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Politique

« Laïcité, fraternité, sécurité »

Les voeux hypocrites de Macron pour masquer le désastre sanitaire de 2020

Durant un quart d'heure, Macron a réinventé le bilan de l'année 2020 pour chercher à faire oublier sa gestion catastrophique de la crise. Une occasion pour lui de s'adresser largement et préparer également les présidentielles de 2022.

jeudi 31 décembre 2020

Sur les chaînes de télévision nationales, Macron présentait ses vœux pour l’année 2021, ce jeudi à 20h. Un exercice auquel le président s’est prêté à de très nombreuses reprises ces derniers mois, dans le contexte de crise économique, sanitaire et sociale qui traverse la planète. Mais ce discours avait un objectif particulier : au travers de vœux hypocrites, Macron a réécrit l’histoire désastreuse de l’année 2020 pour tenter de faire oublier la gestion catastrophique de la crise par le gouvernement.

« Nous ne vivons pas un 31 décembre comme les autres… » Rendant hommage aux 64000 morts du Covid, aux personnes les plus fragiles, les plus précaires, victimes de la pauvreté, aux travailleurs en première ligne, à la jeunesse étudiante, Macron cherchait à brosser le portrait d’un pays uni et prêt à de nombreux sacrifices pour affronter la crise. Un tour de passe passe pour faire oublier qu’il est le principal artisan de la précarité et de la débâcle sanitaire qui touchent des franges toujours plus larges de la population. Pas un mot évidemment sur la réforme des retraites qui avait aboutit sur un mouvement de grève historique il y a un an. Rien sur les milliards offerts au patronat qui licencie pourtant à tour de bras.

Macron revendique sa gestion de la crise comme étant l’une des plus efficaces à l’échelle internationale, au détriment de toutes celles et ceux qui en paient le prix fort. « Ce ’quoi qu’il en coûte’ je l’assume car il a permis de préserver des vies et de protéger les emplois » a-t-il ainsi osé déclarer. A travers une énumération de prénom et d’exemples de vie digne d’une comptine pour enfant (Marie-Corentine la soignante, Gilbert l’éboueur guyanais, Romain le gendarme, Mehdi le prof des quartiers nord de Marseille...), Macron cherche à donner l’illusion d’un pays soudé, uni, qui adhère à sa gestion de la crise. Il évoque une « épreuve historique ayant révélé la solidité de notre nation »

Mais cette mascarade ne parvient pas à masquer les divisions profondes qui traversent le pays. Tandis que les plus riches enregistrent des profits record, Macron n’a eu d’autre choix ces derniers mois que de s’appuyer sur les mécanismes les plus anti-démocratiques de la Ve République pour appliquer sa politique. Rien dans son discours sur la loi Sécurité globale et les violences policières, rien sur la gestion sanitaire catastrophique dans les établissements scolaires qui a conduit des milliers d’enseignants et de lycéens à se mobiliser pour des protocoles à la hauteur. Rien non plus sur le fait qu’au moment-même où il prononçait ses vœux, 100 000 membres des forces de répression étaient déployés pour imposer un couvre-feu répressif et liberticide le soir du réveillon.

Parmi les principaux défis à relever en 2021, il en évoque deux, majeurs selon-lui : la transition écologique et la défense des valeurs de la république. Des valeurs qu’il résume à la laïcité, la fraternité, et « plus de sécurité ». Une manière de chercher à justifier l’offensive sécuritaire, liberticide et islamophobe menée par le gouvernement depuis les derniers attentats. Mais Macron voit plus loin, car pour lui c’est « la France de 2030 que nous bâtirons. Tel est notre cap. »

En évoquant un futur plus lointain, Macron cherche à s’imposer dans le paysage politique dans la durée, et entre clairement en campagne pour les présidentielles de 2022, tentant de faire oublier son bilan désastreux. C’est dans cet objectif que son discours s’adressait tout particulièrement à la jeunesse, une frange de l’électorat que LREM ne parvient pas à conquérir : « L’espoir vit dans notre jeunesse [...] Nous n’ajouterons pas au coût de la crise le coût de l’inaction. »

C’est aussi autour du « en même temps » macronien qu’il cherche à lancer cette campagne. D’une part la volonté de conquérir une « souveraineté nationale », mais en même temps s’afficher comme principal défenseur de l’Union européenne à l’heure de l’accord post-Brexit. « Notre destin est d’abord en Europe. Notre souveraineté est nationale… mais cette souveraineté passe par une Europe plus forte, plus autonome, plus unie. »

Ce qui ne changera pas en 2021, c’est un Macron hypocrite et méprisant, prêt à réécrire l’histoire en vue de sa réélection. Mais loin de s’aligner derrière son illusoire « unité nationale », il y a fort à parier que 2021 sera aussi l’année où la jeunesse et les travailleurs méprisés par le gouvernement se soulèveront contre le gouvernement et sa politique catastrophique sur tous les plans, pour enfin le faire reculer.




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