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Politique

Mouvement antiraciste

Martinique. Les statues de Joséphine de Beauharnais et de Pierre d’Esnambuc déboulonnées

Deux statues ont été déboulonnées par des militants anticolonialistes ce dimanche à Fort-de-France, en Martinique. Les statues, situées sur la place de la Savane, lieu incontournable du chef-lieu, représentaient deux personnages majeurs de l’esclavage et du colonialisme sur l’île : Joséphine de Beauharnais et Pierre Belain d’Esnambuc.

mardi 28 juillet

 Crédit photo : Capture d’écran vidéo témoin / Twitter / Le Figaro 

Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon Bonaparte, qui a notamment rétabli l’esclavage dans les colonies françaises le 20 mai 1802, était issue d’une famille de planteurs et donc de propriétaires d’esclaves. L’existence de cette statue, érigée en 1859, symbole de l’esclavage dans les Antilles, avait déjà généré des tensions et des débats. Elle avait d’ailleurs la tête sectionnée depuis septembre 1991. Pierre Belain d’Esnambuc est quant à lui à l’origine de l’arrivée des Français en Martinique et de sa colonisation en 1635. Sa statue, érigée en 1935, à l’occasion du tricentenaire de la colonisation de l’île, participe à la négation de la violence de ce processus, qui a notamment engendré le massacre et l’extinction des Amérindiens Caraïbes.

Si cet évènement fait écho aux nombreux mouvements sociaux antiracistes de ces dernières semaines suite à l’assassinat de Georges Floyd aux États-Unis, il s’inscrit dans un contexte local combattif, avec des blocages et des manifestations anti-chlordécone démarrés en octobre 2019. Le 22 mai 2020, jour de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Martinique, des manifestants avaient déjà déboulonné deux statues de Victor Schoelcher. Enfin, la situation semble s’être tendue ces derniers jours après le passage à tabac d’un jeune manifestant par des policiers, illustrant les violences racistes et impérialistes exercées contre les habitants de ces territoires.

Comme le souligne la politologue Françoise Vergès, déboulonner des statues n’est pas une volonté « d’effacement » de l’histoire – contrairement à ce que cherchent à faire croire Macron et la droite –, mais une contestation légitime du récit et de la mémoire nationale, qui érigent en héros et dans l’espace public des individus impliqués dans la mise en esclavage, l’oppression et l’exploitation de peuples et de territoires.

Tout comme les récents évènements à Bristol, il est nécessaire non seulement de soutenir, mais aussi de lutter contre la répression des actions remettant en cause les symboles coloniaux et des luttes antiracistes, qui s’insèrent dans un combat contre un État et une classe dominante structurellement racistes, exploiteurs et oppresseurs.




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