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Guerre commerciale

Les États-Unis menacent d’imposer des taxes douanières à Airbus

Après l’imposition des taxes sur l’acier et l’aluminium et les négociations commerciales sur les produits agricoles, Washington ouvre un nouveau front dans la « guerre commerciale » et menace d’imposer des taxes douanières à Airbus et d’autres produits européens si l’Europe n’arrête pas les subventions dans le secteur aéronautique.

mercredi 10 avril

Crédit photo : ORNELLA LAMBERTI / AFP

Le panorama du commerce mondial a tendance à être de moins en moins multilatéral. Dans un contexte où la croissance économique mondiale ne réussit pas à neutraliser les profondes conséquences économiques, politiques et sociales produites par la crise de 2008, le capitalisme international est passé de la recherche d’accords commerciaux à un scenario où chaque puissance impérialiste cherche à imposer ses conditions pour ses propres intérêts, ce qui a donné lieu à des nouvelles tensions géopolitiques et des tendances à la guerre commerciale.

Dans ce sens l’imposition de ce printemps, de la part des États-Unis, des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles de l’aluminium, posait les bases d’un modèle beaucoup plus agressif. Le modèle européen d’exportation a été toujours assuré par Washington et celui-ci a permis d’exporter pour un total de 6,4 milliards d’euros d’acier et d’aluminium en 2017 seulement pour ce qui concerne les États-Unis. Un modèle soutenu par Washington dont dépendent vitalement l’Allemagne et la France.

Ainsi, même si le conflit entre Boeing et Airbus dure depuis longtemps et que ce n’est pas rare que Washington et Bruxelles s’affrontent devant l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour avoir versé des aides illégales aux géants de l’aéronautique, l’annonce fait ce mardi par le service américain du commerce (USTR) menaçant d’imposer des hausses de taxes douaniers à Airbus – un secteur stratégique de l’économie européenne – est une nouvelle démonstration de la guerre commerciale que les Etats-Unis ont entamé le printemps dernier. La querelle entre les États-Unis et l’Europe autour des aides aux groupes aéronautiques n’est pas une accusation de plus devant l’OMC – qui qualifie le cas comme le plus long et compliqué – mais s’inscrit dans un contexte de fragilité économique mondiale et exprime la monté des tendances protectionnistes étasuniens et sa politique plus agressive de défense des intérêts nationaux.

Ces menaces de sanction interviennent qui plus est dans un moment où Boeing connaît des pertes très importantes. En effet, au premier trimestre, les livraisons ont chuté de 19 % après les deux accidents récents des Boeing 737 MAX.

Dans un communique sorti ce mardi, alors que l’OMC doit rendre prochainement un nouvel arbitrage sur le conflit entre Airbus et Boeing, les services de l’USTR ont déjà dénoncé les aides illégales versés à Airbus et estiment que celles-ci ont pénalisé les États-Unis à la hauteur d’11 milliards de dollars d’échanges commerciaux chaque année. Face à cela Washington a annoncé qu’il est prêt à passer à l’action et à mettre en place des sanctions dès cet été si l’Europe ne met pas un terme aux subventions aux grands porteurs civils. Dans le communiqué de l’USTR ce sont notamment les appareils d’Airbus qui sont visés, mais aussi certaines pièces aéronautiques produites en Espagne, en France, le Royaume Uni ou l’Allemagne et tout un ensemble de produits venant de toute l’Europe : depuis les filets de saumon en passant par le vin, les fromages ou l’huile d’olive jusqu’aux motos.

Le fait que l’OMC ait confirmé fin mars que les États-Unis versent aussi à son tour des aides illégales à Boeing notamment sous forme d’allègements fiscaux montre que les menaces de Washington ne sont pas du tout le produit d’un souci pour garder les « principes » économiques du libre-échange, mais un pas en avant dans l’offensive commerciale que les États-Unis sont en train de mener contre la Chine, le Canada, le Mexique, la Russie et l’Europe.

Menacer cette fois-ci le principal secteur stratégique de l’économie européenne approfondit la crise qui traverse le modèle néolibéral à l’échelle internationale : celui qui assurait un profit maximal au capital nord-américain et, en même temps, une partie de celui-ci a ses alliés et concurrents dans des organismes multilatéraux tels que l’OMC. Que cette accusation devant l’OMC sort de la concurrence habituel entre Airbus et Boeing et les États qui leur rendent service, a été bien exprimé par Brune Le Maire qui a assuré que l’Union Européenne et les États-Unis « ne peuvent pas se permettre un conflit ». En effet, si les sanctions sur Airbus sont finalement imposées cet été, les tensions géopolitiques et les tendances à la guerre commerciale pourraient s’aggraver.




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