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Notre classe

Occupation de l'Odéon

Les raffineurs, Comité Adama, RATP, étudiants réunis à l’Agora de l’Odéon : construisons la convergence !

Ce mardi 16 mars avait lieu une Agora sur le parvis du théâtre de l’Odéon, symbole de la vague d’occupation des lieux de culture depuis le 4 mars. Un premier pas vers convergence entre monde de la culture, jeunesse, secteurs ouvriers et mouvement antiraciste.

mercredi 17 mars

Initiée le 4 mars au théâtre de l’Odéon, la vague d’occupation des lieux de la culture pour demander leur réouverture s’étend à l’échelle nationale, avec plus de 50 établissements concernés. Ce mardi 16 mars, avait lieu une rencontre de différents secteurs dans le cadre d’une Agora de l’Odéon occupé. Cette échéance a été marquée par de multiples interventions qui traduisaient un tournant dans le mouvement de lutte de la culture par l’extension de ses soutiens, apportés ce jour par la jeunesse, différents secteurs du monde ouvrier et le mouvement antiraciste.

« Aujourd’hui il faut se poser la question de comment on mange demain, on veut répondre à cette question-là », est ainsi intervenue Philomène, étudiante à l’université de Paris et militante au Poing Levé, « mais [on veut] aussi répondre à la colère qui existe aujourd’hui, dans le monde de la culture mais dans plein d’autres endroits, et qui est très forte dans la jeunesse. [On veut] l’unité des différentes colères pour construire une riposte commune contre toutes les attaques » poursuit-elle.

S’exprimait ainsi sur le parvis du théâtre de l’Odéon une frange de la jeunesse, qui, bien que touchée de plein fouet par les conséquences de la crise sanitaire et économique, entre grande précarité et détresse psychologique, a décidé de relever la tête, annonçant par un appel à la convergence des différents secteurs précarisés et en lutte, la couleur de ses engagements. Une invitation à rejoindre la grande journée de solidarité étudiante du 24 mars prochain place de la Sorbonne - soutenue par différents secteurs en lutte, notamment du monde ouvrier - a également été lancée.

À l’Agora de l’Odéon, convergence avec les secteurs ouvriers en lutte

La date avait également été appelée par les agents de la RATP du dépôt de Lagny, Fred et Ahmed, également militants à Solidaires RATP, présents sur place. Ces derniers, rappelant leur expérience sur les piquets de grève et plus largement dans l’ensemble du mouvement de 2019 contre la réforme des retraites, ont souligné le rôle central de l’union des travailleurs et de l’élargissement des soutiens dans les batailles à mener pour obtenir des revendications.

Parmi les intervenants, Thierry, maître de d’hôtel, a dénoncé la situation alarmante au sein de sa profession : « Depuis un an nous avons fait des rendez-vous avec le gouvernement, nous avons demandé à avoir une aide. La seule chose que nous avons obtenu c’est du mépris. Mme Borne nous a traité de profiteurs de la société disant qu’on ne travaillait pas beaucoup et qu’on profitait de pôle emploi. […] Nous nous retrouvons avec zéro aide, nous n’avons pas de chômage partiel, nous n’avons pas d’aide de l’État, on nous a donné une aide de 900€ avec des critères tellement difficiles à obtenir que nous n’avons pas d’accessibilité à cette aide de 900€ et nous regardons nos camardes tomber un par un, ils sont tous en train de crever ».

Rapportant un énième illustration du mépris glaçant du gouvernement à l’égard des travailleurs, Thierry conclut son discours : « On nous promet une reprise hypothétique du travail qui n’a jamais lieu, qui est repoussée de mois en mois, nous n’avons pas d’année blanche, nous n’avons rien et nous espérons que vous obtiendrez votre deuxième année blanche et nous vous soutenons ».

L’élargissement du combat mené par le monde de la culture à la question de la réforme de l’assurance chômage a aussi fait figure de point de convergence des différents secteurs en lutte. « Stopper l’assurance chômage c’est quelque chose que nous partageons tous. » faisait valoir lors de son intervention un représentant du syndicat CGT Sanofi venu apporter son soutien sur place, tandis qu’un de ses collègues lançait des liasses de faux billets et qu’on pouvait entendre dans l’assemblée certains scander « Sanofric ! ».

Enfin, Paul Feltman, raffineur à Total Grandpuits, était également présent. Au micro de Révolution Permanente il est revenu sur le sens de sa présence : « On a fait une grève de plus de 40 jours reconductible. […] La culture est venue nous rencontrer sur le piquet, nous a apporté un peu de sourire, un peu de soutien, un peu de joie à nos familles qui enduraient la grève, avec tout ce qui s’en suit, la fatigue, la préoccupation financière ; sur le piquet de grève s’est monté un chapiteau où une école de cirque est venue, des comédiens, il y a eu des musiciens aussi. ». Après que la culture se soit invitée sur le piquet grève à Grandpuits « on essaye de rendre la pareille, continue Paulo, apporter notre soutien et mettre dans la tête des gens qu’on est tous liés, qu’on a un ennemi commun et qu’il faut lutter ensemble ».

Vérité et Justice pour Adama - le mouvement antiraciste s’allie à la lutte du monde de la culture

On notera également la présence du mouvement antiraciste avec l’intervention d’Assa Traoré, venue apporter son soutien au monde de la culture. Dans son intervention, celle-ci est revenue sur l’importance de l’agrégation des luttes partielles mais aussi la nécessité d’une accessibilité à tous et sans condition à la culture et à l’ensemble des salles de spectacle.

Un discours fort, malheureusement interrompu de la pire des façons. En effet, au cours de son discours, la figure du comité Vérité et Justice pour Adama a été agressée par des individus d’extrême droite, à coup d’insultes antisémites, complotistes et racistes.

Un incident face auquel on peut regretter la première réaction des organisateurs, qui se sont contentés d’appeler au calme alors qu’il faut être intransigeant : l’extrême-droite n’a absolument rien à faire dans nos mouvements et doit être expulsée dument des rassemblements où elle se permet de venir provoquer des militants antiracistes. Une position sur laquelle sont revenus par la suite par les occupants dans un communiqué qui dénonce l’agression.

En définitive, cette Agora aura permis d’exprimer un premier pas dans l’élargissement du mouvement de la culture, dont une partie des revendications concernent d’ores et déjà l’ensemble de la société, à l’image du retrait de la réforme de l’assurance chômage ou encore de la prolongation de l’année blanche qui devrait être revendiquée pour l’ensemble des précaires. C’est dans cette direction de la convergence et de la recherche d’alliances les plus larges avec le mouvement ouvrier, les précaires et le mouvement anti-raciste qu’il faut continuer de travailler. En effet, seul un mouvement large contre le gouvernement et ses réformes permettra d’y mettre un terme. En ce sens, la construction consciente d’un tel mouvement de convergence, dont cette journée ne doit être que l’avant-goût, devrait être au cœur des Assemblées Générales des lieux occupés et les organisations syndicales doivent jouer un rôle central en ce sens pour nous faire gagner toutes et tous.




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