^

Société

Quand les milices du capitalisme utilisent leurs moyens propres pour « gagner encore plus »

Les CRS super gagnants

Léo Serge Alors que les forces de répression sont déjà parmi les plus rémunérées de la fonction publique avec des niveaux de qualification pourtant très bas, elles se saisissent du contexte de répression accrue créé par le gouvernement pour monnayer une fidélité décisive. Conscients de leur poids politique, les CRS n’ont pas hésité à se mettre collectivement en arrêt de maladie et ont obtenu une augmentation de 30% de leur prime journalière. De quoi faire rêver bien des travailleurs qui peinent parfois pendant des mois pour obtenir la satisfaction de revendications bien moins ambitieuses.

jeudi 18 juin 2015

Au sein de la fonction publique, certains valent plus que d’autres aux yeux de l’Etat

On s’attarde peu sur la rémunération des policiers et des forces répressives de l’État. Elles sont pourtant symptomatiques de ses priorités. Ainsi en début de carrière, un instituteur, qui est nécessairement BAC+5, est rémunéré 1428 euros hors primes, un « gardien de la paix », BAC+0 est rémunéré 1811 euros hors primes. Chez les gardiens de la paix CRS les primes sont au minimum de 500 euros par mois. Cet écart de rémunération a bien entendu un fondement. Un gouvernement au service du patronat et de la bourgeoisie qui monte à l’assaut des acquis de tous les travailleurs et joue tous les jours l’intimidation préventive et la répression effective.

Des forces de répression qui savent faire bloc et obtenir satisfaction

Sur fond de plan Vigipirate renforcé et de mobilisation accrue, les CRS ont décidé de se manifester collectivement en se plaçant par compagnie entière en arrêt de maladie. Vendredi 12 juin, plus de 80 CRS de deux compagnies se sont faits "porter pâles" alors qu’ils devaient assurer la sécurité du déplacement de François Hollande à Nantes. Depuis début avril, à plusieurs reprises, des compagnies entières de CRS s’étaient mises collectivement en arrêt de maladie, afin de manifester leur grogne contre les effets du plan Vigipirate qui les "épuise".

Des concertations ont eu lieu entre le ministère et les syndicats, et elles viennent d’aboutir : une revalorisation de 30 % de l’indemnité journalière d’absence temporaire (IJAT) perçue par les CRS et les gendarmes mobiles en déplacement, passant de 30 euros à 39 euros en 2017.

Pour une fois, une « grève » valorisée par les medias

Parce que les CRS ne sont pas des travailleurs mais des membres de l’appareil d’état, parce que leur « pression » à l’arrêt de maladie n’était pas une grève -à laquelle ils n’ont d’ailleurs pas droit - parce qu’ils ont été présentés comme des quasi héros lors des évènements de janvier, la presse bourgeoise s’est montrée favorable à l’action de « cette-police-qui-fait-un-travail-si-difficile ». Pour une fois, elle s’est montrée favorable au camp des « grévistes ». Personne pour parler de « prises en otages » - et une pointe d’admiration pour la cohésion et la rapidité de la victoire.

Comment ont-ils pu gagner autant et si vite.

Cette augmentation sans précédent de la rémunération des CRS et gendarmes mobiles qui viennent de tuer Rémi Fraisse est le symbole de l’utilisation accrue des forces de répression avec tout ce que cela implique : une dépendance plus grande du gouvernement et des capitalistes envers ces salariés très spéciaux. Tout cela est une conséquence des choix politiques anti-sociaux qui créent la contestation, et l’instabilité de la période.

Au-delà de la démonstration que « l’union fait la force » qui est vraie aussi pour les travailleurs en lutte et qu’une organisation collective massive peut porter des fruits très rapidement, les autres salariés du public ne seront pas dupes de cette victoire d’hommes chargés de leur répression. Les cheminots et les infirmières gazés très récemment pourront en témoigner.

le 17/06/15




Mots-clés

Société