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Politique

Sois prof et tais toi !

Les "valeurs de la République" ou la porte ? Blanquer veut (encore) museler les profs

Ce mardi Jean-Michel Blanquer a profité de la présentation de son plan de formation à la laïcité pour relancer l'offensive autoritaire contre le personnel de l'Education Nationale : museler toute critique de l’institution et faire des profs les agents des politiques islamophobes et racistes du gouvernement Macron.

mardi 19 octobre

Crédits photo : Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Ce mardi, au Conservatoire national des Arts et Métiers, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, présentait son plan de formation des enseignants à la laïcité prévu sur quatre ans. Il y a clairement affirmé que les enseignants devaient « adhérer aux valeurs de la République et les transmettre » ou « sortir de ce métier ». Ces déclarations s’inscrivent dans l’agenda du gouvernement Macron en campagne présidentielle qui poursuit son offensive sur le terrain de l’extrême-droite.

En affirmant : « si quelqu’un a un problème avec les valeurs de la République, ça peut être possible sur le plan démocratique, en tant que citoyen français. Par contre ce n’est pas possible en tant que fonctionnaire de la République », Jean-Michel Blanquer veut museler les profs et personnels d’éducation, et s’attaquer à leur liberté d’expression ainsi qu’à leur liberté pédagogique. Alors qu’il y a seulement quelques jours, le gouvernement instrumentalisait l’hommage national à Samuel Paty en usant d’une rhétorique réactionnaire nauséabonde, voilà que le ministre de l’Éducation Nationale confirme une conception de la liberté d’expression à deux vitesses qui empêche les profs de critiquer l’institution et les politiques racistes et réactionnaires qu’elle veut faire passer. En clair, sois prof et tais-toi !

Le ministre a ensuite poursuivi en affirmant que si « cela n’a peut-être pas été assez clair dans le passé, ça va être désormais très clair dans le présent et dans le futur, au travers de la formation comme de la gestion de la carrière des personnes ». Cette menace très claire proférée par le ministre pourrait devenir très vite réalité. En effet, la loi Rilhac adoptée en première lecture à l’assemblée le 29 septembre ainsi que l’opération de communication de Macron à Marseille à la rentrée scolaire s’inscrivent toutes deux dans un même contexte : une libéralisation accrue de l’enseignement public et une volonté de donner le pouvoir d’embaucher aux directeurs d’établissement. Avec ces nouvelles annonces, il est facile d’imaginer sur quelles bases se feront les recrutements à l’éducation nationale. Fini les syndicalistes et les profs militants, il faudra donc montrer patte blanche !

En instrumentalisant la laïcité à des fins islamophobes, Jean-Michel Blanquer cherche à diviser le corps enseignant et prépare de nouvelles attaques d’ampleur dans la lignée de celles déjà entreprises pendant les cinq dernières années. Celles-ci ont contribué à accentuer le délabrement de l’école publique et permis la mise en place d’un véritable « marché de l’éducation ». Elles sont autant de menaces de répression pour toute une nouvelle génération de profs qui refuse de courber l’échine, se mobilise contre des conditions de travail toujours plus précaires et refuse les attaques islamophobes et racistes du gouvernement. Ainsi, pendant que Blanquer débitait son discours réactionnaire, plusieurs centaines d’AESH soutenues par des profs et autres personnels de l’éducation étaient en grève pour dénoncer des conditions de travail désastreuses qui ne leur permettent ni de vivre dignement ni d’accompagner les élèves en situation de handicap. Ce n’est pas de formation islamophobe ou de menaces dont les personnels de l’éducation nationale ont besoin, mais bien de moyens !