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Live d'Anasse Kazib

Les transports en 1ère ligne du déconfinement : « Il va falloir qu’on réponde de manière unitaire »

Alors que le déconfinement se rapproche, les transports, dont les usagers et salariés sont particulièrement exposés à l’épidémie, sont sous le feu des projecteurs. Hier sur Révolution Permanente, des travailleurs de la RATP et de la SNCF revenaient avec Anasse Kazib sur la situation qui se prépare dans ce secteur au cœur du déconfinement.

mercredi 6 mai

C’est un live très spécial qui avait lieu hier soir sur Révolution Permanente pour évoquer la situation d’un secteur au cœur du déconfinement : les transports. Pendant deux heures d’une émission animée par Anasse Kazib, différents travailleurs sont revenus sur la gestion catastrophique d’un déconfinement qui met en danger salariés et usagers.

Déconfinement dans les transports : le grand flou

« On a tous envie de revivre normalement, mais ça ne doit pas se faire au prix de notre santé et de celle de ceux qui sont autour de nous. » c’est avec cet état d’esprit, résumé par Anasse Kazib, que les intervenants ont commencé par revenir sur le déconfinement. Après avoir rappelé les multiples couacs du gouvernement, ainsi que les conséquences des réformes dans le transport qui ont réduit les moyens des entreprises comme la SNCF pour gérer une telle situation, c’est sur l’impréparation manifeste des transporteurs et du gouvernement que sont revenus les intervenants.

« On enchaîne les réunions syndiales : CSE, CSSCT, … Ils disent clairement qu’ils ont besoin de nous pour savoir comment faire. » commence par rapporter Mathieu Relin, élu Sud Rail à la SNCF. « Est-ce qu’on est dimensionnés pour faire face ? C’est bien le problème… Qui va vérifier les masques ? Vérifier que tout le monde est écarté sur les quais ? Dans beaucoup de trains, il n’y aura personne pour vérifier que les gens sont assis là où il n’y a pas de stickers. » note-t-il.

Même situation dans les bus de Transdev. Wynnessa, déléguée SUD raconte : « On nous prévoit une réunion CSE le 7 pour un démarrage à 100% le 11. La direction ne nous répond pas sur le respect de la distance sociale alors que l’on a eu quatre décès dans le groupe Transdev. Le 11 les bus seront plein à craquer… ». Une situation face à laquelle les salariés se mobilisent pour tenter d’imposer des mesures sanitaires à la hauteur : marquages au sol, masques, plexiglass pour protéger les conducteurs, etc… « On reprend le travail pour l’argent, au prix de l’humanité » conclue la syndicaliste, membre du Réseau Optile qui tente de coordonner les différentes entreprises privées de transport.

A la RATP, la peur du déconfinement se double d’un bilan sévère sur les mesures d’hygiène réellement mises en œuvre depuis le début de l’épidémie. Hani Labidi, élu RS RATP au CSE 2, fait partie des syndicalistes qui ont contrôlé les bus ces dernières semaines et témoigne : « Les bus n’étaient pas nettoyés ni désinfectés ». Un constat alarmant à l’heure où la RATP semble prête à assumer de mettre fin aux gestes barrière dans ses bus. « Quand j’entends la Présidente dire qu’il n’est pas possible d’assurer la distanciation sociale alors que le Conseil Scientifique dit que le non-respect de celle-ci est un vecteur important de diffusion de l’épidémie, c’est une attitude criminelle ! » s’indigne le syndicaliste.

Alors que certaines lignes de bus et de métro sont déjà pleines aux heures de pointe, les salariés pointent le danger à venir : « Sur la ligne 9, toutes les lignes sont pleines aux heures de pointe. Il n’y a pas de distanciation sociale, comment ça va être respecté le 11 ? Il y a 300 stations de métro, ils savent déjà qu’ils ne vont pas pouvoir gérer au point qu’ils disent déjà que si ya un problème ce sera pas de leur faute. » Une situation qui pose la question des objectifs fixés par le gouvernement qui, au travers de Jean-Baptiste Djebarri, annonçait la relance de 70% du trafic de la RATP en Ile-de-France. En effet, ceux-ci apparaissent totalement incompatibles avec les mesures de sécurité sanitaires basiques pour limiter le risque d’une deuxième vague de l’épidémie.

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Les salariés du transport face à la question de l’école

Si les travailleurs du transport seront au cœur du déconfinement, c’est aussi comme parents qu’ils sont confrontés à la question du Coronavirus. Or sur ce plan, l’objectif du gouvernement est de les remettre au travail d’urgence, comme le suggère l’évolution des modalités d’accès au chômage-partiel, qui sera bientôt conditionné à l’impossibilité pour l’école d’accueillir son enfant.

« Le gouvernement nous laisse un choix forcé. On s’inquiète de la santé de nos enfants et de nos proches, mais le gouvernement nous dit que si on ne va pas travailler on va devoir aller piocher dans nos congés, car sans attestation de l’école on est obligés de travailler. » précise sur ce point Hani Labidi. Une pression volontaire à laquelle entendent résister les salariés, à l’image de Irène, conductrice sur la ligne 9 : « Moi, mes enfants ils n’iront pas à l’école. La santé de mes enfants n’a pas de prix, même si je dois me serrer la ceinture. »

Surtout, comme des millions de salariés, c’est la priorité accordée par le gouvernement à l’économie qui apparaît clairement aux travailleurs du transports. « On n’a pas envie de remettre nos enfants à l’école, alors que l’on est toujours dans la même situation qu’il y a deux mois quand on a été confinés. Mes enfants ne sont pas des cobayes, et je ne vais pas les renvoyer à l’école pour faire redémarrer l’économie du pays. » résume ainsi Hanane, conductrice sur la ligne 5. « Les collègues ont peur. On fait passer l’économie au mépris de la santé de tous les Français et des collègues. » note de son côté Irène.

Face au déconfinement à marche forcée, l’urgence de s’organiser !

Outre les problèmes sanitaires, la reprise s’accompagne bien souvent d’attaques contre les droits des salariés. A la SNCF comme dans de nombreuses entreprises, des jours de congés ont ainsi été ponctionnés par la boîte. « Même parmi les gens qui ont travaillé depuis le début, cinq jours de repos compensateurs ont sauté. » rapporte ainsi Mathieu Relin avant de conclure : « Ils veulent nous faire payer la crise. » Alors que le gouvernement tente d’agiter sa fameuse prime pour cacher une gestion catastrophique, les salariés du transport en sont par ailleurs souvent privés. C’est le cas chez Transdev comme le précise Wynnessa.

Face à cette situation et à cette double attaque sur le terrain sanitaire et économique, les salariés ne restent pas indifférents. « Sur Belliard il y a une colère qui monte sur les boucles du dépôt » explique ainsi Hani Labidi. Et pour faire face, il va falloir s’organiser. « Il faut un droit de retrait national, les CSSCT doivent poser des droits d’alerte pour couvrir les droits de retrait de tous les collègues. » revendique Irène du côté RATP, en phase avec Mathieu Relin qui sera sur le terrain le 11 mai pour aider les salariés à défendre leurs droits.

Une situation inévitable pour le cheminot. « Tu ne peux pas voir la lettre de Farandou et des autres qui disent ‘’De toute façon on n’y arrivera pas’’ et ne pas attendre des droits de retrait le 11 mai. Pas pour foutre le bordel, même s’ils vont essayer de nous accuser de ça, mais parce qu’il va y avoir une affluence telle qu’on va être obligés de se mettre en droit de retrait pour nous protéger, protéger nos familles et protéger les usagers. » Une situation face à laquelle Mathieu Relin appelle à aller plus loin, en favorisant la plus grande auto-organisation possible. « Si on fait un droit de retrait, il faudra estimer tous ensemble à quelle condition on fait rouler nos trains en toute sécurité, et faire remonter ça dans les instances. Il faut impliquer tous les travailleurs et imaginer une sorte de contrôler ouvrier, parce qu’on ne peut plus écouter ce qu’ils nous disent là-haut, on n’a pas confiance. » conclue-t-il.

Finalement, alors que tous les salariés du transport sont confrontés à la même situation, c’est la nécessité d’un travail commun qui semble être posée. Evoquant l’exemple du Réseau Optile qui a permis de coordonner des travailleurs de Keolis, Transdev ou RATP Dev, Anasse Kazib note ainsi : « Dans une crise sanitaire d’ampleur, il va falloir qu’on réponde de manière unitaire. C’est grâce aux camardes du Réseau Optile qu’à la RATP ils ont pu montrer que l’arrêt de la vente de tickets était possible et nécessaire. Lorsqu’il y a de la solidarité et des contacts ailleurs, on peut lutter ensemble. »

Le cheminot évoque en ce sens la proposition d’une réunion nationale des salariés du transport qui aura lieu en ligne samedi à 16H. L’objectif ? « Discuter et échanger ensemble, voir comment ça se prépare à Toulouse, à Marseille, et voir si on ne peut pas préparer une plateforme revendicative commune. Que peu importe sa ville, son étiquette syndicale, on se rassemble derrière les mêmes revendications, ce serait extraordinaire pour les transports publics. » résume Anasse Kazib. Une initiative qui va dans le sens de construire l’unité la plus large entre les travailleurs, pour opposer une réponse de la base au gouvernement et aux directions des transports qui veulent faire payer la crise aux salariés.




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