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Les quartiers populaires tunisiens se révoltent contre les violences policières

C'est dans les quartiers populaires de Sidi Hassine et Séjoumi à Tunis, qu'ont commencé les protestations après la mort d'un jeune homme pendant une garde à vue, et les vidéos de la police en train de frapper le mineur devenues virales sur les réseaux sociaux. Une décennie après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali et le début du printemps arabe, les violences policières sont endémiques en Tunisie, la population souffre de l'augmentation du chômage, de la pauvreté et de la misère grandissante.

vendredi 18 juin

Ce lundi, les révoltes en Tunisie contre les violences policières ont pris une autre ampleur. Les protestations ont commencé suite à la mort du jeune homme pendant une garde à vue et une vidéo qui s’est propagé sur les réseaux sociaux montrant la police en train de frapper le mineur, qu’ils ont forcé à se déshabiller. Suite à cela, la colère de la population locale, où la répression policière est la plus violente, s’est faite entendre pendant des jours.

A Tunis, les manifestations ont commencé le 9 juin, dans les quartiers populaires de Sidi Hassine et Séjoumi, et se sont propagées dans les quartiers voisins dans la nuit de lundi à mardi.

Un autre homme, Ahmed Ben Ammar, 32 ans, avait quant a lui été tué en garde à vue le 8 Juin. La police avait justifié sa mort des conséquences de la consommation de cannabis. Sa famille a contesté cette explication et accuse la police de l’avoir frappé à mort.
Les premières contestations ont éclaté directement suite à la mort de Ammar. Le jour d’après, une vidéo, montrant la police en train de frapper et déshabiller violemment un jeune homme, devient virale.

Selon les associations des droits de l’homme et les activistes, la police tunisienne est connue pour sa violence structurel, en particulier envers les travailleurs et les quartiers défavorisés. Une situation inchangée depuis les révoltes de 2011 qui ont fait émerger le printemps arabe et fait tomber le régime répressif de Zine el-Abidine Ben Ali.

Les protestations en 2011 sont déclenchées par la mort d’un jeune vendeur de rue, qui s’est suicidé le 17 Décembre 2010 après la confiscation de son étalage de fruits et de l’humiliation subit par des agents de la police municipale. Cet épisode a accentué, sous le régime d’oppression de Ben Ali, la répression policière, les inégalités entre les classes, la paupérisation, et le taux de chômage. Une décennie plus tard, les conditions sociales, économiques et les violences policières n’ont pas changé pour la population, et les travailleurs tunisiens. 

Les forces de répression, dont la police, n’ont pas été affecté par les réformes partielles de ces 10 dernières années après la chute de Ben Ali. Au contraire, plusieurs syndicats de police ont émergé et permettent une impunité « officieuse » pour tout officier coupable d’agression ou de torture.

C’est pour cette raison que les contestations sont désormais quotidiennes, principalement dans les quartiers défavorisés, qui plongent dans la misère et le chômage, et où chaque jour, les violences policières sont monnaies courantes.

« The Guardian » a publié des témoignages de manifestants comme Mongi, 33 ans, qui connaissait Ammar et le jeune homme, tous deux frappé dans la vidéo devenue virale : « les policiers sont des chiens » rapporte-t-il, « ils sont différents dans les quartiers riches. Ils sont devenus pire depuis la révolution. Désormais ils ont moins d’argent donc ils le prennent à la population ». Dans les quartiers populaires la police met des amendes de façon arbitraire pour remplir leur « caisse d’argent » personnelle en attrapant ceux qu’ils trouvent vendant de l’alcool ou en possession de cannabis.

Tournant répressif

Vendredi, 43 associations tunisiennes ont accusé Hichem Mechichi, à la tête du gouvernement et ministre de l’intérieur en intérim, d’être responsable du virage sécuritaire violent, comme l’illustre de manière évidente l’arrestation « préventives » de 20 jeunes dans le quartier de Sidi Hassine.

« Nous pointons du doigt le chef du gouvernement qui est directement responsable du virage que prennent les institutions de l’intérieur vis-à-vis du « laxisme », qui détruit la vie des tunisiens et viole leur dignité » annonce un communiqué de presse écrit par des organisations telles que l’UGTT, un des principaux syndicats du pays, et « L’Organisation contre la torture ».

De son côte, la ligue de défense des droits de l’homme, a demandé au premier ministre de renoncer immédiatement au tournant sécuritaire, répressif et la présentation d’excuses officielles à la population pour tous les « abus » commis pendant son mandat commencé en septembre 2020.

Environ 2000 jeunes, dont de nombreux mineurs, ont été arrêté cette année après avoir participé aux manifestations massives dans le pays. Des manifestations qui revendiquaient des meilleures conditions de vie et dénonçaient les violences policières. Ces problématiques et ses revendications sont les mêmes que celles qui ont mené à la révolte de 2011.

Traduction de Théo Agapé d’un article de La izquierda Diaro




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