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Retraites et salaires : même combat

Les éboueurs du SIVOM reconduisent la grève : « C’est la première fois qu’on fait grève comme ça ! »

Depuis le 30 mars, les éboueurs du SIVOM en Essonne sont en grève pour les retraites et les salaires. Face au mépris de la direction, aux bas salaires et à la pénibilité du travail, ils ont reconduit la grève et appellent à la solidarité pour tenir. Une détermination exemplaire qui montre que le seul moyen de faire plier les patrons, c'est la grève.

Mahdi Adi


et Ivan Ferrero

9 avril 2023

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Les éboueurs du SIVOM reconduisent la grève : « C'est la première fois qu'on fait grève comme ça ! »

Crédits photo : Révolution Permanente

Donnez à la caisse de solidarité des éboueurs du SIVOM en grève reconductible pour les salaires et les retraites !

« C’est la première fois qu’on fait grève comme ça ! » Devant la déchetterie de Varennes-Jarcy en Essonne, une cinquantaine de gilets oranges se relaient tous les jours, avec drapeaux et caisse de grève en main pour récolter de l’argent auprès des automobilistes qui passent. Ce sont les éboueurs du SIVOM de la Vallée de l’Yerres et des Sénarts en grève reconductible depuis le 30 mars dernier. qui s’occupent de la collecte des déchets sur quinze commune à cheval entre l’Essonne (91) et la Seine-et-Marne, ainsi que du service de la propreté. Du fait de leur mouvement de grève, trois des quatre déchetteries gérées par le SIVOM sont fermées depuis plus d’une semaine.

Salaires et retraites : même combat !

Leurs principales revendications concernent les salaires – 9% d’augmentation générale pour compenser au moins en partie l’inflation qui atteint 15% pour les produits alimentaires d’après l’INSEE – mais aussi les conditions de travail et la réforme des retraites. A ce sujet, ils sont formels : « c’est impossible de travailler jusqu’à 64 ans dans ces conditions, alors salaires et retraites, c’est le même combat ! »

Et pour cause, les ripeurs qui montent tous les jours à l’arrière des camions à benne afin de collecter les déchets sont nombreux à témoigner de troubles musculo-squelettiques et d’accidents du travail. Même son de cloche du côté des conducteurs, qui pointent le sous-effectif qui les oblige parfois à descendre du camion pour effectuer le travail des ripeurs. Ils pointent le peu de reconnaissance au regard de la pénibilité du travail. En effet, le salaire de base d’un nouvel embauché tourne autour de « environ 1.300 euros pour un ripeur, et 1.600 euros pour un conducteur » relate Amine, élu FO et secrétaire du CSE du SIVOM : « on a travaillé pendant le Covid, on était essentiels et aujourd’hui on demande de quoi pouvoir survivre ».

« Nous n’avons pas de marge » : comment le président du SIVOM tente de dresser la population contre les grévistes

Dans une vidéo publiée sur le compte Facebook du SIVOM, Guy Geoffroy, président de l’établissement et également maire LR de Combs-la-Ville (77), déclare que les revendications des grévistes sont « impossibles à satisfaire » sauf en « augmentant la taxe d’enlèvement des ordures ménagères ». Une manière pour cet ex-député Les Républicains de chercher à monter la population contre les grévistes, en menaçant de faire payer les habitants à coup de taxe, plutôt qu’en redistribuant les bénéfices réalisés par le SIVOM.

Pourtant, pour Stéphane, conducteur de benne au SIVOM et syndiqué CGT, une chose est sûre : « le patron se fait plein d’argent sur notre dos ! » Afin d’éclaircir le détail des excédents budgétaires réalisés chaque année par l’établissement, Amine explique qu’avec le syndicat Force Ouvrière, les représentants du personnel ont fait appel à un expert comptable en vue du prochain CSE qui aura lieu le 13 avril prochain.

De plus dans la même vidéo, Guy Geoffroy affirme avoir « essayé de maintenir un dialogue équilibré et responsable avec le personnel et ses représentants ». Or la vidéo a été publiée avant même que la moindre réunion de conciliation n’ait été envisagée par la direction. Une délégation de grévistes n’a été reçu qu’au bout de six jours après le début de la grève, « et la direction nous a dit qu’il n’y aurait pas de négociation possible » relate Fouad, militant syndical FO au SIVOM. « Si les poubelles ne sont pas ramassées, c’est de la faute du maire, pas de la nôtre », tranche ainsi Nathalie, salariée de la déchetterie en grève et élue FO au CSE.

Un fait confirmé par la dernière rencontre ce jeudi entre les grévistes et le directeur général du SIVOM, David Nadeau. A cette occasion, ce dernier a exhorté les salariés à « attendre le mois de juin, pour que la direction nous rajoute du travail en échange d’une prime », raconte Nadji, délégué syndical FO au SIVOM. Une proposition rejetée unanimement par les grévistes, qui montre cependant que la direction sous pression a les moyens pour augmenter les salaires.

Face au mépris de la direction et à la répression, détermination et solidarité avec les grévistes

Depuis le début du mouvement de grève, pas un jour ne passe sans que des soutiens affluent pour apporter leur solidarité sur le piquet de grève, relayés par l’Interpro du 77, le Réseau pour la grève générale ainsi que les Unions Locales des syndicats. En réponse, la direction a envoyé la police pour déloger brutalement celles et ceux qui formaient un barrage filtrant à l’entrée de la déchetterie mercredi dernier, et le maire de Combs-la-Ville a agité implicitement la menace des réquisitions contre le droit de grève en affirmant dans sa vidéo que « le préfet est aux côté du SIVOM pour faire en sorte que les pouvoirs publics ne nous laissent pas en difficulté au-delà de ce qui est admissible ».

Pour autant, la détermination des grévistes et la solidarité de la population ne faiblit pas. La caisse de grève dépasse les 10.000 euros, auxquels il faut ajouter encore plusieurs milliers d’euros de promesses de dons. De plus, la député NUPES du 91, Farida Amrani, ainsi que l’élue écologiste à Melun, Bénédicte Montville, ont toutes deux apporté leur soutien aux grévistes lors d’un rassemblement organisé devant la mairie de Combs-la-Ville mercredi dernier. Tandis que malgré les manœuvres de la direction pour monter les salariés entre eux – la direction a mis en place sur un affichage à l’entrée du SIVOM « Merci aux non-grévistes » – le nombre de salariés en grève a augmenté, et les grévistes ont voté la reconduction du mouvement jusqu’à mardi prochain.

Pour tenter de casser la solidarité à l’égard des grévistes, la direction a d’ailleurs publiée un communiqué à l’attention des salariés dans lequel elle affirme qu’elle refusera de négocier tant que des « personnes extérieures » seront présentes sur le piquets. Mais rien n’y fait : « si ça les dérange c’est qu’on est sur la bonne voie » affirme Nathalie. Plusieurs de ses collègues continueront à faire le tour des marché ce week-end pour faire connaître leur grève et récolter des sous dans la caisse de solidarité, et promettent déjà de participer à nouveau à la manifestation interprofessionnelle contre la réforme des retraites jeudi prochain.

Pour soutenir une grève exemplaire : donnez à la caisse de solidarité !

A l’heure où au niveau national, les grèves reconductibles contre la réforme des retraites montrent des signes de reflux, le mouvement de grève au SIVOM permet de tirer plusieurs leçons. La première c’est qu’en intégrant les revendications salariales, l’intersyndicale au niveau national aurait pu étendre la grève le mouvement de grève contre la réforme des retraites à bon nombre d’entreprises du privé dès le début du mouvement. Ensuite, que les caisses de grève sont essentiels pour tenir, de même que l’organisation des grévistes à la base en Assemblée Générale, pour que la grève appartienne aux grévistes, peu importe l’étiquette syndicale. Enfin elle montre l’importance d’une politique claire contre la répression en popularisant la grève et en s’appuyant sur le soutien le plus large possible de la population, à rebours du silence de l’intersyndicale au sujet des réquisitions et des violences policières.

Toujours est-il qu’au SIVOM, « il n’est pas question de lâcher maintenant ! » défend Céline, militante FO et trésorière du syndicat. En effet, les liens de solidarité créé entre les salariés pendant la grève, la participation de tous les grévistes aux prises de décisions et la fierté d’avoir relevé la tête face au mépris de la direction sont autant d’acquis à préserver.
Pour leur permettre de tenir et d’aller chercher la victoire, « l’argent c’est le nerf de la guerre » conclut Nathalie : alors soutenez-les sur le piquet de grève (Route du Tremblay 91480 Varennes-Jarcy) et donnez à la caisse de grève !


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