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Les professeurs encouragés à signaler les enfants tenant des propos « inacceptables » sur le Covid-19

C'est le dernier scandale en date dans l'Éducation nationale : une fiche du ministère recommande aux enseignants d’alerter les parents et autorités de l’école si un élève tient des « propos manifestement inacceptables ». En d'autres termes, le gouvernement demande aux professeurs de censurer et signaler les critiques qui lui seraient adressées.

mardi 12 mai

 Crédit photo : Ouest-France 

En vue de la réouverture progressive des écoles, le ministère de l’Education nationale a, la semaine dernière, produit un certain nombre de fiches exposant des conseils à destination du personnel et des enseignants. Selon Libération, il y est question des « enjeux », de « la conduite à tenir » et de « propositions d’activité ».

Un document intitulé « Ecouter et favoriser la parole des élèves » a particulièrement fait réagir les enseignants. Dans ce texte de trois pages, on peut lire que « des enfants peuvent tenir des propos manifestement inacceptables », il est alors recommandé aux enseignants de faire référence « à l’autorité de l’État [et à son rôle] pour permettre la protection de chaque citoyen doit alors être évoquée, sans entrer en discussion polémique. Les parents seront alertés et reçus par l’enseignant, le cas échéant accompagné d’un collègue, et la situation rapportée aux autorités de l’école ».

En fait, il est « demandé aux enseignants de ne pas remettre en cause la gestion de la crise » estime Francette Popineau, secrétaire générale du Snuipp-FSU, au micro de franceinfo.

Cette recommandation est perçue comme inquiétante et de nombreux professeurs ont exprimé leur crainte face à un gouvernement qui semble vouloir faire taire les éventuelles critiques contre lui et contre sa gestion de la crise.

Francette Popineau ajoute que ce document reprend certaines formulations déjà l’œuvre dans une fiche pédagogique envoyée aux enseignants après les attentats de Charlie Hebdo en 2015 qui mentionnait déjà que « l’autorité de l’Etat pour permettre le « vivre ensemble » doit être évoquée sans entrer en discussion polémique avec les élèves concernés ».

Contacté par franceinfo, le ministère de l’Education nationale affirme qu’il n’y a pas d’obligation à suivre ces conseils, qu’elles ont simplement pour objectif « accompagner les enseignants, dans cette situation inédite, en leur proposant des tests d’évaluation pour savoir où les élèves en sont et comment les accompagner sur ces deux prochains mois ».

Une volonté d’étouffer la « la fronde contre les mesures gouvernementales » ?

Cette fiche n’est pas la première du ministère de l’Education à choquer. Une fiche intitulée « Coronavirus et risque de replis communautaristes » a longtemps été disponible sur le site de l’éducation nationale. Depuis lundi 11 mai, elle est inaccessible, la conséquence sans doute directe de l’indignation de bon nombre d’enseignants.

Cette fiche était un véritable scandale, et ce pour son caractère islamophobe et stigmatisant envers les quartiers populaires : « Organiser une intervention des équipes académiques Valeurs de la République, sur les principes de liberté, l’égalité, fraternité et laïcité, pour une action d’accompagnement, voire une formation locale, notamment lorsque l’établissement est situé dans l’un des quartiers particulièrement sensibles identifiés dans le plan mis en place depuis février 2018. » Ce sont d’abord les musulmans qui sont visés et stigmatisés par cette fiche. Le syndicat Sud-éducation avait condamné celle-ci au motif qu’elle vise « explicitement les habitant-e-s des quartiers populaires, et en leur sein, les musulman-e-s ou identifié-e-s comme tel-le-s. L’expression « séparatisme », employée par Emmanuel Macron lors de la dernière polémique médiatique concernant les musulman-e-s, est bien sûr présente dans la fiche, qui appelle à anticiper des réactions prétendument « communautaristes » en ne se basant sur aucune étude ni aucune réalité de terrain. »

De plus, le ministère multiplie les avertissements face aux potentielles conséquences du virus, évoquant tour à tour « les groupes radicaux », « troubles à l’ordre public », « contre projets de sociétés […] communautaires, autoritaires et inégalitaires ». Ce qui inquiète le gouvernement c’est le fait que « la crise du Covid-19 peut être utilisée par certains pour démontrer l’incapacité de l’Etat à protéger la population et tenter de déstabiliser des individus fragilisés ». Une opposition donc qu’il convient de bâillonner, sinon de « rapporter aux autorités de l’école » et une « fronde contre les mesures gouvernementales » qui est à censurer dans les écoles.

Le gouvernement semble avoir pris la mesure d’une opposition qui monte tant les scandales se sont fait légions. Scandale des masques, des violences policières, des mesures pro-patronales et de la mise en danger de nombreux travailleurs au nom du profit de leurs patrons – et notamment la réouverture des écoles le 11 mai, celles-ci devenant des « garderies du Medef » comme l’ont dénoncé de nombreux enseignants.




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