jean Castex a annoncé que les préfets pourraient également interdire les manifestations sur la voie publique s’ils estiment qu’il y a un risque sanitaire, et ce dès ce week-end, ouvrant la voie à une potentielle interdiction des manifestations féministes du 8 mars sous prétexte sanitaire, comme cela a été le cas en Espagne. Déjà, il semblerait qu’à Saint-Brieuc, le préfet ait interdit sur ce fondement la manifestation féministe de samedi à l’occasion du 8 mars, tout en maintenant les activités commerciales comme une braderie en plein air. Une instrumentalisation scandaleuse par le gouvernement de la crise sanitaire pour attaquer le droit de manifester dans une période de crise économique et d’offensive réactionnaire où la mobilisation est un outil précieux pour défendre ses acquis et faire entendre ses revendications.

Le retard de la vaccination ? La faute aux médecins, selon le gouvernement.

Au tour de Véran, qui nous explique qu’il faut attendre que les conditions météo rendent le terrain moins propice à la propagation du virus et que la vaccination soit plus généralisée. Au-delà de la logique archaïque consistant à attendre les beaux jours pour souffler sur le terrain sanitaire, parlons en justement, de la vaccination. Car si retard il y a, à en croire les deux ministres, c’est entièrement de la faute des soignants. Le ministre de la Santé a fustigé ces derniers qui laisseraient les doses « dormir dans les frigos des pharmaciens et des médecins », et les a enjoint à se faire vacciner, faisant comprendre à demi-mots qu’ils étaient irresponsables envers leurs patients. Il était d’ailleurs accompagné par un médecin généraliste, qui s’est dite « choquée » des réticences de ses collègues à se faire vacciner.

En rejetant la faute sur les soignants, Véran se déresponsabilise ainsi du vrai problème de la vaccination en France : la gestion des doses. Si le gouvernement a pu un temps se cacher derrière la pénurie de vaccins, arguant que la lenteur de la campagne de vaccination était en partie due aux commandes non honorées par les labos, l’explication ne tient plus. En effet, le ministère de la Santé a reconnu mardi que sur les doses d’AstraZeneca disponibles en France, seules 25 % ont été injectées à des patients. Et ce n’est pas parce que les médecins les laissent « dormir dans les frigos ». Au contraire : du côté des soignants, on s’indigne du fait que les généralistes n’aient le droit de commander que trois flacons de vaccin par semaine, soit 30 doses maximum, sans compter les commandes passées qui n’arrivent pas, où trop tard pour pouvoir honorer les rendez-vous. Si des millions de doses dorment dans des frigos, ce n’est pas du fait de la réticence des médecins à vacciner, mais bien du fait de l’insuffisance logistique du gouvernement, incapable de distribuer les doses en temps et en heure…

De plus, la communication sur le vaccin AstraZeneca a été désastreuse : si la population lui préfère le vaccin Pfizer, c’est que la communication du gouvernement a laissé entendre pendant des semaines qu’il était inférieur aux autres vaccins. Or l’exemple du Royaume-Uni, où il a été largement utilisé, nous montre le contraire... La méfiance envers les vaccins est déjà particulièrement forte en France, et le gouvernement ne fait que l’alimenter.

Le ministre de la Santé nie toute mise en cause de l’État, lors des questions réponses, et explique que dans 96 % des cas, il n’y a pas de problème de livraison, mais que les soignants ne viennent pas chercher en pharmacie les doses commandées. Il a également dévoilé un calendrier de vaccination, selon lequel la majorité des gens de plus de 50 ans seraient vaccinés d’ici mi-mai, et les deux tiers de la population de plus 18 ans d’ici l’été. Au vu du déroulement actuel de la vaccination, on ne peut qu’en douter.

Ces retards pris sur la vaccination sont catastrophiques sur l’évolution de l’épidémie. Un virus qui circule beaucoup, sans immunisation de la population ni stratégie de suppression du virus permet la propagation de variants plus dangereux et décuple les morts évitables. « Le confinement n’est pas une mesure que l’on peut prendre par anticipation » nous dit Jean Castex. Or c’est justement cette réticence à confiner pour protéger l’économie qui empire la situation et qui pousse à prendre des mesures extrêmes. Le confinement est pourtant inévitable, au rythme où vont les choses. Le pays est d’ailleurs déjà en quasi-confinement, puisque le couvre-feu à 18h est une privation de la vie sociale sous prétexte de limiter l’épidémie, au profit des capitalistes qui préservent leurs profits, puisque tout le monde continue à travailler.

À force de mesures inefficaces contre le Covid, on augmente toujours plus le nombre de morts, de malades qui en garderont des séquelles, etc. tout en repoussant l’échéance d’un retour à la normale. L’horizon pour ce fameux retour à la normale était fixé à la mi-avril par le gouvernement. Rétropédalage de Véran jeudi soir, qui évoque un assouplissement des mesures vers fin avril, voire peut-être début mai.

Le gouvernement aura tout tenté pour masquer sa responsabilité dans la catastrophe sanitaire et retarder le reconfinement : s’attaquer aux soignants, regretter les « lourdes conséquences » qu’ont les confinements sur la population (comme si la situation actuelle était facile à vivre), fustiger les comportements individuels… Mais la propagation du variant anglais, les retards pris dans la campagne de vaccination, l’inefficacité des mesures répressives et liberticides contre l’épidémie sont autant de preuves flagrantes de l’échec de la gestion macronienne de la crise du Covid.




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