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Notre classe

Les travailleurs sans papiers de Chronopost manifestent pour leur régularisation

La filiale de la Poste, Chronopost, emploie des sans papiers en espérant acheter leur silence sur les conditions de travail inhumaines qui maintiennent les travailleurs dans des conditions de survie.

vendredi 14 juin

Crédit photo : DR

Mais les travailleurs de l’entreprise ne l’entendent pas de cette oreille, puisqu’ils approché des avocats pour monter des procédures judiciaires et entament leur 4ème journée de grève à Alfortville.

Une manifestation était organisée ce mercredi pour réclamer la régulation des employés, qui a reçu le soutien des élus locaux et du syndicat Sud PTT 94. C’est dans ce contexte que le porte parole du collectif de sans papiers de Vitry et le militant LFI Taha Bouhafs se sont faits arrêter pour avoir participé à cette mobilisation. La filiale de la Poste a préféré enchaîner le portail plutôt que de répondre aux revendications légitimes des grévistes, qui réclament leur régularisation et ne reçoivent qu’un salaire moyen de 600 euros par mois. L’un d’eux dénonce « A chaque fois que nous avons essayé de monter une tente [pour le piquet, sous des contions météorologiques difficiles], les agents de sécurité nous en ont empêchés ».

Le droit français stipule qu’au bout de 2 ans, les travailleurs sans papiers peuvent exiger leur régularisation. Munis de leurs fiches de paie, ils comptent bien mener la bataille jusqu’au bout et collectivement. « Souvent, on nous promet des primes mais personne n’en reçoit. Les supérieurs nous mettent la pression et nous imposent des cadences infernales. Nous ne pouvons pas nous plaindre, pas prendre de pause, ni prendre un jour pour nous soigner, sinon, c’est la fin de la mission ! ».

Majoritairement basée en Ile-de-France, la filiale emploie des entreprises de sous-traitance, qui, si la personne n’est pas l’unique salariée de sa boîte, emploient à leur tour des travailleurs sans papiers. La direction de Chronopost récuse les faits et se défend de toute pratique illégale. Mais au-delà de la démagogie sur les lois, derrière laquelle elle essaye de se déresponsabiliser, Chronopost mise surtout sur son poids économique pour imposer ses conditions de travail inhumaines, tout en se vantant de rester « l’une des entreprises du secteur qui payent le mieux les sous-traitants », « parce que nous sommes exigeants sur la qualité des prestations », selon Benoit Frette, le directeur national des opérations. Mais qui fait le travail ? Lui, ou les entreprises remplies de travailleurs sans papiers qu’il surexploite toute conscience ?

« Pendant trop longtemps nous avons accepté l’inacceptable »

L’entreprise est une filiale appartenant à la Poste, et abuse de l’auto-entrepreneuriat en sous traitant 75 à 90 % de ses livraisons. Pour ce faire, la direction fait régulièrement signer à ses prestataires des CDD, ce qui conduit à une durée moyenne de 6 ans dans l’entreprise. Ceux-ci répondent à des appels d’offres, les travailleurs affiliés récupèrent les colis dans l’agence Chronopost pour livrer à des particuliers ou des professionnels, dans des conditions que le Code du Travail interdit, même depuis les lois Macron : parfois plus de 12h de travail par jour, pouvant aller de 5h du matin à 20 heures, six jours sur sept, pour 2,20 euros par client livré, qu’elle que soit le nombre de colis.

« Si les gens ne parlent pas, c’est qu’ils ont peur de tout perdre »

Des renégociations régulières sur les tarifs sont imposées de la part des directeurs d’agences, qui profitent du statu d’auto-entrepreneur et des CDD pour exiger des moindres frais. Les prestataires sont donc souvent contraints d’embaucher de la main d’oeuvre précaire pour assurer la survie de leur entreprise, mais sont également contraints de frauder la TVA ou l’Ursaaf pour survivre avec le minimum vital, car s’il y a refus sur leur tarification, alors la direction résilie leur contrat. C’est ce qui a conduit Frédéric Dippah, gérant de la société DMK, à être condamné par la justice en 2012 d’une interdiction de diriger et gérer une entreprise, faute de pouvoir payer les charges supérieures au salaire qu’il gagnait à Chronopost, et donc obligé de frauder.

Celui-ci compte poursuivre son ex-donneur d’ordres devant le tribunal de commerce, ce qui implique nécessairement des frais et une bataille de longue haleine. Rappelons que cette situation, qui conditionne précarité et les pression sur les salaires, est notamment le résultat des l’éclatement des PTT en 95 qui a vu naître France Télécom et La Poste, alors qu’il s’agissait auparavant d’un service géré par l’état, ce qui assurait le statut de fonctionnaire et donc certaines protections, malgré de nombreuses limites en réalité, vis-à-vis de l’emploi. Ces deniers temps, ce sont les employés des services publics, comme les professeurs ou les hospitaliers qui relèvent la tête et dénoncent eux aussi les cadences insoutenables pour des salaires de misère.




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