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Répression

Lilian, 15 ans, mutilé par un tir de flashball, toujours immobilisé deux mois plus tard

Depuis, il ne peut plus sortir de chez lui à cause du risque d'infection. Il porte 4 broches en métal qui lui traversent la mâchoire.

mardi 12 mars

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, l’usage massif du LBD a causé de nombreuses mutilations. Jeudi dernier, Laurent Nuñez évoquait devant le Sénat ’’13 095 tirs de LBD depuis le début du mouvement’’.

Le 12 janvier 2019, Lilian Le page, 15 ans, est sévèrement blessé à la mâchoire par un tir de Lanceur de Balles de Défense (LBD) en marge d’une manifestation de Gilets Jaunes’ à Strasbourg. Le lundi 14 janvier, la mère du jeune adolescent a porté plainte contre X. Deux mois après les faits, « son médecin a prolongé son arrêt de six semaines au moins. Rien de neuf du côté de l’enquête de l’IGPN. » (France bleu).

Lilian, témoignant pour France 3 Grand-Est, affirme qu’il ne participait pas à la manifestation : « J’étais aux Halles, pour acheter une veste. On a entendu des cris, on est allés voir. Mon ami s’est rapproché. Je lui ai dit qu’il fallait pas rester ici, qu’on allait nous prendre pour des gilets jaunes. [...] Je sais pas trop ce que les gilets jaunes veulent. J’y connais rien. »

Bien que l’adolescent soit resté en marge de la manifestation, il s’est retrouvé avec la mâchoire fracturée. Depuis, il ne peut plus sortir de chez lui à cause du risque d’infection. Il porte 4 broches en métal qui lui traversent la mâchoire. Ne pouvant plus aller à l’école, sa mère explique qu’il est difficile de gérer à la fois ses soins et ses cours puisque le jeune homme est en Seconde et que sa mère se bat pour qu’il ne décroche pas.

Par ailleurs, Flaure, la mère de Lilian, se bat aussi pour faire avancer l’enquête, elle affirme : « Je n’arrive pas à comprendre pourquoi c’est aussi long parce qu’il y a les images, la vidéo-surveillance. Quand c’est un délinquant on arrive à le condamner vite, mais quand c’est la police ça traîne ». L’IGPN lui aurait dit que l’enquête serait bouclée d’ici la fin mars.

Ce qui est arrivé à Lilian n’est pas un cas isolé. Chaque Samedi lors des manifestations les gilets jaunes subissent la répression policière, sans parler des rond-points et cabanes qui ont été évacués et démantelées manu-militari loin du regard des médias. Depuis le début du mouvement, l’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie d’une centaine de cas d’accusations de violences policières. Le nombre de blessés ne cesse de s’accroître chaque samedi. En ce sens, dans un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’homme, Michelle Bachelet, la Haute-Comissaire aux droits de l’homme de l’ONU a réclamé une « enquête sur l’usage excessif de la force » sur les gilets jaunes. De même que, le 6 février 2019 trente cinq ophtalmologues ont envoyé un courrier, resté sans réponse, adressé a Macron, l’interpellant pour un moratoire contre les LBD. Malgré tout, le Sénat a rejeté la proposition de loi visant leur interdiction.

Par ailleurs, ce lundi, le Sénat a publié un rapport censé éclairer la Commission des Lois de la Chambre haute. Ce rapport dévoile des statistiques précises sur l’évolution de l’usage des LBD. On apprend ainsi que les tirs de LBD sont au nombre de 3821 en 2014 contre 20 052 en 2018, soit une augmentation de 424%. La majeure partie de cette hausse se concentre sur les gilets jaune pendant les samedis de protestation.

Selon ce même rapport, 85% des tirs de LBD sont effectués par des unités de police non spécialisées dans le maintien de l’ordre et déployées sur le terrain à des fins judiciaires ou de renseignements et qui n’ont donc pas de formation adéquate au LBD. Pourtant, les mots ’’violences policières’’ restent imprononçables pour Macron.

Crédits image : © Grégory Fraize, France 3 Alsace




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