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Les techniciens son et vidéo de la Ligue 1 et du Top 14 en grève : « on n’a jamais connu un tel mouvement »

Depuis ce week end, les nombreux intermittents de la société AMP Visual TV, en charge de la réalisation de nombreux tournois sportifs, sont en grève pour de meilleurs salaires et conditions de travail.

Arthur Nicola

17 avril 2023

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Les techniciens son et vidéo de la Ligue 1 et du Top 14 en grève : « on n'a jamais connu un tel mouvement »

Crédits photo : syndicat SNRT-CGT

Les fans de football et de rugby l’ont surement remarqué ce week-end : les équipes de réalisation en grève étaient en grève sur le premier quart d’heure de seize matchs de football (Ligue 1, Ligue 2, Division 1 féminine) et sur sept matchs du Top 14 de rugby. « C’est un mouvement exceptionnel, et ce premier week-end de grève est un coup de semonce avant de voir la réaction de la direction » nous explique un des grévistes, sous couvert d’anonymat.

Chez AMP Visual TV, c’est près de 65% des salariés qui sont intermittents du spectacle, et donc embauché à la journée, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête en cas de grève ou débrayage. « Dans ces métiers, il y a encore un côté presque féodal : les réalisateurs sont tout puissants, ils ont des piges à 1000-2000€ par soirée, et c’est souvent eux qui choisissent leurs équipes, en amenant leurs préférés à la coupe du monde. Ils ont beaucoup de pouvoir » dénonce Alban Azaïs, secrétaire adjoint du syndicat SNRT-CGT (Syndicat de la Radiodiffusion, Télévision et Audiovisuel).

Mais cette fois, les débrayages sont si massifs que la direction ne peut plus feindre de ne pas voir les grévistes. C’est pour protester contre leurs conditions de travail et leur faible rémunération que les débrayages ont été aussi forts : « avec l’évolution du matériel, il y a moins de personnes sur le terrain et on nous demande toujours plus de compétence pour le même salaire, qui diminue avec l’inflation. On nous demande toujours plus de tâches et de responsabilités, avec du matériel de plus en plus sophistiqué » explique un gréviste.

Selon les syndicats, depuis 2008, date à laquelle une grève importante avait permis des augmentations importantes des salaires, les salaires n’ont presque pas été revalorisés ou de « un ou deux euros par an ». Sur 21 matchs de football et rugby du week-end, les premiers quarts d’heure des rencontres étaient donc filmées en plan fixe, sans ralenti, plan rapproché ou autre.

Face aux revendications des grévistes, la direction d’AMP Visual TV a proposé une revalorisation de la pige de 130€ à 135€, soit une augmentation de 3,5% quand l’inflation sur les produits alimentaire devrait atteindre 15,4% en juin selon l’Insee. Une proposition immédiatement refusé par les collectifs de grévistes. En effet, face à l’atomisation des métiers, les grévistes se sont organisés en collectifs, regroupant chaque poste : assistants sons, vidéos, cadreurs audiovisuels, responsables machinerie, opérateurs LSM ou encore opérateurs santé. Il faut savoir que sur un match, c’est minimum 7 techniciens qui sont en charge de la réalisation, un chiffre qui peut monter à 25 techniciens pour un match tel que PSG-Lens ce samedi.

Dans ce contexte, les grévistes réclament avant tout « de faire passer les salariés à l’échelon supérieur sur la grille, et de passer tous les « assistants » en opérateurs ou techniciens, c’est-à-dire passer les piges de 130 à 180€ ». Toujours sous couvert d’anonymat, un gréviste justifie ces revendications : « Juste après la période Covid, on a eu beaucoup de travail et on s’est tous rendus compte qu’on était moins bien payés que les prestataires concurrents. AMP a racheté Euromedia en 2021 et ils ont pris le monopole sur le foot et le rugby. AMP est devenu le leader et on a constaté tous ensemble que ces deux entreprises payaient moins bien que les autres ».

Le mouvement est loin d’être terminé, comme l’explique Alban Azaïs : « C’est une colère accumulée depuis six mois, avec les négociations qui n’avancent pas. S’il n’y a pas de réponse de l’employeur, les salariés remettront une pièce dans la machine ». D’autant que lors du match entre le PSG et le Lens samedi soir, un des dirigeants de l’entreprise est venu avec un dirigeant de Canal+, pour convaincre les équipes de ne pas débrayer. Ils ont feint de ne pas comprendre ce qu’il se passait, en faisant peser la possibilité de pas engager des grévistes pour les plus grosses prestations. « C’est clairement historique, même en 2008 c’était un mouvement pas aussi massif. C’est historique pour une boite de prestations, qu’il y ait autant de grévistes, et autant de métiers qui débrayent » conclue le responsable syndical, confiant sur la continuité prochaine du mouvement, à six semaines des phases finales de Top 14 et de la fin de la Ligue 1.

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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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