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Notre classe

ROZENN VS CHRONODRIVE

Les Prud’hommes refusent la réintégration de Rozenn, licenciée par Chronodrive. Le combat continue !

Le rendu de l’audience en référé aux Prud’hommes de Rozenn contre Chronodrive est tombé : les conseils prud’hommaux ne se prononcent pas pour sa réintégration. Rozenn a donc assigné l’entreprise selon la procédure habituelle, et continue la lutte contre le sexisme de Chronodrive.

mercredi 30 juin

Source photo : Fred Scheiber / AFP

Chronodrive obligée d’afficher l’ambiance sexiste qui règne dans ses magasins

Le 4 juin dernier s’est tenue l’audience aux prud’hommes de Rozenn, étudiante et salariée à Chronodrive licenciée après avoir dénoncée le sexisme et le gaspillage alimentaire de l’entreprise. Cette procédure judiciaire a été l’occasion pour la direction de Chronodrive d’exprimer clairement leur position sur le sexisme au sein de leur entreprise. En effet, tant la plaidoirie de leur avocat que l’enquête menée par la direction au sein de l’entreprise démontrent le sexisme ordinaire qui y règne : l’enquête dépeint en effet les agressions sexuelles comme « des coucheries de gamins de 20 ans » ! Nous avons interviewé Rozenn pour qu’elle nous explique en profondeur les rouages de cette enquête.

Rozenn : « Chronodrive raconte que les DRH ont ouvert une enquête. En réalité, on ne sait pas comment a été menée cette enquête : alors que j’y suis mise beaucoup en avant, je n’ai pas été interrogée formellement dans cette enquête. La CGT Chronodrive, on avait imprimé de nombreux tracts, réalisé de nombreuses vidéos et on accompagnait Amélie à chaque rendez-vous avec la direction, mais on n’a pas été tenu au courant de la tenue de cette enquête ni de son compte rendu. Cette enquête a été faite par deux DRH venus du siège de Lille, descendues à Toulouse pour rencontrer Amélie, sous la pression qu’on mettait depuis des mois avec la CGT Chronodrive. On a exigé cette rencontre pour qu’Amélie puisse avoir une rupture de contrat conventionnelle et qu’elle parte de Chronodrive avec des indemnités. C’était un long combat d’avoir des réponses de la part de la direction, et quand elles sont descendues sur Toulouse, elles se sont rendues sur mon magasin pour rencontrer quelques salariés ; à aucun moment elles n’ont dit aux salariés que c’était dans le cadre d’une enquête sur le harcèlement sexuel d’Amélie ; moi, j’apparais dans le compte-rendu de l’enquête, mais elles ne sont pas venues me voir une seule fois !

Des épisodes comme ça, il y en a plusieurs : Raphaël, le responsable de la section syndicale, est dans le compte rendu de l’enquête alors qu’il n’a été ni notifié ni rencontré dans ce cadre. Il y a une salariée, que j’ai accompagnée sur un cas de harcèlement moral, à laquelle les DRH ont dit qu’elles allaient discuter avec elle sur ce cas de harcèlement. Mais elles ne lui ont posé que des questions sur moi et sur le harcèlement sexuel d’Amélie, et à aucun moment on l’ a notifié qu’elle parlait dans le cadre d’une enquête. On est donc face à une enquête qui a été totalement cachée, et qui prouve que même dans ce cadre, la direction de Chronodrive continue de vouloir cacher les faits et d’essayer de maintenir une omerta, alors qu’on essai de libérer la parole.

Et ce n’est qu’en allant aux prud’hommes qu’on a pu obtenir le compte rendu de cette enquête. Et dans ce contre rendu, il apparaît que des membres de la direction qualifient des salariées « d’allumeuses » parce qu’elles s’habillent de manière « légère », tandis qu’ils décrivent l’homme qui est accusé de viol et d’agression sexuelle contre deux anciennes salariées, comme quelqu’un qui « aime plaire aux filles », et que ce n’est donc pas de sa faute. Les femmes, elles, sont portées comme responsables des rumeurs qui pesaient sur elles. Des salariés racontent également que des membres de la direction insultaient ces femmes de « putes » sans que cela pose aucun souci ».

L’enquête montre donc la banalisation des violences sexistes desquelles sont victimes les salariées travaillant à Chronodrive, puisque la direction ne voit aucun problème à porter une enquête à la justice dans lequel il apparaît que des membres de la direction qualifient les salariés de « putes ». Des faits malheureusement peu étonnants, au regard des pressions que Chronodrive avait déjà exercé sur une des salarié.e.s victime de violences sexuelles : la DRH l’avait d’abord obligée à changer de magasin, puis l’avait incitée à démissionner (ce qu’elle ne pouvait pas faire pour des raisons économiques) jusqu’à ce qu’elle fasse un burn-out et signe des clauses de confidentialité à vie.

Une « égalité hommes/femmes » qui masque mal les violences sexistes

La plaidoirie de l’avocat défendant Chronodrive a largement mis en avant l’égalité hommes/femmes existant au sein de l’entreprise, tant au niveau des effectifs qu’en terme de salaires. Cette égalité est d’ailleurs largement invoquée et revendiquée par l’entreprise pour tenter de se justifier face aux dénonciations des salariées, mais cette égalité n’est qu’une façade.

Rozenn : « Cette égalité revendiquée par Chronodrive, c’est l’incarnation du féminisme bourgeois. Pendant la plaidoirie, ils se félicitaient d’avoir un indice d’égalité hommes/femmes de 99/100. Pendant la grève qu’on a organisé à Chronodrive, on a pu avoir accès à des compte rendus de CSE dans lesquels la direction et les élus CFDT se félicitaient du fait que Chronodrive est une entreprise dirigée par des femmes et qu’il y avait une égalité salariale. Mais cela cache le fait que dans les grands groupes comme Chronodrive, les patrons exploitent tellement leurs salariés, et notamment les étudiants, qu’ils les payent tous au minimum . C’est logique que dans ces entreprises, il n’y ait pas de différence salariale, parce que malheureusement pour eux, ils ne peuvent pas payer les femmes moins que le SMIC. Les directions se dorent d’égalité parce que, tout simplement, ils payent tout le monde au minimum légal.

Malgré les obstacles légaux, des acquis fondamentaux et la nécessité de continuer la lutte

Face à ces éléments, le combat mené par Rozenn au travers de la procédure en référé a permis de montrer que la lutte contre les violences sexistes au travail a toute son actualité, car dans la salle d’audience, ce qui primait c’est la banalisation des violences que les femmes subissaient quotidiennement sur leur lieu de travail. Ce mardi, le rendu de l’audience est tombé : les conseils prud’homaux ne se sont pas prononcés pour la réintégration de Rozenn et donnent raison à la société. Pour autant, la CGT Chronodrive, dans un communiqué, annonce qu’elle continue le combat : « l’argumentation insultante de Chronodrive nous motive d’autant plus à assigner l’entreprise aux Prud’hommes selon la procédure habituelle pour contester le licenciement de Rozenn et obtenir justice pour les femmes victimes de sexismes et des méthodes de leur direction ».

Il est nécessaire de continuer la lutte pour la ré-intégration de Rozenn, qui a déjà de nombreux acquis : elle a été l’occasion, pour des travailleuses, de s’organiser en indépendance face à la direction de l’entreprise ; elle a aussi donné lieu à deux grèves dans un secteur précaire qui n’est généralement pas touché par des mouvements des salarié.e.s ; elle a surtout permis de libérer la parole des salariées, comme dans le cas d’Amélie, victime de violences sexuelles à Chronodrive. C’est pour toutes ces avancées qu’il faut continuer à rendre cette lutte la plus visible possible, pour pouvoir en faire un exemple de lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail qui puisse se généraliser.




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