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Politique

Réforme des retraites

« Les conditions ne sont pas réunies » : le retour de la réforme des retraites déjà enterré par Castex ?

Depuis dimanche, l’idée d’un retour d’une partie de la réforme des retraites fait la une de l’actualité. Ce mercredi, Jean Castex est venu tempérer une telle éventualité sur fond de dissensions au sein de la majorité. Sans totalement enterrer le projet.

mercredi 8 septembre

Crédits photo : Ludovic Marin / AFP

Depuis le début de la semaine, l’idée d’un retour partiel de la réforme des retraites fait la une de l’actualité. Évoquée comme une possibilité dans un édito du journal Les Echos dimanche, elle semblait corroborée mardi par Gabriel Attal qui insistait dans Le Monde sur la volonté d’Emmanuel Macron de ne pas cesser de réformer pour la dernière année de son quinquennat. De fait, si l’idée de s’en prendre aux régimes spéciaux tout en mettant en place le minimum retraite à 1000 euros apparaît comme un pari risqué, la stratégie pouvait aisément se comprendre dans la perspective de 2022.

Pourtant, ce mercredi, Jean Castex semble avoir affiché un recul par rapport à la rumeur qui court depuis dimanche. A l’issue du conseil des ministres, le Premier ministre a expliqué que les conditions évoquées cet été par Emmanuel Macron pour un retour de la réforme des retraites n’étaient « toujours pas réunies » alors que « la crise sanitaire n’est pas encore complètement sous contrôle et la reprise mérite encore d’être affermie » avant d’ajouter « nous avons plus que jamais l’impérieux devoir de favoriser au maximum l’unité du pays. » Un recul par rapport à Gabriel Attal qui, tout en restant prudent, expliquait la veille que « le contexte est encourageant et justifie que la question soit posée. »

Une décision qui s’opère sur fonds de dissensions suscitées par la « fuite ». Outre l’opposition du MEDEF et des directions syndicales, c’est la majorité qui s’est divisée autour de l’idée d’une réforme partielle. « Outre le risque de bloquer le pays cet automne en plein rebond économique, certains craignent un texte mal ficelé empêchant, par la suite, une réforme plus globale. «  On ne réforme pas en profondeur les retraites en supprimant simplement les quelques régimes ¬spéciaux qui persistent. Ensuite, si on fait la retraite minimale à 1000 euros ¬maintenant, que nous restera-t-il à ¬mettre en balance quand nous devrons augmenter l’âge de départ à la retraite ? », soufflait récemment une source de l’exécutif. » rapporte ainsi Le Figaro.

Alors, à nouveau enterrée la réforme (partielle) des retraites ? Il semble que si Jean Castex a tenu à repousser temporairement le sujet, l’idée ne soit pas définitivement écartée, et la presse patronale apporte des réponses variées. Le Figaro note ainsi « que l’on soulignait encore mercredi soir dans l’entourage du chef de l’État » sa « détermination » à « faire aboutir certaines dispositions de la réforme de 2019 (…) en nuançant les propos du premier ministre. » Pour le très macroniste JDD, si la « réforme des retraites » semble bien inenvisageable, l’option d’une réforme partielle par décret reste ouverte. En effet, « l’exécutif n’a jamais démenti l’idée d’une réforme a minima d’ici à la présidentielle », même si l’opposition des syndicats semble peu compatible avec les proclamations « unitaires » de Castex.

Pour L’Opinion, l’épisode des derniers jours aurait tout du « ballon d’essai ». Une fuite orchestrée pour tester une idée, rapidement annulée face à des syndicats « hostiles » et à une majorité « divisée ». Une hypothèse que nous évoquions mardi soir, expliquant qu’il était possible « que le gouvernement choisisse consciemment de diffuser sa volonté de réformer les régimes spéciaux quitte à se raviser ensuite. Un moyen de communiquer et d’installer dans le débat public ses volontés réformatrices. » Pourtant, force est de constater que ces coordonnées étaient largement anticipables sans avoir à orchestrer une telle opération…

En définitive, difficile de prédire les choix du gouvernement dans les prochains mois. Une chose est sûre, les contre-réformes n’ont pas disparu de l’agenda prioritaire du gouvernement, quelle qu’en soit l’échéance. D’ailleurs, si pour Castex les conditions ne sont pas réunies pour la réforme des retraites (qui demeure une « nécessité »), il a en revanche réaffirmé que celle de l’assurance-chômage était « indispensable » autant qu’urgente. Ainsi cette offensive contre les droits des travailleurs devrait entrer en vigueur dès le 1er décembre. Elle avait été suspendue en juillet dernier par le Conseil d’État qui trouvait que les conditions économiques n’étaient pas réunies, remettant l’offensive à plus tard. Un miroir probable de ce que le gouvernement souhaite faire avec la réforme des retraites, à moins que la force d’une mobilisation ne l’en empêche.




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