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Territoire stratégique

Les ambitions américaines au Groenland virent à l’incident diplomatique avec le Danemark

Alors qu’il devait se rendre au Danemark en septembre, Donald Trump a annoncé mardi 20 août sur son compte Twitter qu’il annulait cette rencontre diplomatique. Cela fait écho à la révélation par le Wall Street Journal la semaine dernière de l’ambition du président américain de racheter au Danemark le Groenland. Un incident diplomatique déconnecté de l’aspiration du Groenland à l’indépendance.

mercredi 21 août

Crédits photo : Walter Bibikow/Hemis.fr

Les intérêts économiques des États-Unis et du Danemark ont mis un terme à leurs relations diplomatiques paisibles depuis que Donald Trump a confirmé sur Twitter que le rachat au Danemark du Groenland était « stratégiquement […] intéressant ». Fidèle à sa stratégie de communication, le président américain a avancé sans complexe que cette « transaction » serait bénéfique aux deux États dès lors que ce territoire ferait perdre selon lui au Danemark « près de 700 millions de dollars par an ».

La première ministre danoise a répondu sèchement au multi-millionnaire que le Danemark était « prêt à faire des affaires, pas à vendre ». Ce territoire que la première ministre qualifie de « riche en ressources précieuse » est le fruit de convoitise depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Colonie danoise jusqu’en 1953, le Groenland est désormais un territoire autonome du royaume danois largement soumis aux subventions de ce dernier. Mais les États-Unis, s’appuyant sur la doctrine Monroe consistant à placer le Groenland dans leur sphère sécuritaire, cherchent depuis 1946 à opérer une transaction en leur faveur avec le Danemark, pour jouir des ressources naturelles du territoire groenlandais. S’ils n’ont jamais obtenu de réponse favorable de la part de Copenhague, les États-Unis bénéficient cependant depuis la Guerre froide d’une base aérienne à Thulé, stratégiquement très importante puisqu’elle leur permet d’observer et de détecter les missiles en direction du continent américain.

Le Groenland est donc un territoire stratégique, tant du point de vue des ressources que du point de vue militaire. Et si le Danemark cherche dans cet incident à apparaître comme l’État diplomate et soucieux de la population groenlandaise, c’est en réalité pour défendre ses propres intérêts économiques et géopolitiques. À ce titre, le gouvernement danois opère un chantage depuis plusieurs années auprès de la population groenlandaise pour éviter que ne se concrétisent les aspirations d’indépendance de cette dernière, jugée « nécessaire » par « tout le monde ou presque » selon le journaliste Thomas Munk Veirum. En effet, si formellement Copenhague déclare respecter l’indépendance si celle-ci a lieu, la réalité est tout autre : en plus des subventions importantes qu’elle cesserait de lui verser, les institutions répressives du territoire dépendent du pouvoir central et il fait peu de doute qu’elles seraient alors utilisées par le Danemark aussitôt que la population tenterait d’arracher l’indépendance qu’elle peine à obtenir par les urnes, comme en témoignent les dernières élections de 2018.




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