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Politique

Crise énergétique

Les boulangers asphyxiés par le prix de l’énergie : c’est aux grands groupes de payer la crise !

Les factures des boulangers explosent, parfois multipliées par 10. Bruno Le Maire a accusé les fournisseurs de ne pas « jouer le jeu » alors qu’il leur a largement facilité les règles. Face à l’explosion des factures pour les foyers, comme pour les indépendants, il existe une mesure d’urgence : l’expropriation des grands groupes de l’énergie.

mardi 3 janvier

Crédits photo : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Lundi, un boulanger-pâtissier de l’Oise a attiré l’attention des médias et des élus locaux en occupant un rond-point et en appelant à la mobilisation pour protester face à des factures d’électricité exorbitantes. Celui-ci a en effet vu sa facture mensuelle d’électricité passer de 1000€ à 12.800€ entre octobre et décembre. Un couperet qui menace tout simplement de nombreux petits patrons, indépendants et artisans de mettre la clef sous la porte.

La presse locale rapporte plusieurs cas de fermeture, notamment dans des petites communes, où la boulangerie est souvent un des rares commerces qui subsistent ou qui permet de faire tenir les autres. Et celles qui n’ont pas encore fermées doivent encaisser des factures qui sont multipliées par deux, par trois voire plus de 10. Une situation qui se répercute sur les prix de vente, alors que la plupart des matières premières utilisées en boulangerie (farine, beurre, œuf, sucre) sont déjà parmi les produits les plus touchés par l’inflation, qui se traduit également par des licenciements ou des réductions d’activité. Tant que n’arrive pas la facture fatidique qui fait fermer boutique.

Par peur que la colère ne s’exacerbe, Bruno Le Maire a rapidement reçu ce mardi matin, les dirigeants des syndicats des boulangers de France et a annoncé quelques mesurettes qui sonnent comme une provocation. D’abord, il a surtout rappelé l’existence d’aides dont le gouvernement se désole qu’elles soient peu utilisées. Peut-être parce qu’elles sont dérisoires face à l’explosion des coûts. L’État a par exemple prévu de prendre en charge 10 à 15 % de la facture d’électricité des TPE/PME, une aide qui peut monter à 40 % si le montant de la facture dépasse 3 % du chiffre d’affaires. Ensuite, Elisabeth Borne a annoncé de nouvelles mesures. D’abord, les boulangers pourront report er le paiement de leurs cotisations et impôts. Ensuite, les boulangers pourront dans certains cas … résilier sans frais leur contrat ! Un crachat à la figure des boulangers : changez de contrat et tout ira bien, circulez y a rien à voir.

Pour la forme, Bruno Le Maire a cependant dû hausser un peu le ton face à des fournisseurs accusés de ne pas « jouer le jeu ». Le ministre de l’Économie s’est désolé de voir que les fournisseurs ne respectaient pas la « charte » qu’il leur a fait signer. Pour rappel, en septembre, Bruno Le Maire a élaboré cette charte pour « un tarif raisonnable dans des conditions et délais raisonnables » aux PME puisque les « fournisseurs ne jouaient pas suffisamment le jeu ».

Bruno Le Maire se livre en effet à échéance régulière à cet exercice de théâtre où il se met très en colère face aux grands capitalistes qui engrangent des profits absolument phénoménaux. Mais en réalité, ceux-ci jouent très bien le jeu, le jeu que leur ont permis de jouer Macron et ses prédécesseurs en ouvrant le marché de l’électricité à la concurrence et en faisant sauter les tarifs réglementés. Ce que le boulanger de l’Oise résumait très bien : « les fournisseurs nous tuent ».

Les fournisseurs se gavent, le gouvernement leur tient la fourchette

Car, si les boulangers se retrouvent exposés à des variations aussi folles des prix de l’énergie, c’est à cause de la suppression des tarifs réglementés de l’énergie mis en place par Macron. En effet, à la suite de la loi énergie-climat de novembre 2019, les tarifs réglementés de l’électricité ont été supprimés pour les professionnels qui emploient dix salariés ou plus, dont le chiffre d’affaires dépasse deux millions d’euros ou qui consomment plus de 36 kVA. Or, de nombreuses boulangeries appartiennent à cette dernière catégorie. L’explosion des prix est donc due en grande partie aux mesures mises en œuvre par le gouvernement Macron de 2019 où Bruno Le Maire occupait déjà son poste actuel.

Pour aller plus loin : Électricité : Mégawatts et méga-arnaque

Des fournisseurs qui ne produisent d’ailleurs pas mais qui obtiennent une électricité extrêmement bon marché de la part d’EDF (à un tarif fixé à 42€ le MWh) pour le revendre à prix d’or au prix du marché « libre ». Ce mécanisme de l’Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique (ARENH) a été instauré par la loi NOME de 2010, sous un gouvernement de Sarkozy, dans lequel Bruno Le Maire a occupé plusieurs postes à Matignon puis au ministère de l’Agriculture. Ainsi, EDF est obligée de céder chaque année 120 TWh à des « fournisseurs » totalement parasitaires, qui revendent ensuite cette électricité à des prix largement supérieurs. Une « dérégulation » et des mécanismes qui visent le démantèlement d’EDF et la privatisation toujours plus accéléré du marché de l’énergie.

Hors des tarifs de vente réglementés, le prix de l’électricité sur le marché européen de l’énergie est couplé à celui du gaz. Or, les prix de celui-ci ont explosé en 2022 (entre reprise post-confinement et conséquences de la guerre en Ukraine), permettant à de nombreux fournisseurs de faire exploser les prix et les profits. En effet, les fournisseurs ne sont que des intermédiaires spéculateurs, qui pour la plupart ne produisent pas eux-mêmes, mais achètent et revendent en réalisant une marge (parfois exceptionnelle grâce à des cadeaux des États comme celui de l’ARENH en France qui permet de piller EDF).

Face à l’explosion des factures et à la crise énergétique, il faut exproprier les grandes entreprises énergétiques

La colère légitime des petits artisans comme les boulangers n’a qu’une origine, la soif intarissable de profits des grandes entreprises de l’énergie, le gouvernement à leur service. Alors que les milliards pleuvent pour les grandes entreprises du CAC40, les petits artisans, indépendants et petit patrons subissent durement la crise.

Des politiciens de tout bord sont venus essayer de faire leur beurre sur la détresse des boulangers. Bruno Le Maire évidemment le premier qui a convoqué les fournisseurs d’énergie mardi après-midi après avoir rencontré les syndicats de boulanger mais aussi Jordan Bardella, secrétaire du Rassemblement National, qui a rédigé une « lettre aux boulangers ». Il y avance le découplage du prix de l’électricité de celui du gaz (comme l’Espagne et le Portugal ont pu l’obtenir), comme Bruno Le Maire ou LR. Une mesure qui se veut un correctif des aspects les plus absurdes des législations européennes mais qui ne permettra aucunement de faire face à la crise : les mécanismes spéculatifs continueront. D’autant plus que la hausse des prix de l’énergie provient de causes structurelles qui dépassent le seul cadre spéculatif.

Il est particulièrement commode pour tous ces sous-fifres aux ordres des grands patrons de remettre toute la faute sur l’Europe, pour mieux se dédouaner eux-mêmes. L’Union Européenne a été et est un bulldozer à libéralisation, qui a donné des outils et alibis précieux permettant d’attaquer toujours plus les conditions de travail, les services publics, que ce soit dans les transports, la santé, les télécoms ou l’énergie. Mais ne viser que « les règles européennes », c’est oublier et taire que les principaux responsables sont les gouvernements de droite et de gauche, qui ont participé activement à cette libéralisation et qui servent au quotidien les multinationales françaises qui se remplissent les poches grâce à eux.

Ainsi, si Bardella trouve que la baguette de pain est un « motif de fierté nationale », son collègue à l’assemblée Jean-Philippe Tanguy se sentait encore plus fier à l’idée de pouvoir cirer les pompes au PDG de Total, félicitant « la performance de Total, grande entreprise française dirigée par des patriotes ». A la même occasion, il avait félicité le PDG de CMA-CGM, multinationale du transport maritime qui s’y connaît en spéculation pour faire monter le prix des matières premières transportées par container.

La solution à la crise ne peut se trouver qu’en remettant fondamentalement en cause la le fait que le secteur de l’énergie soit soumis à une logique de rentabilité. Il s’agit d’un domaine bien trop vital pour la vie des travailleurs pour qu’il soit laissé aux capitalistes. C’est pourquoi il faut nationaliser sans indemnité et sans rachat l’ensemble des entreprises du secteur énergétique et les regrouper dans un monopole public sous contrôle des travailleurs de ces entreprises et des usagers, c’est-à-dire autant les foyers que les petits artisans qui ont besoin d’une énergie peu chère. De manière urgente, face aux factures impayables, il s’agirait d’imposer un contrôle et un gel des prix qui permette aux salariés comme au petit indépendants de fixer le prix d’une énergie à un prix accessible pour tous.

Un tel programme ne pourra être obtenu qu’en alliance avec le mouvement ouvrier. Seuls les travailleurs ont intérêt à exproprier les profiteurs de l’énergie, du secteur bancaire, qui oppriment les petits patrons à coups de factures et de taux d’intérêts indécents. Tandis que les politiciens de Renaissance au RN s’opposent aux augmentations de salaire, à l’augmentation du SMIC avec l’inflation en prenant comme prétexte les petits patrons, ils permettent l’explosion des factures. Or ce sont bien les profits des grands patrons, pas les salaires des travailleurs qui tuent les boulangers.



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