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Les Goodyear, symboles de la lutte contre les licenciements et la souffrance au travail attendent encore justice

832 ex-salariés de Goodyear Amiens attendaient aujourd'hui le résultat de leur passage devant le conseil des prud'hommes d'Amiens. Souhaitant une indemnisation licenciement abusifs et harcèlement moral, ils devront encore attendre avant d'obtenir un verdict.

jeudi 16 mai

Photo : © PhotoPQR / Le Courrier Picard

Les salariés de Goodyear ont été acteurs d’une lutte emblématique contre la fermeture de leur usine, face à une direction acharnée. Leur combat leur avait notamment valu la condamnation de 7 de leurs camarades en 2017 à de la prison pour « séquestration et violences en réunion », ceux-ci se battant pourtant contre des licenciements qui seront responsables de nombreux suicides et de la destructions de centaines de vies.

Fermée en 2014, leur entreprise réalisait alors pourtant des bénéfices records. C’est ce qui a motivé ces centaines de familles de salariés mis à la porte de l’usine de la poursuivre en justice, compte tenu du fait que même du point de vue d’une justice clairement du côté des patrons, les licenciements avaient lieu dans une phase ou le groupe se portait mieux que jamais. Le 4 octobre 2018 ils ont donc réclamé une indemnisation devant le conseil des Prud’hommes d’Amiens. Le Zenith de la ville avait été réquisitionné pour le procès, et des délégations solidaires de tout le pays s’étaient rendues dans la ville pour soutenir les ouvriers de Goodyear, à l’image des salariés de Ford Blanquefort, de leurs voisins de l’hôpital Pinel d’Amiens, ou encore des postiers du 92, alors en grève depuis 6 mois. L’avocat réclamait alors « entre deux et quatre années de salaires pour chacun des salariés licenciés ».

En effet, en 2014 (année de la fermeture de l’usine), l’entreprise avait réalisé un bénéfice de 2,5 milliard de dollars après avoir payé ses impôts, « la somme la plus colossale jamais affichée par Goodyear depuis sa création ». Il s’appuyait alors sur le fait que la fermeture ait eu lieu en 2014, avant les contre-réformes Macron qui permettent aux entreprises de mettre en place des licenciements économiques même si une multinationale engrange d’énorme bénéfices. On peut d’ailleurs souligner, à la lumière de la fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens, combien cette évolution récente de la loi était essentielle pour les intérêts du patronat, et fragilise considérablement les salariés.

La décision devait donc être rendue en ce 16 mai 2019. Les salariés s’attendaient à une victoire nette, étant donné la solidité du dossier. Cependant, les juges ont décidé de renvoyer la délibération une audience ultérieure. Comme l’a rappelé Mickaël Wamen, leader syndical des GoodYear, « la justice est longue, et c’est pas du ressort des salariés c’est souvent du ressort de la justice elle-même ou alors des patrons qui bien souvent prennent des procédures très longues et nous faire perdre du temps et surtout de faire en sorte qu’on crève la bouche ouverte ».

Un procès contre les licenciements abusifs, mais également contre la souffrance au travail

Si tous les salariés exigent des indemnités pour licenciement abusifs, 423 d’entre eux demandent des indemnités pour harcèlement. En effet, l’entreprise n’a pas été en reste du point de vue des manœuvres et manipulations. Celles-ci ont consisté, tout d’abord, à vider l’usine d’Amiens de son activité et à programmer son obsolescence et ensuite à créer des conditions intenables pour les salariés : passage en 4x8 alors que cela n’existe dans aucune autre usine européenne, exercice d’un contrôle draconien des horaires, sanction pour le moindre retard alors qu’il n’y a aucune tâche à exécuter. En termes psychologiques, cela s’appelle une double contrainte et chacun sait que cela peut rendre fou ! Une atteinte que même des sommes colossales ne parviendraient sans doute pas à réparer.

Confrontés au chômages et à l’isolement, plusieurs salariés licenciés ont été jusqu’à se donner la mort, dont 12 rien qu’entre 2014 et 2016. Ces maltraitances au travail étaient par ailleurs bien antérieures à la fermeture de l’usine, c’est ce que démontre une enquête réalisée par Mourad Laffitte parue en 2011, portant sur les conditions de travail à Goodyear Amiens. Son reportage révèle notamment que les travailleurs de Goodyear étaient exposés quotidiennement, à leur insu, à des substances chimiques extrêmement nocives, les hydrocarbures aromatiques polycycliques du carbone (HAP) utilisés dans la fabrication de la gomme. Les HAP font partie, avec l’amiante, de l’heureuse famille des produits dits « CMR », un sigle qui peine à dissimuler sa dangerosité : cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques ou tout à la fois, ces composés peuvent provoquer des cancers, des mutations génétiques et/ou la stérilité. Les HAP sont notamment responsables de cancers de la vessie, de la prostate et des testicules. La direction de l’entreprise, de son côté, faisait alors preuve d’un mépris profond pour la vie des salariés, leur même niant l’accès à une protection sanitaire digne. Dans le reportage de Mourad Laffite, un ancien salarié raconte en effet que « Fin2000 on a eu des masques… UN masque ! Et dans la journée il ne fallait pas en demander un deuxième. Tu montais dans le dépoussiéreur avec un masque, tu redescendais il était noir, et il fallait le garder de côté alors que dedans il était déjà tout gris… ».

De Goodyear à la SNCF en passant par France Télécom, la souffrance au travail tue

Alors que les ex-Goodyear attendent le rendu de leur procès, un autre a lieu en ce mois de mai : celui de la direction de France Telecom portant sur la maltraitance managériale de l’entreprise où se donnèrent la mort plusieurs dizaines de salariés lors de sa privatisation. Ces maltraitances, loin de faire partie d’une histoire révolue, continuent de se généraliser à l’ensemble du monde du travail, à l’image de l’effroyable vague de suicides à la SNCF. En effet depuis 2017 plus d’une cinquantaine de cheminots se sont suicidés, dans une période marquée par les conséquences de la réforme ferroviaire de macron et la privatisation à grands pas de l’entreprise, appliquée par la force grâce à un management ultra-agressif et la répression de nombreux cheminots pour les mettre « à genoux ». Une tribune récemment parue dans Médiapart signée par un large éventail de personnalités de la gauche politique et syndicale, de Jean Luc Mélenchon et Benoit Hamon à Olivier Besencenot et Nathalie Arthaud, dénonce cette situation dramatique. Elle fait notamment suite au licenciement de Éric Bézou, lanceur d’alerte et syndicaliste est menacé de licenciement par l’entreprise, qui met en lumière ces situations passées sous silence par la presse dominante.




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