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Les garants du Grand débat dénoncent les interférences du gouvernement

Alors que la période de consultation du Grand débat s’achève, les garants ont dénoncé dans un rapport les « interférences » et « l’influences » du gouvernement, en particulier Macron, tout au long de la consultation. Preuve que le gouvernement a voulu cadrer autant que possible ce qu’il n’a pas cessait de présenter comme une expérience démocratique unique.

Crédit photo : Ludovic Marin / AFP

Le Gouvernement expliquait lors de la présentation du Grand débat que « cette concertation d’ampleur nationale a pour objectif de redonner la parole aux Français sur l’élaboration des politiques publiques qui les concernent. » Trois mois plus tard, les garants du Grand débat donnent un autre son de cloche.

Pascal Perrineau, garant nommé par le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a regretté que l’exécutif n’ait pas suivi leurs conseils « Nous avons assez tôt précisé qu’il était nécessaire pour les membres de l’exécutif de se mettre en retrait du grand débat. Nous n’avons pas été entendus. Il est important de ne pas confondre ce qui relève d’un exercice participatif et la promotion de l’action du gouvernement ».

Si au départ les garants pouvaient trouver utile une telle communication afin de « faire entrer les citoyens dans le processus », sur le long terme pour Pascal Perrineau « la manière dont s’est prolongée la communication gouvernementale et présidentielle a pu contribuer, après avoir mobilisé, à entraver la mobilisation en introduisant un doute chez les citoyens sur la neutralité des débats. » Le garant Guy Canivet, nommé par le président LREM de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, lui-même, pointe directement Macron. « Le risque d’influence des interventions répétées des pouvoirs publics. Je fais référence aux interventions répétées du Président ». Il n’y a pas eu que Macron des ministres ont mis le bleu de chauffe pour l’occasion comme Marlène Schiappa qui a co-animé une émission avec Hanouna.

Ces interférences montrent ce qu’est le but du Grand débat, un moyen de canaliser le mouvement et de permettre au gouvernement de tenter de reprendre la main. Ainsi, Pascal Perrineau dénonce « une communication trop intense a pu contribuer, non pas à calmer la méfiance, mais à l’activer ».

De plus, le tout a été fait par rapport à un « calendrier serré », avec « une organisation -extrêmement contrainte », et « des questions compliquées, ambiguës, parfois orientées » selon Pascal Perrineau, de quoi empêcher au maximum à ce que le Grand débat échappe à ses créateurs.

Même dans les premières conférences thématiques des dysfonctionnements sont à dénoncer. Publicsenat.fr a expliqué que certaines associations spécialisées autour de la démocratie et de la citoyenneté n’avaient pas été convié. Nadia Bellaoui, garante nommée par le président du Conseil économique, social et environnemental, explique que « le fichier d’invitations était certainement partiel et partial. Il aurait fallu l’élargir. Les conclusions seront forcément limitées », avant de souligner que c’est le ministère de la justice, et donc le gouvernement, qui s’occupait des invitations.

Un Grand débat qui n’a pas si bien marché que ça

Pour les Gilets Jaunes, le Grand débat n’était qu’un enfumage. S’il y a eu des réunions, des cahiers de doléances noircis et bons nombres de participations aux questionnaires sur internet, l’accès était libre à tous. Si peu de Gilets Jaunes ont participé à cette supercherie, il faut bien voir que nombres de macronistes ont fait l’inverse. De plus, d’après Pascal Perrineau, il y aurait eu un « problème » de restitution des comptes rendus des débats locaux avec « 4.600 restitutions pour 10.000 réunions », lorsqu’il y en a eu, puisqu’il y a eu« parfois des réunions sans compte rendu, mais c’est marginal » précise-t-il.

Pour ce qui est de recruter des « citoyens » pour les conférences régionales, c’est un véritable problème pour trouver des personnes qui acceptent d’y participer.
Pascal Perrineau a expliqué qu’ « on avait fixé au départ soixante-dix à cent citoyens par conférence. On sera peut-être en dessous de cette fourchette ». D’après Publicsénat.fr, l’institut Harris interactive, chargé du recrutement, serait entrain de multiplier les coups de fil pour arriver au moins autour de « 50 à 70 citoyens par conférence citoyenne ».

Définitivement, ce Grand débat présenté comme un exemple d’initiative démocratique transparait comme une manœuvre du gouvernement et personne n’est dupe. L’exécutif n’a eu de cesse d’interférer dans le processus pour cadrer et influencer un maximum ce qui s’annonçait comme un simulacre de démocratie.




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