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Les Etats-Unis comptent envoyer un émissaire au Soudan

Dans le contexte du processus révolutionnaire qui traverse le Soudan et qui menace de plus en plus de se transformer en guerre civile ouverte suite à la répression déclenchée par le gouvernement militaire, les États-Unis envoient un émissaire pour maintenir une façade diplomatique et préserver leurs intérêts.

mardi 11 juin

Crédits Photo : Eduardo Soteras / Afp

Dans le contexte du processus révolutionnaire qui traverse le Soudan et qui menace de plus en plus de se transformer en guerre civile ouverte suite à la répression déclenchée par le gouvernement militaire, le département d’État américain annonçait ce lundi que le secrétaire d’État adjoint chargé de l’Afrique Tibor Nagy se rendra dans le pays, dans le cadre d’une tournée africaine du 12 au 23 juin. Le but déclaré de ce voyage consiste à appeler à la « fin des attaques contre les civils » et à appeler la Junte militaire au pouvoir (TMC) et les représentants de l’opposition à reprendre le dialogue. Cependant qu’est-ce qui se cache derrière les inquiétudes et les gestes prétendument humanitaires des États-Unis ?

Après la chute d’Omar Al-Bashir, les tensions entre les manifestants, l’opposition politique et la direction militaire se sont fortement exacerbés suite à la répression sanglante déclenchée par le gouvernement militaire avec la tuerie du lundi 4 juin. Face à cela les forces de l’opposition – les Forces pour la Liberté et le Changement (FCC) et l’Association des professionnels du Soudan (SPA) – rejetaient le retour aux négociations et appelaient à la grève et à la désobéissance civile pour forcer le Conseil militaire de transition (TMC) à transférer le pouvoir aux civils. Cet appel se matérialisait ce dernier dimanche à Khartoum, la capitale, et les principales villes du pays qui restaient paralysées et semées de barricades pour se protéger de l’armée qui, depuis le lundi 4 juin, a assassinée au moins 118 manifestants.

Cependant, même si le régime est complètement délégitimé à l’intérieur de ses propres frontières, celui-ci est toujours bien protégé par ses alliés régionaux et internationaux, qui par dessus tout cherchent à préserver leurs intérêts économiques et leur influence politique au sein du pays et de la région. Tout d’abord, tel que nous le soulignons dans l’article « Révolution et contre-révolution au Soudan » leurs premiers soutiens ce sont « l’Egypte, l’Arabie-Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Premièrement, d’un point de vue géopolitique, ces pays cherchent à étendre leur influence dans la région et assurer la main-mise sur les ressources agricoles et minières du Soudan, qui a fait de ces activités les principales ressources de son développement après l’assèchement de la rente pétrolière. Secondement, le contrôle de ressources économiques va de pair avec le contrôle d’un espace géopolitique clé qui s’étend autour de la Mer Rouge et permet de renforcer le poids de ces pays en Libye. Troisièmement, d’un point de vue politique, tous ces régimes réactionnaires qui soutiennent le Soudan ont un intérêt direct à étouffer tout processus révolutionnaire qui pourrait déstabiliser leur propre pays et inspirer la région, à l’instar du Printemps Arabe de 2011. »

Même le massacre du lundi 4 juin et les élections postérieurement proposés par la TMC visant à officialiser leur gouvernement a été un plan conçu au cours des semaines précédentes lors des voyages du chef de la TMC, le général Abdel Fattah Al-Bourhane, aux Émirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite et en Égypte. Les trois pays, sous des régimes militaires ou monarchiques, se sont ouvertement opposés aux manifestations et soutiennent la consolidation d’un gouvernement militaire. En fait, la TMC a reçu une « aide » de 3 000 millions de dollars des monarchies du Golfe et les milices soudanaises jouent un rôle actif dans la guerre menée par l’Arabie Saoudite contre le Yémen.

Cependant, derrière cet axe des puissances régionales se trouvent aussi les intérêts d’autres puissances impérialistes comme la France – qui trouve dans l’Égypte et les pays du golfe ses principaux clients en termes d’armement – où les États-Unis qui en s’appuyant sur ces pays cherche à renforcer le bloc anti-Iran, dont ses principaux alliés sont Israël et l’Arabie Saoudite. De même les États-Unis, depuis 2001, se sont intimement liés aux services secrets soudanais faisant partie de l’appareil militaire profond du régime contre lequel se battent les manifestants.

De par tout cet ensemble d’intérêts que les États-Unis gardent dans la région et ses pays alliés, qui ont été à la tête, avec la TMC de la répression contre les manifestants, il est difficile de voir dans la volonté du secrétaire d’État américain autre chose que du cynisme. Devant la crainte que la situation d’instabilité s’approfondisse avec une guerre civile ouverte et qui mette à mal les intérêts américains dans la région, les États-Unis pourraient chercher à limiter la politique meurtrière de la TMC afin de mieux freiner la poussée des masses soudanaises et l’accélération de la crise. Face à un gouvernement militaire qui n’a pas hésité à déclencher une tuerie pour sauvegarder son régime et les intérêts internationaux qu’il défend, l’appel à la reprise au dialogue du côté du secrétaire d’État adjoint n’est qu’une tentative de calmer et désarmer la poussée révolutionnaire.




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