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Jeunesse

Après la loi ORE-Parcoursup

Les Républicains veulent une loi pour criminaliser les étudiants mobilisés

L’escalade répressive contre les Gilets jaunes ne suffisant pas aux Républicains, ceux-ci ont soumis à l’Assemblée le 30 avril une proposition de loi « visant à incriminer le fait de bloquer un établissement d’enseignement supérieur », soit de criminaliser les étudiants mobilisés, en le justifiant par un fatras de contre-vérités.

mercredi 8 mai

L’absence de mouvement étudiant cette année n’aura pas empêché les plus réactionnaires d’imaginer un dispositif pour permettre de tuer dans l’œuf toute mobilisation. C’est d’ailleurs comme cela que se clôture le texte justifiant cette proposition de loi « Gouverner, c’est prévoir » et l’absence de récent mouvement social dans les universités ne doit pas nous condamner à l’immobilisme. Déplorant le fait que les forces de police ne puissent pas rentrer sur les campus comme bon leur semble, et que qu’il n’existe pas (encore) d’infraction pénale pour réprimer les étudiants, les Républicains souhaitent ré-affermir le code pénale pour pouvoir poursuivre les étudiants se mobilisant et bloquant leurs universités.

Un an après le mouvement étudiant contre la loi ORE et Parcoursup, les Républicains reviennent en force en utilisant la même tambouille mensongère que médias et gouvernements s’évertuaient à déverser contre le mouvement au printemps dernier pour décrédibiliser la lutte des étudiants. La « minorité » qui « empêchent la majorité d’étudier sereinement et de passer ses examens », les blocages accompagnés de « violences inacceptables » sans parler des cas de « drogue ou de prostitution ».

En plus de ces contre-vérités (la « minorité » agissante étant composé de milliers d’étudiants se réunissant en assemblées générales), les députés ne sont pas avares en acrobatie pour retourner l’affaire. « Les premières victimes de ce phénomène récurrent [les blocages] sont les étudiants les plus modestes, qui consentent bien souvent à des sacrifices pour pouvoir étudier » peut-on ainsi lire.

Un sens de l’ironie très poussé quand on sait que ce sont justement les étudiants les plus modestes qui se mobilisaient l’année dernière contre les machines de tri social que sont la loi ORE et Parcoursup, qui ont été complétées cette année, avec le soutien des Républicains, par une hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, ouvrant la voie, qui plus est, à une hausse généralisée. Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de coupes des budgets pour les université, et plus généralement des services publics. Une casse programmée qui s’offre le luxe d’une propagande visant à mettre en cause les étudiants mobilisés concernant le manque criant de budget.

La répression des étudiants ne date pas d’hier

Parmi les « violences inacceptables », on tait évidemment celles subis par les étudiants, sociales, mais aussi physiques : les évacuations des occupations à grands recours du corps policiers l’an dernier, qui à Toulouse, se sont poursuivis dans la ville où un étudiant a eu les côtes fracassées par la police. Des centres universitaires, comme celui de Tolbiac mais aussi de Montpellier ont connu à la rentrée un tournant ultra-sécuritaire avec toute une armada de vigiles nouvellement engagés.

A Nanterre, deux étudiants et militants, Victor et Roga, sont, depuis la mobilisation contre la loi ORE poursuivis par la justice pour le simple fait de s’être rendu à une Assemblée générale de l’université, le 9 avril 2018. Le procès court encore, après qu’ils aient fait appel contre les 4 mois de sursis et 6 mois de prison ferme auxquels ils avaient été condamné. Après cela, Victor et un autre militant, Micka ont aussi été envoyé en section disciplinaire par la présidence, pour s’être mobilisés contre la hausse des frais d’inscription.

Des attaques de toute part pour faire taire les contestations

Cette nouvelle proposition de loi s’inscrit dans un contexte d’escalade répressive ahurissante. Autant sur le plan policier que judiciaire, les moyens en terme de répression ont été décuplés pour « faire respecter l’État de droit » depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, . A côté des milliers de blessés et d’emprisonnés, dévoilant tout l’arbitraire de la justice de classe, la loi anti-casseurs récemment promulguée est un outil de plus dans l’arsenal répressif. Et encore, il faut combler les « failles » pour que l’État soit en capacité de faire régner l’ordre, le sien.

Si le mouvement étudiant est resté majoritairement atone cette année – bien que de nombreux étudiants aient participé individuellement au mouvement des Gilets jaunes – cela ne signe en rien la fin des mobilisations étudiantes, pouvant être particulièrement explosives. C’est certainement le poids de la récente défaite, mais aussi des pressions s’exerçant de plus en plus sur les étudiants (crainte de la sélection, du chômage, nécessité de travailler à côté des études) qui peuvent expliquer, au moins en partie, cette passivité.

Au contraire de tout scepticisme, le mouvement des Gilets jaunes a au contraire montré la détermination de tout un pan de la population à ne pas se laisser écraser par le rouleau compresseur néolibéral, de lutter contre le saut répressif du régime ; et la nécessité d’étendre cette colère à d’autres secteurs, étudiants compris, pour mettre un terme aux aspirations liberticides de la bourgeoisie.




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