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Notre classe

Le procès de la sous-traitance

Les grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles vont aux Prud’hommes dans un procès contre la sous-traitance

En lutte depuis de longs mois, les femmes de chambres de l'Ibis Batignolles dénoncent leurs conditions de travail et les discriminations qu'elles subissent. Dans une conférence de presse le 16 décembre elles ont annoncé porter plainte contre le groupe ACCOR en dénonçant « la sous-traitance de la discrimination ».

mercredi 16 décembre 2020

Photo : Stéphane de Sakutin /AFP.

Voilà maintenant 17 mois que les femmes de chambres de l’hôtel Ibis-Batignolles sont en lutte pour de meilleures conditions de travail, pour exiger la fin de la sous-traitance et dénoncer les cas de harcèlement et de viol qui ont eu cours dans l’entreprise. Ce mercredi 16 décembre une conférence de presse était donnée pour annoncer la décision prise par les femmes de chambre en lutte et le syndicat CGT-HPE de porter plainte contre le groupe ACCOR pour dénoncer « le caractère discriminatoire de la différence de traitement subie par les salariés de la sous-traitance » comme l’explique l’appel à la conférence de presse. Un nouveau pas est opéré avec cette saisine des Prud’hommes ; Rachel Keke, une des porte-parole des grévistes, le disait ainsi en ouvrant la conférence de presse : « On veut rappeler au groupe ACCOR que notre grève est toujours là, qu’il faut arrêter d’ignorer notre lutte ».

Une plainte pour discrimination sexiste et raciale

Au cœur donc de ce procès : les discriminations racistes dont elles sont victimes. Claude Lévy, responsable de la CGT-HPE le rappelle, à l’Ibis Batignolles « toutes les femmes de chambre sont d’origine africaine  ». Et Rachel le dit très nettement : « ils profitent qu’on n’ait pas la peau blanche pour faire ce qu’ils veulent de nous. Mais même si on est africains, même si nous venons d’un autre pays, ça ne leur donne pas le droit de faire ce qu’ils ont pu faire aux femmes de chambres des Ibis Batignolles ». Sylvie Kimissa, elle aussi porte-parole des grévistes, abonde dans ce sens : « On ne peut pas leur laisser se dire que comme on est des africains on pourrait vivre avec 500 euros par mois ». Ce sont ces conditions de travail insoutenables qu’elles dénoncent depuis des mois, une situation où en plus du harcèlement qu’elles subissent, elles n’ont pas eu le droit d’accéder à la cafétéria pour manger et, comme le rappelle leur avocat maître Slim Ben Achour, pas même le droit à une bouteille d’eau. De cette situation, elles n’en veulent plus. Sylvie le résume avec colère et détermination : « On veut être sur un pied d’égalité avec les autres.  »

« Le procès de la sous-traitance »

Une exigence d’égalité avec les autres employé.e.s qui nécessite d’en finir avec la sous-traitance. Une sous-traitance dont les grévistes expliquent qu’elle est toujours synonyme de souffrance. Et c’est à cette sous-traitance que tous entendent faire un procès. A ce que maître Slim Ben Achour appelle « la sous-traitance de la discrimination ». Il explique en effet que l’une des deux motivations juridiques de la sous-traitance est l’« opportunité économique ». Mais « l’opportunité économique quand il s’agit de Rachel et Sylvie c’est ce que nous on appelle de la discrimination. Ce sont toujours les mêmes qu’on retrouve au bout de l’enchaînement contractuel », explique l’avocat des grévistes. Il ajoute dans le même sens que la sous-traitance « c’est un système […] un enchevêtrement de contrats (…) qui permet le harcèlement systémique et la différence de traitement ».

Une sous-traitance que rien ne justifie

« On est pas dans une sous-traitance classique, on est dans le cœur du métier d’hôtelier, qui dit je vais sous-traiter pour des raisons économiques, pour ne pas gérer la pénibilité  », explique Claude Lévy. L’avocat des grévistes dans le même sens assure que le « le nettoyage n’est pas une activité spécifique. Nettoyer une chambre dans un hôtel ça fait partie de l’activité de l’hôtel.  » Il souligne également que cette sous-traitance est d’autant plus injustifiée qu’il y a « des gouvernantes [employées par] Ibis qui donnent des ordres aux femmes de chambres STN [de la sous-traitance]. C’est pour ça qu’on veut les [les grévistes] remettre à leur bonne place.  » Une volonté donc des grévistes d’être internalisées, pour que leur travail soit reconnu et qu’elles puissent le réaliser dans des conditions dignes.

C’est un procès extrêmement politique qui s’ouvre et qui met en lumière les liens entre la sous-traitance, des emplois d’une extrême précarité et les femmes racisées qui y sont embauchées. Un procès à suivre de près, et une lutte qui n’est pas finie. Les grévistes appellent d’ailleurs à réveillonner à leurs côtés le 24 décembre devant le Novotel de Châtelet.




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