^

Jeunesse

Manifestation 17 décembre

Les jeunes marcheront aux côtés des grévistes de la RATP et de la SNCF

Alors que ce 17 décembre marque une nouvelle journée décisive contre la réforme des retraites, les étudiants et les travailleurs de la Ratp et de la SNCF marcheront ensemble dans la manifestation parisienne dans un cortège commun. Un signe fort qui exprime la solidité des liens qui se sont tissés depuis 2 semaines sur les piquets de grève.

mardi 17 décembre 2019

Crédits photo : Lucile Boiron

Depuis qu’un étudiant s’est immolé en novembre dernier, un électrochoc s’est produit au sein de la communauté universitaire qui paraissait pourtant jusque là comme paralysée par l’avalanche de contre-réformes du gouvernement Macron. Le geste du camarade lyonnais, mais aussi la lettre qu’il a laissé pour expliquer son geste ont conduit la jeunesse étudiante à se mobiliser contre l’exploitation et les conditions de vie dégradantes qu’elle subit. Depuis une série d’initiatives dans plus d’une quarantaine d’universités ont eu lieu, dans un contexte où l’annonce de la réforme des retraites a également déterminé les corps professoraux, administratifs et salariés à s’organiser à leurs côtés dans des assemblées générales universitaires.

Et alors que la mobilisation contre cette réforme, portée par les grévistes de la Ratp et de la Sncf, continue d’être largement soutenue par la population, malgré la propagande anti-grève insufflée dans les médias par les représentants LReM et le RN, la convergence entre les secteurs se concrétise notamment à travers les actions de soutien aux blocages des centres, comme c’est le cas à Châtillon, Pleyel, Ivry, ou au Landy, où des professeurs, CPE, AED, mais aussi un bon nombre d’étudiants viennent quotidiennement aider les grévistes à faire barrage à la circulation sur leur lieu de travail.

Auto-organisation et grève reconductible

Si depuis quelques semaines les universités sont entrées dans un état d’agitation frémissant, ce début de mobilisation peine, jusqu’à présent, à se structurer vraiment. La participation dans les assemblées générales restent relativement faible, même si on assiste à une belle dynamique en manifestation avec des cortèges qui, s’ils ne sont pas massifs, témoignent d’une forte combativité. Par ailleurs, depuis le 5, on constate une présence assez inédite des étudiant.e.s sur les piquets des grévistes de la Ratp et de la Sncf, dès 4 heures le matin.

Cette contradiction apparente, qui est pour l’instant un frein à l’auto-organisation du mouvement étudiant lui-même, peut s’expliquer par une série d’éléments, qu’ils soient d’une part d’ordre pratique (la grève elle-même, qui marginalise de fait les facs et les habitants de banlieues, mais surtout les fermetures des lieux d’études décidées par les présidences les jours de manifestation, comme ça a été le cas à Paris 1 - Tolbiac ou dans d’autres universités de régions), et de l’autre plus subjectifs, comme les défaites des précédentes mobilisations, l’énergie alors investie ainsi que les conséquences sur les notes qui ont mis le doute sur les capacités du mouvement étudiant à peser contre les mesures anti-sociales du gouvernement.

Mais ces répercussions, qui se sont manifestées par la lassitude à se réveiller contre la réforme des retraites, démontrent surtout la fatigue qu’engendre également au sein du mouvement étudiant la lutte pour des revendications partielles, plutôt qu’une indifférence aux problèmes qui touchent objectivement la majorité des étudiants. Or, qu’est ce qui est concrètement en capacité de faire obstruction à la réforme des retraites catastrophique qui se prépare, voire obtenir des revendications plus larges, si ce n’est la perspective d’une grève générale reconductible ?

La jeunesse étudiante liée au mouvement ouvrier

La présence, de plus en plus nombreuse, d’étudiants, de professeurs et des personnel administratifs sur les piquets de grève montre que la radicalité, exprimée il y a peine quelques mois d’une autre façon mais à un même degré par les Gilets jaunes, se manifeste aujourd’hui en jonction avec des secteurs-clefs organisés de la classe ouvrière. Alors que Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, a évoqué un possible débordement de la grève sur la période des fêtes, mais que les confédérations syndicales rechignent toujours à appeler à sa généralisation, ce soutien inconditionnel est non seulement un moyen précieux pour les grévistes de la base à continuer à faire pression sur leurs représentants et tenir face aux représailles hiérarchiques ou policières, mais est aussi l’expression politique d’un renouveau de la lutte des classes en France.

Loin du corporatisme auquel avaient habitué les « partenaires sociaux » à travers les mobilisations précédentes, ce soutien aux aspects inédits se confronte à l’inverse à la contradiction entre la radicalité des piquets de grèves et le côté « point A, point B, point barre » des manifestations, à l’instar de celle du 10 décembre. En ce sens, l’intervention des étudiants sur ces piquets, en aidant le blocage des dépôts, en soutenant financièrement ou en organisant avec eux des évènements de lutte peuvent être un véritable appui pour élargir la mobilisation et encourager les non-grévistes à déposer leur bleu de travail. Et alors que l’ex Haut Commissaire aux retraites Delevoye vient d’annoncer sa démission dans la risée générale, le cortège d’aujourd’hui entre les étudiants et les grévistes de la Sncf et de la Ratp est le témoignage d’une convergence qui se construit et qui peut être décisive.




Mots-clés

Réforme des retraites   /    Jeunesse   /    Convergence   /    Grève   /    Grève générale   /    Jeunesse