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La mobilisation continue

Liban : Sous la pression de la rue, le gouvernement recule

Depuis 5 jours un mouvement social d'ampleur secoue le pays et se radicalise de jour en jour. Face à ça, le gouvernement essaie de calmer les choses en adoptant une série de réformes et s'est déclaré favorable à la tenue d'élections anticipées.

mardi 22 octobre

Crédits photo : HUSSEIN MALLA, ASSOCIATED PRESS

Depuis 5 jours le Liban est traversé par un mouvement social d’une ampleur historique qui rassemble des centaines de millier de personnes dans les rues de Beyrouth et du pays tout entier.

Pour rappel, ce qui est à l’origine de ces manifestations massives était la mise en place d’un certain nombres de taxes, notamment un impôt de 6 dollars par mois pour passer des appels sur Whatsapp. Cependant dans le contexte politique du pays où le chômage est très élevé, où des services publics comme l’eau et l’électricité fonctionnent très mal avec des coupures quotidienne et où la classe politique inchangée depuis des décennies est rongée par la corruption, les taxes n’ont été qu’un déclencheur et les manifestants remettent maintenant en cause l’ensemble du régime et de la « caste politique néolibérale ».

Le gouvernement cherche une sortie de la crise

Face à ce mouvement historique, le gouvernement a rapidement fait marche arrière sur la question des taxes. Mais maintenant que les centaines de milliers de personnes bloquent les routes du pays depuis presque une semaine et réclament la démission du premier ministre Saad Hairi et de tous les politiciens du régime, le gouvernement est bien obligé de reculer encore plus pour tenter de reprendre le contrôle de la situation.

C’est dans cette optique que l’annonce de l’adoption d’un certains nombre de réforme a été faite hier.Le programme dévoilé par le premier ministre mêle réductions de la dépense publique, ponction du secteur bancaire, aide aux plus pauvres et lutte contre la corruption. La décision la plus symbolique est la baisse de 50 % des salaires des ministres, députés et présidents. Parmi les autres mesures se trouve également la promesse de la mise en place avant la fin de l’année d’un nouveau régime de retraite et de protection sociale.

Les efforts que le gouvernement déploie en réformes et promesses et la rapidité avec laquelle il tente d’apporter une réponse à la contestation montre bien à quel point il craint ce mouvement de masse et la possibilité qu’il s’éternise. Le chef du gouvernement tente de montrer patte blanche face centaines de milliers de personnes dans les rues et a déclaré : « Votre voix est entendue, et si vous réclamez des élections anticipées (…), moi, Saad Hariri, je suis personnellement avec vous ».

Confiant sur le fait d’avoir repris l’initiative, et essayant toujours de caresser dans le sens du poil la colère populaire, il a également applaudi les manifestants en disant : « Vous êtes la boussole, c’est vous qui avez fait bouger le conseil des ministres, c’est votre mouvement qui a conduit aux décisions. Il s’agit d’un nouveau départ pour le Liban ».

Des promesses qui ne convainquent pas

Diffusée en direct par haut-parleurs sur les lieux des rassemblements géants au centre-ville de Beyrouth, les annonces de Hariri ont été accueillies par les slogans phares de la mobilisation scandés par des dizaines de milliers de manifestants : « Révolution, révolution » et « le peuple veut la chute du régime ».

Même si le nombre de mesures promis par Hairi est assez importants et que sur le papier ces mesures ont l’air d’avancées considérables, les libanais ne croient tout simplement pas aux promesses du chef du gouvernement et sa tentative de reprise en main du mouvement semble échouer lamentablement. Dans un article du Monde, Karim Emile Bitar, professeur de sciences politiques à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, explique que « même si la feuille de route présentée par Hariri est en apparence révolutionnaire, la classe politique est devenue inaudible. La crise de confiance est encore plus grave que la crise économique et sociale. Le gouvernement a perdu toute crédibilité ».

Dans ce même article, quelques manifestants interrogés expliquent également à quel point il ne sont pas dupes sur la manœuvre grossière du gouvernement : « Hariri essaie de nous faire croire qu’il va transformer le Liban en Suisse en l’espace de quelques semaines » se moque par exemple Elias 24 ans. Un autre jeune interrogé ironise également : « Avec ces gens, plus rien ne marche. Ils accouchent en trois jours d’un plan que l’on attendait depuis trois ans », tandis qu’une autre jeune femme exprime également le même scepticisme : « C’est de la morphine pour forcer les manifestants à rentrer chez eux. S’ils croient vraiment dans ces réformes, pourquoi ne les ont-ils pas passées plus tôt ? »

Loin de se terminer grâce aux promesses de Hairi, la mobilisation continue et des dizaines de milliers de personnes continue d’occuper le centre de Beyrouth. Il faut voir maintenant comment la mobilisation va évoluer mais elle est déjà historique mais il y a déjà des analystes qui parlent d’une mobilisation historique, qui a réussi à rassembler des manifestants de confessions différentes, des travailleurs, des chômeurs et les couches inférieurs de la société avec des secteurs de classes moyennes inquiètes par la perte de pouvoir d’achat.

Cependant, il faut que les travailleurs et les couches populaires s’organisent dans les lieu de travail, dans les lieu d’étude, dans les quartiers populaires, alliés aux mouvements des femmes et autour de revendications de classe, progressistes, car cette mobilisation au Liban pourrait devenir un levier pour les opprimés et les exploités de la région contre les régimes réactionnaires.




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