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Politique

Edito

Les enjeux pour le second tour des municipales : comment et quoi voter ?

Le deuxième tour des élections municipales se tiendra ce dimanche 28 juin. Si au premier tour certaines listes anticapitalistes ont pu exprimer une voix dans la continuité des luttes, la très grande majorité des scrutins de second tour ne donnera pas d’autres alternatives que des candidats intégrés au cadre institutionnel dominant. Si différentes formes d’union de la gauche disent incarner une alternative, ces options sont discréditées de fait car incluant le PS ou EELV, parti au pouvoir ou ayant participé à des gouvernements de « gauche » ayant appliqué les réformes austéritaires. Face à la crise que les capitalistes comptent nous faire payer, c’est sur le terrain des mobilisations qu’il s’agira de répondre.

jeudi 25 juin

Crédits Photo : Christophe Archambault. AFP

Le deuxième tour des élections municipales de 2020 s’inscrit dans un contexte toujours marqué par la crise du coronavirus. Maintes fois discuté et reporté, il se tiendra trois mois après le premier tour sur fond de possible résurgence de seconde vague. Un contexte qui, comme lors du premier tour, maintenu malgré les risques sanitaires, pourrait mener à un nouveau record d’abstention à la veille des vacances d’été. Selon un sondage, seulement 37 % de la population en droit de voter se dit « intéressé » par le scrutin. Ils ne seront que 34 % à penser voter dimanche contre 40 % lors du premier tour le 15 mars dernier et près de 61,2 % au second tour de 2014.

Plusieurs grandes villes pourraient basculer

Pour le second tour, moins de 5 000 communes seront concernées ce dimanche ; parmi elles, les plus grandes villes du pays comme Paris, Lyon et Marseille, Bordeaux et Toulouse. Plusieurs bastions historiques de la droite pourraient même basculer sous le giron de différentes formes d’union de la gauche menée par le PS ou par EELV. C’est le cas notamment à Lyon où le candidat EELV, soutenu par le PS et LFI, se situe en bonne position pour l’emporter dans le bastion historique de Gérard Collomb, premier soutien de Macron. C’est aussi le cas à Marseille où l’écologiste Michèle Rubirola du « Printemps Marseillais » est en bonne position pour mettre un terme à 25 ans de domination de la droite.

A l’issue de ce second tour, c’est donc la carte hexagonale qui pourrait être redéfinie. Un équilibre politique qui jouera un rôle clé dans les dynamiques de recomposition politique en vue des prochaines régionales et sénatoriales mais surtout des présidentielles.

Pour « sauver les meubles », Macron penche pour LR

Ce second tour des élections municipales aura aussi une lecture politique nationale particulière puisqu’elles sanctionneront en premier lieu la gestion catastrophique de la crise sanitaire par le gouvernement. Et cette sanction pourrait bien être telle que le parti présidentiel ne parvienne pas à remporter de victoire, même symbolique, au Havre, ville où Edouard Philippe pourrait échouer face au candidat du PCF, Jean-Paul Lecoq. Un échec qui pourrait s’aggraver au regard de sa stratégie d’alliance à géométrie variable de LR, au PS. Des alliances qui penchent surtout à droite comme c’est le cas à Bordeaux, Strasbourg, Tours ou encore Toulouse dès le premier tour. Au total, 76 alliances avec la droite et 33 avec la gauche, notamment le PS, dans les villes de plus de 9 000 habitants.

La stratégie d’alliance de LREM n’a pas pour but d’emporter des girons dans le camp de LREM mais d’atteindre l’objectif plus que minimal fixé par le parti présidentiel, soit 10 000 conseillers municipaux sur les 500 000 élus. Pour Christian Delporte, spécialiste en politique « l’implantation locale du parti présidentiel est si faible qu’ils n’en sont pas à gagner des mairies, mais des sièges de conseillers ». Perdu pour perdu, il s’agit pour Macron de pencher à droite toute pour couper l’espace à LR et minimiser les dégâts d’une élection qu’il préfère enjamber.

L’union de la gauche une alternative ?

Dans ce contexte, différentes formes d’« union de la gauche » comptent bien capitaliser sur fond de gestion catastrophique de la pandémie. De ce point de vue, la fusion de liste menée par le PS et EELV et soutenue par de nombreux partis de gauche de LFI au PCF en passant par Génération.s est la règle. Si le PS et LREM sont alliés dans un certaine nombre de villes, il en va différemment pour EELV qui privilégie les fusions de liste d’union de gauche mais c’est sans compter que dans certaines villes, comme à Auxerre où le maire sortant Guy Ferez soutenu par LREM et le PS s’est allié à la liste EELV avec la bénédiction la direction régionale d’EELV. Signe que pour la formation de Yannick Jadot les alliances peuvent aller jusqu’au parti présidentiel.

Pour ce second tour, donc, LFI et le PCF se retrouvent à quelques exceptions près dans différentes moutures d’« union de la gauche » menées par le PS ou/et EELV. Ces différentes alliances, qu’elles constituent des soutiens ou des fusions de listes, sont réalisées avec des partis comme le PS au pouvoir ayant dirigé l’austérité ou encore EELV qui a participé à différentes formes de gouvernement de « gauche plurielle » et qui continue à s’affirmer « ni de droite ni de gauche ».

Ces alliances de type « gauche plurielle », avec des partis ouvertement bourgeois, ne peuvent en aucun cas être soutenues tant elles signifient la conciliation avec ceux comme le PS qui ont été au pouvoir en alternance pendant plus de trente années. Sur le plan de l’austérité, François Hollande a opéré une véritable saignée de la principale dotation aux collectivités territoriales, la divisant quasiment par deux (41,3 milliards d’euros en 2012 contre 26,9 milliards en 2017). De même pour le droit du travail, le PS a imposé certaines des plus importantes attaques contre le monde du travail, la loi travail, à coup de répression et du 49.3 en 2016. Aucune alliance n’est possible avec nos ennemis de classe.

De ce point de vue, nous regrettons que dans certaines villes, le NPA appelle plus ou moins explicitement à voter pour ces listes comme à Marseille, mais aussi à Toulouse. A Marseille, le NPA appelle « sans illusions ni hésitation à dégager Vassal et le RN » tandis qu’à Toulouse,il appelle à « se débarrasser de Jean-Luc Moudenc, sans accorder aucune confiance à Antoine Maurice ».

Bordeaux : voter anticapitaliste, voter Philippe Poutou en toute indépendance de classe

Si pour Révolution Permanente, la lutte des classes est le moyen déterminant pour construire le rapport de force, nous estimons que le terrain électoral, y compris à l’échelle municipale, ne peut être abandonné aux professionnels de la politique, à ceux qui administrent l’austérité. Tout au contraire, nous pensons nécessaire que les acteurs des principales luttes, réforme des retraites, Gilets jaunes, quartiers populaires, puissent exprimer une voix radicalement différente, contre Macron et sa politique, une voix anticapitaliste et révolutionnaire. C’est en ce sens que nous avions appelé lors du premier tour des municipales à voter et faire voter contre Macron et son monde pour le Nouveau Parti Anticapitaliste, et, là où il n’est pas présent, Lutte Ouvrière.

Pour ce second tour, loin de se revendiquer d’un anticapitalisme, la très grande majorité des listes ayant accédé au second tour et qui s’affichent de « gauche » expriment tout au contraire des traits de conciliation avec des partis bourgeois comme le PS et EELV, à l’ exception de Bordeaux où la liste anticapitaliste Bordeaux en Luttes dirigée par Philippe Poutou est arrivée au second tour avec 11% des suffrages exprimés.

En Gironde, Bordeaux en Luttes présente une liste anticapitaliste menée par Philippe Poutou, ouvrier licencié de Ford, ancien candidat du NPA aux élections présidentielles. Plaçant la lutte au centre de sa démarche, elle développe un programme au profil résolument anticapitaliste qui provoque l’angoisse au sein de la bourgeoisie bordelaise, une liste qui se veut le porte-voix des combats quotidiens. Soutenue par le NPA, le collectif Bordeaux Debout et la FI, la liste présente un programme, en toute indépendance de classe, qui s’affronte au système capitaliste et à ses institutions. La liste appelle à la mobilisation contre la répression policière et les violences d’État et dénonce les politiques répressives et sécuritaires. Comme première mesure, la liste propose de démanteler les réseaux de vidéosurveillance et mettre fin à l’armement de la police municipale. Un programme qui s’affronte à l’Etat, ses institutions et sa police.

Et comme l’affirme Philippe Poutou sur France Bleu, « le mouvement actuel contre les violences policières doit se développer ». De même, Philippe Poutou évoque le passé esclavagiste de la ville de Bordeaux : « Le racisme a une histoire, développe-t-il, c’est pour ça qu’aujourd’hui il y a une discussion sur les statues à déboulonner, les rues à débaptiser. On est complètement pour d’ailleurs ».
« Les problèmes se reposent comme avant. On parlait du monde d’après, mais on s’aperçoit que le monde d’après c’est exactement le même que le monde d’avant. Et déjà, se reposent des problèmes sociaux : mobilisation des personnels de santé, contre le racisme… ».

Seules nos mobilisations pourront faire reculer les capitalistes

Face à la crise historique du capitalisme, les plans de licenciements s’accumulent comme à Renault, Air France, Airbus, et dernièrement Nokia. Une crise que les classes dominantes comptent bien nous faire payer pour maintenir leurs profits tout en nous imposant de nouveaux reculs historiques sur les droits et les conditions de vie des travailleurs avec notamment le retour de la réforme des retraites et des attaques contre nos salaires.

Pour mettre un terme au rouleau compresseur patronal et gouvernemental, c’est seulement par la voie extra-parlementaire, par nos mobilisations que nous pourrons imposer une autre issue dans la continuité des luttes des soignants pour des investissements massifs dans les services publics, de véritables hausses de salaires. Face au chômage de masse, il s’agirait d’imposer un véritable plan de bataille dans le sillage des mobilisations à Renault ou dans l’aéronautique comme à Derichebourg pour imposer le partage du temps de travail entre toutes et tous, et face à l’urgence, l’interdiction des licenciements, l’expropriation des grandes banques privées, l’occupation et la mise sous contrôle des travailleurs des entreprises qui licencient.




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