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Les États-Unis continuent à bombarder impunément la Syrie et l’Irak

Des bombardements nord-américains ont visé une milice irakienne pro-Iran en réponse à une attaque contre une base alliée en Irak. Risque d’escalade ?

lundi 30 décembre 2019

Dimanche dernier, les États-Unis ont annoncé avoir lancé une série d’attaques contre cinq sites militaires de la milice pro-iranienne Kataib Hezbollah (organisation distincte du Hezbollah libanais même si proche politiquement) en Irak et en Syrie. Lors des bombardements, on estime que 25 combattants irakiens sont morts, dont un chef militaire, et que 55 ont été blessés. Cette attaque se produit en représailles au lancement de roquettes sur une base militaire irakienne hébergeant de nombreux militaires et civils américains ainsi que des forces alliées, laquelle a coûté la vie à un civil américain, a blessé quatre militaires étasuniens et deux Irakiens.

Cette nouvelle action militaire des États-Unis montre que l’impérialisme nord-américain, malgré un retrait très partiel de la région, continue à garder une force de frappe très importante – mais aussi une totale impunité. Cette attaque prend une tournure particulière. Comme on peut le lire dans le New York Times : « une réponse des États-Unis à une attaque qui tue ou blesse des Américains n’est pas inhabituelle. Mais les représailles de dimanche ont impliqué des frappes directes sur des alliés iraniens, ce qui en fait un terrain particulièrement dangereux ».

En effet, depuis quelques mois les milices pro-iraniennes en Irak et les troupes nord-américaines se trouvent dans une situation « d’escalade de basse intensité ». Des rapports de responsables militaires étasuniens indiquent que depuis fin octobre les milices pro-iraniennes ont lancé 11 attaques contre des installations militaires américaines ou de leurs alliés. A cela, il faut ajouter les frictions dans le Golfe Persique où les États-Unis ont accusé l’Iran de mener des attaques contre des pétroliers, le fait que Téhéran ait détruit un drone étasunien et, plus grave, que des installations pétrolières saoudiennes importantes ont été attaquées, et que l’implication de l’Iran soit presque certaine.

Dans ce contexte, des analystes estiment que les représailles nord-américaines contre l’attaque de vendredi, dont l’accusé principal est la milice pro-iranienne Kataib Hezbollah, pourraient mettre fin à ces frictions car elles mettent des limites aux offensives iraniennes. Cependant, d’autres analystes craignent au contraire que les bombardements contre les alliés iraniens en Syrie et en Irak ne poussent Téhéran à répondre aussi fortement contre les États-Unis et leurs alliés.

Cela est le cas notamment des autorités irakiennes qui voient d’un très mauvais œil que les nord-américains et les iraniens essayent de régler leurs comptes sur le sol irakien. Et cela d’autant plus que depuis fin octobre, le pays est secoué par une contestation sociale et politique d’ampleur notamment de la part de la jeunesse précarisée chiite qui exige « la chute du régime ». Lors de cette contestation les manifestants se sont attaqués à des symboles de la présence et de l’influence de l’Iran en Irak. En effet, Téhéran non seulement contrôle pratiquement l’ensemble de la vie politique du pays mais elle y finance et arme des milices qui lors des mobilisations ont ouvert le feu sur les manifestants faisant plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés et de mutilés.

De ce point de vue, les déclarations des responsables iraniens exigeant que les États-Unis « respectent la souveraineté irakienne » relèvent d’une énorme hypocrisie. Mais la position des États-Unis est encore plus nocive et néfaste. En effet, après la chute de Saddam Hussein en 2003, les nord-américains ont eu besoin de l’aide de Téhéran pour réussir à créer un semblant de stabilité dans le pays. Le résultat a été l’accentuation de l’influence iranienne en Irak et le déplacement des élites sunnites des postes de pouvoir à la faveur des élites chiites, ouvrant ainsi la voie à une guerre civile réactionnaire dans le pays. Autrement dit, la domination iranienne actuelle sur la vie politique et économique en Irak est le résultat direct de l’invasion impérialiste de 2003.

Dans ce même contexte, le déplacement des élites sunnites des instances du pouvoir étatique irakien a favorisé le surgissement de Daesh en Irak et en Syrie. D’ailleurs, nord-américains, iraniens et leurs alliés ont su très bien collaborer dans la lutte contre Daesh. Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est la fin de cette alliance tactique et la tentative des deux côtés de miner l’influence des uns et des autres en Irak et dans la région. L’Iran sait que Trump est dans une situation politique délicate aux États-Unis, avec la période électorale et l’ouverture du processus d’impeachment à son encontre. Ainsi, Téhéran essaye de maintenir un certain niveau d’hostilité à l’égard des positions nord-américaines et de leurs alliés. Le gouvernement de Trump de son côté mène une politique dite de « pression totale » sur l’Iran pour faire reculer son influence dans la région. Pour ce faire, les États-Unis comptent non seulement sur des moyens militaires mais aussi économiques et politiques : la sortie de l’accord nucléaire iranien de la part de Washington et le retour des sanctions vont en ce sens.

Les impérialistes ont fait de l’Irak et de la région leur « terrain de jeu » pour atteindre leurs objectifs économiques et géopolitiques sur le dos de la vie et la souffrance de dizaines de millions de personnes. Cependant, le régime réactionnaire iranien n’est nullement une alternative pour les travailleurs et les masses de la région. En ce sens, la révolte actuelle de la jeunesse irakienne peut devenir un point d’appui pour mettre fin à cette course de vitesse réactionnaire au Moyen-Orient.




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