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Politique

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Gentrification en marche : les jardins ouvriers d’Aubervilliers détruits pour construire une piscine olympique

Ce jeudi 2 septembre, les occupants des Jardins ouvriers d'Aubervilliers ont été expulsés par la police après plus de 3 mois d’occupation. Les militants s'opposent à un projet de construction d’une piscine et d'installations sportives prévues pour les Jeux Olympiques de 2024 et qui vont détruire une grande partie des espaces verts de la ville.

vendredi 3 septembre

Crédits photo : Guy Pichard pour Reporterre

Après plus de 3 mois d’occupation des Jardins des Vertus, les occupants des lieux ont été expulsés par la police ce jeudi, laissant la place aux débuts des travaux contre lesquels des habitants de la ville luttaient depuis des mois. C’est le Collectif de Défense des Jardins des Vertus qui, le 23 mai dernier, avait appelé à occuper le lieu. Entre les coups de pelleteuse, quelques personnes auraient été placées en garde à vue.

Cependant, cela n’a pas empêché les militants de manifester à la suite de l’expulsion et de préparer de nouvelles assemblées pour poursuivre le mouvement qui existe depuis bientôt un an. En effet, en septembre dernier déjà, le collectif écrivait une tribune relayée par Libération et sortait une pétition aujourd’hui signée par plus de 70 000 personnes revendiquant “Nous, jardinières, jardiniers, citoyennes, citoyens de France et du Monde avons décidé de nous battre pour protéger les 10000 m2 d’arbres, de plantes, d’insectes, d’animaux (dont plusieurs dizaines d’espèces protégées) voués à un saccage inutile. Inutile car, comble du cynisme, ce ne sont pas les bassins qui vont détruire les jardins mais un "Splashpad, un pentagliss, un solarium minéral et un village finlandais" tout ceci dans un des quartiers les plus pauvres de France.” En effet, le mouvement a pris une certaine ampleur contre la destruction d’une vaste partie des Jardins des Vertus qui est un danger écologique et constitue une atteinte aux lieux de vie dans les quartiers populaires.

En choisissant de construire ces infrastructures à Aubervilliers, l’une des villes les plus pauvres de France selon l’Observatoire des inégalités avec près d’un habitant sur deux vivant sous le seuil de pauvreté, la maire de la ville, aux côtés des divers préfets et comités portant ce projet vont continuer de précariser la population pour un projet qui ne répondra aucunement aux besoins des habitants. Car il est évident que, pour cette construction en vue des Jeux Olympiques “les plus écologiques de tous les temps” dont les coûts devraient avoisiner les 33,6 millions d’euros, les investissements dans l’éducation ou les logements risquent de devoir attendre. 
Outre cette attaque directe aux quartiers populaires de la banlieue parisienne, c’est aussi une attaque symbolique que de détruire une partie des Jardins ouvriers, qui étaient depuis plus d’un siècle des lieux permettant aux travailleurs d’avoir un espace de détente, créant du lien social hors de leurs usines ou leurs appartements souvent insalubres. S’ajoute à cela le fait concret que cet espace de verdure est plus que nécessaire pour les habitants d’Aubervilliers, qui possède moins de 2m² d’espaces verts par habitant alors que l’objectif affiché de la Région, comme celui de l’OMS, est de 10 m2 d’espaces verts par habitant.

Pour la construction de ces infrastructures, l’Etat sollicite des grands promoteurs immobiliers qui profitent des Jeux Olympiques pour se saisir de projets qui génèrent beaucoup de profits : accueillir les JO signifie aussi l’ouverture de marchés très rentables. Ainsi, les propriétaires fonciers et leurs intérêts privés s’approprient l’espace public au détriment des habitants et de leurs lieux de vie. L’exemple le plus criant reste celui de la coupe du monde de foot en 2014 au Brésil et en préparation des JO de 2016 pour lesquels des bidonvilles autour du nouveau stade Maracana avaient été rasés, laissant 300 familles à la rue. De cette manière, sous couvert de dynamiser les villes, les populations précaires sont mises de côté. Les JO sont ainsi l’occasion d’accentuer un phénomène de gentrification qui entraine une hausse des prix et aboutit à chasser les habitants les plus pauvres de leurs quartiers.

Des éventuelles constructions d’infrastructures devraient se faire dans la transparence et sous le contrôle démocratique des travailleurs et des habitants. A contre-courant d’une préparation des JO qui se fait au détriment de la population, nous dénonçons fermement l’expulsion des Jardins ouvriers d’Aubervilliers et soutenons la mobilisation populaire pour la défense des lieux.




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