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Chronique

Les chants homophobes des supporters : un « folklore » pour la présidente de la LFP

La présidente de la Ligue de Football Professionnel (LFP), principal organe dirigeant du football en France, a créé la polémique ce mardi en qualifiant de « folklore » les chants insultants, parfois à caractère homophobe, chantés par les supporters dans les stades football.

mardi 26 mars

Tout a commencé par une déclaration de Roxana Maracineanu, la ministre des Sports. Cette dernière, après avoir assisté depuis les tribunes du Parc des Princes au derniers Clasico entre le PSG et l’OM (deux clubs à la rivalité désormais historique), s’était dite choquée de certains chants entonnés par les supporters. Il faut dire que traiter les adversaires « d’enc** » ou de « pé** » peut paraître aujourd’hui de l’ordre de la banalité pour les supporters de foot. Il n’empêche qu’il s’agit là de propos à caractère homophobes.

« Il n’y avait pas de cris racistes, mais c’était juste inadmissible d’entendre les chants que j’ai entendus. C’était le PSG qui criait contre Marseille, et au lieu d’encourager leur équipe, ils hurlaient des choses horribles. Apparemment, c’est historique, mais ce n’est juste pas possible. Moi je n’amènerais pas mes enfants à un match comme cela », s’était exclamée la ministre après la rencontre.

Certainement désireuse de prendre la défense des supporters de football Nathalie Boy de la Tour, présidente de la LFP a tenu à répondre, dans un entretien accordé au Parisien. Et le moins que l’on puisse dire est que ses propos ont été au mieux maladroits. « Ce que vous entendez dans un stade, vous ne l’entendez pas en dehors, lorsque vous faites vos courses. Le propos pris hors contexte n’est pas acceptable. Maintenant, dans le stade il n’est pas acceptable en tant que tel, mais il fait partie du folklore. Je ne suis pas en train de dire que ça doit le rester, mais c’est une réalité. La majorité des supporters n’ont pas l’impression de blesser. »

Des propos qui n’ont pas manqué de faire enfler la polémique, notamment du côté de plusieurs associations LGBT, à commencer par SOS Homophobie. « Considérer que les chants homophobes dans les stades de foot relèvent du "folklore", c’est relativiser et tolérer l’homophobie », a déclaré l’association sur son compte Twitter. Ce contre quoi la présidente s’est défendue en arguant que ses propos sur le fameux « folklore » avaient été sortis de leur contexte, avant d’ajouter : « Ces actes n’ont rien à faire dans un stade. Comment pouvons-nous combattre cela ? Ça passe par l’éducation et la prévention. La sanction, pourquoi pas, mais quel type de sanction ? Il faut appliquer un principe de réalité dans les stades. »

Trop tard, car il n’en fallait pas plus pour écorner l’image de la première femme à occuper ce poste de direction du football professionnel français. D’habitude très discrète depuis son élection à ce poste fin 2016, Nathalie Boy de la Tour a conscience de devoir faire sa place dans un milieu sportif particulièrement masculinisé.

« Je pense que je casse les codes, [notamment parce que] je suis une femme. Il ne faut pas en avoir honte. Je suis d’une époque où les petites filles, on ne les mettait pas au foot. C’est regrettable et je suis très heureuse de voir que les choses évoluent. Tout le travail fait par la Fédération est en train de changer les codes. Si maintenant, on peut les changer également au niveau de la gouvernance en faisant davantage de place aux femmes, alors le foot n’aura pas à rougir. C’est un sport où énormément de place est faite aux femmes, mais pas encore suffisamment, et c’est un de mes combats », déclarait-elle en décembre dernier. « Si je peux contribuer, notamment par mon expérience (…) à faire évoluer les choses, c’est avec plaisir. »

Pour sortir ce sport de ses dérives, il faudra autre chose que qualifier les chants homophobes de « folklore » faisant partie intégrante de la culture football. La France devrait pourtant montrer l’exemple dans le processus de visibilisation du football féminin, elle qui s’apprête à accueillir la Coupe du monde féminine en juin prochain, et alors que son équipe nationale, qui se prend à rêver de titre un an après les hommes en Russie, n’a jamais suscité autant d’engouement chez les supporters.




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