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Notre classe

Leur politique et la nôtre !

"Les syndicalistes doivent-ils faire de la politique ?" : retour sur le débat de Révolution Permanente

Ce dimanche, plus de 130 travailleurs et militants syndicaux étaient réunis pour un débat organisé par Révolution Permanente : faut-il faire de la politique ? Retour sur un débat fondamental pour notre classe.

lundi 17 mai

Crédit photo : O phil des contrastes

Ce dimanche, ce sont plus de 130 travailleurs qui étaient réunis pour un débat important. Des salariés, syndiqués ou non, venus de secteurs comme les transports, la pétrochimie, l’automobile, la santé, la poste, l’énergie, le travail social, l’éducation, le commerce, la culture et la grande distribution et qui ont répondu à l’invitation du NPA – Révolution Permanente.

« Depuis 2016 on vit une remontée de la lutte de classe en France dont les Gilets jaunes ont été une incarnation forte en 2018 de même que les travailleurs des transports d’Ile-de-France en 2019-2020 contre la réforme des retraites » introduit Anasse Kazib, militant au NPA – Révolution Permanente. « Mais face à la crise économique qui vient, face à la crise climatique, la question de savoir comment on va au-delà de ces luttes ponctuelles ou sectorielles se pose. C’est pour ça qu’on a voulu faire un débat avec les travailleurs avec lesquels on milite : est-ce que les travailleurs doivent faire de la politique ? »

Quelle politique pour les travailleurs ?

Rapidement la discussion s’ouvre autour de la nécessité que la parole des travailleurs se fassent entendre sur le terrain politique. Pour Rémy, cheminot syndiqué SUD Rail, cet aspect est fondamental : « Je suis élu au sein de mon intercommunalité et j’ai vu cette déconnexion de la classe politique. Ils sont totalement déconnectés des ouvriers, pour eux 50€ d’augmentation d’impôts ça ne représente rien, et c’est important de pouvoir faire entendre une voix ouvrière. » Même son de cloche du côté de David, travailleur dans le BTP et élu au sein d’une mairie. « Aujourd’hui la politique c’est tout pour la rentabilité et la privatisation. Or la classe politique est le produit de ce système caduc, c’est pour ça que les personnes qui vivent les problématiques doivent s’impliquer politiquement. » Guillaume, membre du Parti de Gauche et syndiqué CGT, insiste à son tour « Le syndicalisme c’est la lutte pour nos droits dans l’entreprise. Mais l’entreprise elle s’inscrit dans un système plus large » tandis que Wahid, gilet jaune et militant de la CGT commerce note le caractère politique du combat syndical.

Face à cette perspective, plusieurs intervenants insistent de leur côté sur le verrouillage des institutions. Pour Olivier, cheminot, celles-ci interdisent par nature toute politique ouvrière et reproduisent le système. De même pour Laurent, développeur, le système capitaliste a également montré son insoutenabilité. De son côté Sofiane, enseignant pointe : « On parle de 2022 mais pour moi les dés sont déjà pipés. Je ne vois pas trop comment sortir de tout ça à part dans une perspective révolutionnaire : tout retourner. » Si les premières interventions dessinent ainsi une volonté de s’engager au-delà du syndicalisme, la question de la nature de la « politique » dont on parle reste à définir, entre la politique des institutions et la politique ouvrière et révolutionnaire, dans la lutte de classe.

Une autre politique est possible

En ce sens Adrien, militant CGT Grandpuits et NPA – Révolution Permanente revient sur le combat mené contre les suppressions d’emploi au sein de sa raffinerie et note : « Le syndicat a ses limites. Il n’organise pas l’ensemble de la société, mais surtout il ne pense pas comment renverser le système. Or ce n’est pas dans le cadre des institutions qu’on va imposer à un géant comme Total de ne pas fermer Grandpuits ! La politique des travailleurs doit être une politique de rapport de force, mais aussi une politique révolutionnaire. » De même, Marion, prof dans le 93 évoque l’exemple de la lutte menée par les professeurs en novembre 2020 : « Nous on est partis en grève en novembre et on a construit nos propres protocoles sanitaires parce qu’on connaît notre outil de travail, on sait comment il serait possible d’organiser l’éducation. »

Dans les interventions, se dégage ainsi l’idée que la politique menée dans la lutte de classe constitue une autre politique, une politique ouvrière et révolutionnaire. Paul, raffineur et militant CGT va dans le même sens en évoquant l’auto-organisation à Grandpuits. « On fonctionnait avec un comité de grève dont les membres étaient révocables, de la même manière on devrait avoir un système politique intégrant la révocabilité. » Gaëtan, militant CGT dans l’aéronautique et militant au NPA – RP rebondit « Est-ce que la seule politique qui existe c’est la politique électorale ? Nous on pense que non. Les travailleurs doivent faire de la politique, mais ce n’est pas dans les institutions qu’on arrivera à combattre le capitalisme. Il y a des exemples récents comme Syriza. Une fois arrivé au pouvoir, Tsipras s’est trouvé impuissant parce que la lutte de classe a continué, à savoir que les capitalistes lui ont fait la guerre avec leurs propres méthodes. Or face à ça Syriza était une machine électorale, pas une organisation de combat pour la lutte de classe, et ils se sont faits écraser. »

Quel outil pour une politique ouvrière et révolutionnaire ?

Mais si une autre politique est possible, elle implique de lutter pour l’imposer. Dans ce combat, les bureaucraties syndicales tentent à la fois d’interdire la politique mais aussi de limiter la lutte à un terrain corporatiste.

Ahmed, militant CGT RATP note ainsi : « On fait de la politique à la CGT et oui il faut la faire par en bas, par la lutte. Mais après il faut qu’au sein du syndicat, au-dessus ça soutienne… Car il y a la question aussi de quelle CGT on veut, une CGT réformiste ou une CGT qui mène la guerre aux patrons. » De même pour Vincent, militant CGT PSA et NPA – RP : « Aujourd’hui c’est la base qui doit décider en refusant les divisions entretenues par les bureaucraties. Par exemple dans l’automobile on a des milliers de suppressions d’emplois sans plans sociaux parce qu’elles visent les intérimaires et que les syndicats ne cherchent pas à organiser ces secteurs. » Rozenn, licenciée de Chronodrive pour avoir combattu les violences sexistes et sexuelles au sein de l’entreprise, et Lucas, travailleur social, poursuivent dans le même sens en évoquant tour à tour la lutte féministe, la situation de la précarité dans la jeunesse, et la nécessité d’une perspective d’ensemble. Comme le note Anasse Kazib : « Vous travaillez dans des usines ou des entreprises. Quand ya des batailles à côté, quel bureaucrate s’intéresse à ce qui se passe à côté ? Qui cherche à concentrer les forces, à aller aider les Grandpuits pour aller soutenir. Ca n’existe pas parce que le syndicalisme refuse de faire de la politique, refuse de discuter des violences policières, … Et quand quelqu’un comme Adrien Cornet le fait c’est parce que c’est un militant révolutionnaire. »

Dans cette perspective, le débat se conclut sur la proposition portée par le NPA – Révolution Permanente, celle de construire un Parti révolutionnaire des travailleurs qui permette d’aller au-delà des faiblesses actuelles de l’extrême-gauche. Pour Laura, cheminote et militante au NPA – Révolution Permanente : « Dans le mouvement ouvrier il y a différentes stratégies qui se confrontent et il faut que les militants ouvriers en débattent, parce qu’on en a assez de ramasser des défaites. On est pour faire de la politique mais laquelle ? Est-ce qu’on est pour une politique sans concession contre le racisme structurel, les violences policières et l’islamophobie d’Etat ? Est-ce qu’on est pour une politique internationaliste, sans calcul électoral et en assumant notre soutien à la jeunesse et aux travailleurs palestiniens qui se soulèvement contre l’État colonialiste d’Israël ? Nous en tout cas on veut assumer une politique révolutionnaire, et c’est le sens de ce qu’on a proposé avec la pré-candidature de Anasse au sein du NPA. On ne veut pas se contenter d’une alternance au pouvoir entre gauche et droite. » Une perspective dans laquelle se retrouve Marie-Laure, militante CGT au CHU de Bordeaux, qui raconte : « Je me suis rapproché de RP parce que je me reconnaissais dans une perspective révolutionnaire. »

Gaëtan conclue le débat : « Tous ces débats c’est le sens de notre bataille au sein du NPA. Ce parti s’est constitué en considérant que la délimitation entre « réformiste » et « révolutionnaires » n’était plus d’actualité. Depuis longtemps ce parti est en crise et on arrive à un aboutissement entre une frange qui veut continuer dans la même voie tout en se rapprochant de La France Insoumise. De notre côté on défend la nécessité de faire du NPA le levier pour la construction d’une organisation ouvertement révolutionnaire, qui ait pour but de préparer les prochaines batailles de lutte de classe et défendre un projet révolutionnaire. C’est ce projet qu’on aimerait que vous construisiez avec nous. »

La proposition est donc lancée, à tous ces militants et militantes de la classe ouvrière et de la jeunesse qui partagent cette perspective. Loin de l’illusion qu’une union de la « gauche » aux élections pourrait arrêter le rouleau compresseur des capitalistes contre les travailleurs, la jeunesse et tous les secteurs opprimés, les militants et militantes du NPA - Révolution Permanente proposent d’assumer un combat résolument anticapitaliste et révolutionnaire pour en finir avec ce système capitaliste d’exploitation et d’oppression. Si vous êtes intéressés, n’hésitez pas à nous contacter, et nous solliciter, pour continuer les discussions et les échanges !