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COP27 en Égypte

Egypte. Alaa Abdel Fattah en grève de la faim et de la soif : liberté pour tous les prisonniers politiques !

Dimanche dernier, alors que débutait la COP 27 à Charm el-Cheikh, le prisonnier politique anglo-égyptien Alaa Abdel-Fattah a entamé une grève de la soif alors qu'il suivait déjà une grève de la faim depuis avril 2022 contre son emprisonnement par le régime et ses conditions de détentions.

lundi 14 novembre

ANWAR AMRO, ANWAR AMRO Crédits : AFP

Alaa Abdel Fattah, le prisonnier politique le plus célèbre de l’Égypte, fait face depuis plus de 10 ans à l’acharnement répressif du régime. Voilà pourquoi, l’auteur du livre Tu n’as pas encore été vaincu, est aujourd’hui une icône révolutionnaire en Égypte.

L’histoire de Alaa Abdel Fattah commence en 2006. Le jeune programmeur et blogueur politique avait alors été arrêté une première fois après sa participation aux manifestations contre le trucage des élections sous le mandat du dictateur Hosni Moubarak. Ce dernier régnait sur l’Égypte depuis 1981 et avait finalement été chassé du pouvoir après les manifestations d’octobre 2011.

En 2011, Alaa est arrêté une seconde fois, pendant la période du conseil militaire dirigé par le ministre de la Défense Hussein Tantawi. Les arrestations se multiplient ensuite : deux en 2013 : la première en mars sous le régime du président islamiste Mohamed Morsi, et la seconde en novembre, quatre mois après que l’armée dirigée par Al Sissi à l’époque ait renversé le régime de Morsi. Depuis, le jeune révolutionnaire croupit derrière les barreaux des prisons égyptiennes.

Après avoir purgé une peine de cinq ans de prison pour « manifestation sans autorisation » de 2015 à 2019, il a été arrêté de nouveau le 19 septembre de la même année avec l’avocat spécialiste du droit humain Mohamad Baker de fausses accusations d’avoir rejoint et financé des groupes terroristes et de diffuser des fausses informations. Le 20 décembre 2021, Alaa et Mohamad ont été déclarés coupables de ces fausses accusations et condamnés à cinq et quatre ans d’emprisonnement respectivement.

Alaa et Mohamed ont été détenus dans des conditions inhumaines dans la prison de Tora au Caire, où leur ont été refusés, lits, matelas, vêtements ou encore l’accès à l’eau chaude. Il leur était également interdit de faire de l’exercice dans la cour de la prison.

En avril 2022 Alaa a obtenu la nationalité britannique par l’intermédiaire de sa mère d’origine britannique, une étape à travers laquelle la famille de Alaa a espéré exercer une pression sur le gouvernement britannique pour obtenir la libération de l’activiste et faire la lumière sur la lutte de ses codétenus. Mais l’Etat égyptien refuse d’assumer la double nationalité de Alaa, ce qui leur permet de le traiter en tant que prisonnier égyptien uniquement.

Dans cette lutte face à la répression de la dictature, le 2 avril 2022, Alaa a commencé une grève de la faim avec un apport de 100 calories par jour. Le 1er novembre 2022, et pour attirer l’attention des dirigeants qui se réunissent pour la COP 27 en Egypte, Alaa a annoncé l’arrêt d’ingestion des 100 calories et l’arrêt de son hydratation à partir du dimanche 6 novembre, journée d’ouverture de la grande messe internationale sur le climat. Comme il l’a declaré : « j’ai décidé de durcir, en temps approprié, mon combat pour ma liberté et celle de tous les prisonniers. »

Le 10 novembre, son état de santé devient très préoccupant : Amnesty international annonce sur Twitter que « Alaa est en train de mourir ». Malgré cela, le gouvernement égyptien refuse de donner plus d’information sur son état. Alors que les militants des droits humains annonçaient dimanche dernier qu’Alaa Abdel Fattah ne vivrait sûrement pas plus de trois jours sans nourriture ni eau, l’autorité pénitentiaire a annoncé ce jeudi que Alaa est « sous traitement médical » et toutes les visites, même de sa mère et de son avocat, sont interdites.

Dans ces coordonnées, le défenseur égyptien des droits humain Hassan Bahgat annonce que si un « traitement médical » est administré à Alaa Abdel Fattah, cela signifie « qu’il est nourri de force » et qu’il s’agit d’une pratique considérée par le droit international comme « torture » et un « crime contre l’Humanité ».

Parallèlement à cet acharnement, dans la ville bourgeoise de Charm el-Cheikh, le gouvernement égyptien tente de blanchir son image devant les dirigeants à la COP 27. Le régime du dictateur Al Sissi, vise à travers cette conférence à restaurer la confiance des institutions internationales et exiger des financements internationaux pour soutenir ses projets de "transition écologique".

Malgré ces tentatives du régime de se blanchir, une attention importante a été apportée à l’affaire de Alaa Abdel Fabdel Fattah, et sur la politique corrompue et répressive du gouvernement de Al sissi contre les militants politiques. En plus d’Alaa Abdel Fattah, l’Egypte compte en effet des milliers de prisonniers politiques. Même s’il n’y a pas de chiffre officiel, Amnesty International estime qu’il y a plus de 60 000 détenus d’opinion en Égypte. Selon Reuters, l’agence de presse britannique, 70 militants ont été arrêtés dans la manifestation récente contre la tenue de la COP 27 en Égypte

Malgré les menaces d’arrestations, le Jeudi 10 novembre, des centaines de militants habillés en chemise blanches, la tenue des prisonniers en Égypte, ont manifesté à Charm el-Cheikh en criant "Libérez Alaa" "Libérez les Tous"

En solidarité avec Alaa et tous les prisonniers d’opinion, 16 Prix Nobel ont signé une tribune adressée aux chefs de gouvernements qui participent à la COP27 pour réclamer la libération de ces derniers.

Même si l’affaire de Alaa et des prisonniers politiques a pris beaucoup d’écho médiatique ces derniers jours, il n’y a rien à attendre des chefs d’états présents à la COP, complices de la machine répressive de la dictature égyptienne. Le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, a rencontré le président égyptien, Abdel Fatah al-Sissi, lundi soir en marge de la conférence Cop27 et a déclaré par la suite qu’il avait évoqué le sort d’Abd el-Fattah, mais rien de substantiel n’a encore émergé sur sa libération potentielle. Du côté français, le président Emmanuel Macron a déclaré avoir reçu des assurances d’Al Sissi que le dirigeant égyptien était « engagé » à faire en sorte que la santé de Alaa « soit préservée ». Mais une fois de plus, sans aucune réponse du Caire.. Des "négociations" et "dénonciations" de façade, de la part de chefs d’Etats qui entretiennent des relations commerciales et diplomatiques privilégiées avec le régime dictatorial égyptien.

Aujourd’hui, et derrière les gesticulations hypocrites, le gouvernement militaire d’Al-Sissi et ses complices impérialistes gardent la sourde oreille face aux cris pour la libération de Alaa. Ils l’ont déjà fait avant quand ils ont ignoré le fameux massacre de la place de Rabaa Al Adawiya au Caire le 14 aout 2013. Les forces de répression y avaient tué probablement plus d’un millier de personnes en ouvrant le feu à balles réelles sur les manifestants.

Il n’y a aucune justice à attendre d’Al Sissi qui a fondé son règne sur la tuerie et la répression systématique de tout militant demandant la liberté. Et rien à attendre non plus du côté de ses hypocrites complices impérialistes. Comme l’avait dit Alaa Abdel Fattah à sa sœur Mona Seif en juin 2022 :

بطَّلي تتصوّري انّك هتعرفي تنقذيني، أنا هاموت هنا، هاموت شهيد في السجن،
ركّزوا في ازاي ده يعَدّي بأعلى تمن سياسي ممكن.

« Arrête d’imaginer que tu pourras me sauver. Je vais mourir ici. Un martyr en prison. Vous, concentrez-vous sur comment cela va se passer avec le prix politique le plus couteux. »

Des propos qui montrent la détermination d’Alaa Abdel Fattah, qu’aucun Al-Sissi ne saura briser. Dans ce sens, la libération de celui dont ses soutiens affirment qu’il sera "soit mort, soit libre" d’ici la fin de la COP27 ne dépend que du rapport de force que sauront imposer les opposants au régime dictatorial Égyptien et à tous ses complices impérialistes.



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