^

Débats

Bordeaux en Lutte

Les militants du NPA - Révolution Permanente quittent Bordeaux en Lutte

À l'occasion de la dernière Assemblée Générale de Bordeaux en Lutte, qui a réuni le 1er octobre une trentaine de personnes, les militants du NPA - Révolution Permanente ont annoncé leur rupture avec la liste constitué pour les municipales sur des bases anticapitalistes, devenue depuis une sorte de laboratoire à l'échelle locale d'une politique de regroupement entre un secteur du NPA et la France Insoumise.

lundi 12 octobre

Crédits photos (EB/Rue89 Bordeaux)

Le score et l’arrivée au deuxième tour des élections d’une liste chapeautée par un ouvrier de l’industrie automobile récemment licencié, par un gilet jaune mutilé et par d’autres figures du mouvement social à Bordeaux, a sans doute été le principal, sinon le seul, phénomène politique progressiste des dernières élections municipales. Les militants du NPA-Révolution Permanente avaient à l’époque contribué à la constitution de la liste, à l’élaboration d’un programme sur des bases anticapitalistes, ainsi qu’à la campagne électorale elle-même.

La présence de militants locaux de La France Insoumise, au travers le collectif Bordeaux Debout crée en 2016 lors de la mobilisation contre la Loi Travail, n’a pas empêché de développer une campagne clairement anticapitaliste, qui revendiquait alors un antagonisme de classe avec les autres candidats bourgeois, notamment Pierre Hurmic, devenu le nouveau maire EELV de la ville. Celle-ci affichait une orientation différente de celle adoptée par la LFI à l’échelle nationale et avait été composée par des collectifs militants liés à différents mouvements sociaux et soutenue par le NPA et la LFI, et non pas une simple coalition de partis.

Cependant comme nous l’expliquions déjà dans cet article, le centre de gravité de la liste a peu à peu changé, avec un poids de plus en plus important pour l’appareil de la LFI, incarné notamment par l’inclusion à la dernière minute de Loïc Prudhomme, député national du groupe LFI, en dernière position de la liste, décision que les militants du NPA - Révolution Permanente ont combattu à l’époque.

La goutte d’eau qui a néanmoins rendu impossible de continuer l’expérience de Bordeaux en Luttes a été la transformation de la liste, non pas comme un simple collectif de luttes, mais un cadre politique permanent que Philippe Poutou présente volontiers comme étant alternatif à celui du NPA. D’une liste électorale progressiste et sur des bases anticapitalistes, nous sommes passés à une sorte de laboratoire municipal d’un possible regroupement, confondant les drapeaux entre réformistes et révolutionnaires, comme l’explique Philippe lui-même au journal La Tribune : Nous montrons comment travailler ensemble et sortir du sectarisme, en s’alliant avec la France Insoumise, en travaillant entre militants de plusieurs formations politiques. Nous sommes très contents du résultat. Nous ne pensions pas avoir des élus et pourtant ça a marché. C’est le début d’une expérience avec la France Insoumise".

Dans le contexte où l’ancienne majorité du NPA, à laquelle appartient Poutou, affirme de plus en plus ouvertement sa volonté de scissionner avec une aile gauche devenue majoritaire dans le parti, Bordeaux en Luttes devient un avatar d’une politique que les militants du NPA - Révolution Permanente combattent fermement en interne. Encore une fois c’est Poutou lui-même qui l’exprime le mieux, lorsqu’il affirme dans la même interview qu’une “bonne partie du NPA est opposée à notre stratégie vis-à-vis de la France Insoumise. Est-ce que nous allons nous séparer ou pas ? Tout ce que l’on voit c’est que les oppositions et les divergences incessantes paralysent l’action du NPA. Alors se séparer, je ne vois pas trop les problèmes que ça pose. Avec la France Insoumise nous avons tenté quelque chose à Bordeaux, nous sommes passés à l’action, et maintenant il faut voir comment construire à partir de ça".

C’est donc parce que les militants du NPA – Révolution Permanente s’opposent à une scission au profit d’une politique tournée vers l’illusion que des accords électoraux et des regroupements “à gauche” pourraient donner un “débouché politique” (en réalité purement électoral) au mouvement social qu’ils quittent aujourd’hui Bordeaux en Luttes. C’est ce que Petra Bernus, ancienne porte-parole de la campagne de Bordeaux en Luttes et jeune militante du NPA - Révolution Permanente dans l’agglomération bordelaise a expliqué aux présents à l’assemblée générale du 1er octobre.

Il ne s’agit pas pourtant de chercher à garder le statuquo actuel du NPA, mais au contraire, comme les militants du NPA-Révolution Permanente l’expliquent dans une contribution soumise au vote du dernier Conseil Politique National du parti, de revoir le projet même du parti en fonction des défis posés par la situation actuelle et des leçons de la lutte de classes des dernières années. L’objectif serait ainsi de mettre sur pied un parti révolutionnaire capable d’organiser en son sein des milliers de travailleurs qui se sont battus et politisés dans les grands mouvements qui ont traversé la France depuis 2016 avec la lutte de classes comme centre de gravité et une société communiste, débarrassée de l’exploitation et de l’oppression, comme fin politique.
L’adhésion au NPA de nombreux militants ouvriers reconnus dans des secteurs stratégiques comme résultat de leur expérience dans ces mouvements et qui a bousculé les rapports de forces internes au profit de la gauche du parti, montre qu’il s’agit d’une perspective concrète et qui sera décisive pour la suite des évènements et face à la crise capitaliste sans précédent dans laquelle nous entrons. C’est ce que les militants du NPA – Révolution Permanente défendront dans le Congrès fixé pour fin janvier.




Mots-clés

Bordeaux en luttes   /    La France Insoumise   /    Philippe Poutou   /    Bordeaux   /    Débats