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Société

Du sang sur le pavé

Lille le 31 mars. Photos et témoignages d’une violente répression policière contre les jeunes mobilisés

lundi 4 avril 2016

A Lille, la journée de mobilisation du 31 mars s’est terminée, comme dans plusieurs villes de France, par une violente répression par les forces de police à l’égard des manifestants. Nous avions publié le témoignage de Florent, matraqué par 4 policiers alors qu’il manifestait pacifiquement, et interviewé le photographe qui avait révélé cette scène. Suite à ces publications, nous avons reçu plusieurs messages de jeunes ayant vécu cette brutale répression et soucieux d’en faire parler. Nous publions ci-dessous leurs témoignages.

Si les grands médias restent muets concernant cette violence policière qui a fait couler sur le pavé le sang des manifestants, sur Twitter, les clichés sont affligeants :

Antoine, étudiant à l’université de Lille 3 :

« Je n’ai pas l’habitude de poster des messages sur les réseaux sociaux. Mais je compte mettre à jour une injustice totale qui nous est arrivée lors de la manifestation à Lille contre la loi El Khomri :
La manifestation était finie, nous étions une vingtaine assis au bord de la fontaine, Place de la République, quand des CRS, deux à trois fois plus nombreux que nous, se sont mis en formation devant nous. Prêts à nous charger, bouclier en avant, ils s’avançaient peu à peu vers nous sans pour autant nous ordonner de partir.
Alors que nous ne l’attendions pas, à l’ordre d’un coup de sifflet, ils nous chargèrent tous en même temps, en nous gueulant dessus comme des chiens. Nous étions bloqués par la fontaine et ne pouvions pas partir. Ils nous ont dégagé de force, à coups de bouclier, de matraques, de bombes lacrymogènes.
Je tiens à re-préciser que nous étions assis, que nous parlions tranquillement, et qu’aucun de nous ne fait partie d’un groupe de casseurs, que nous sommes tous des pacifistes.
Résultat : nous étions obligés de reculer, chassés lâchement comme des lapins. L’un d’entre nous a été emmené par les pompiers, ouvert au crâne à cause d’un coup de matraque. D’autres étaient aveuglés par les bombes lacrymogènes. Et tous, quasiment, nous nous sommes pris des coups de bouclier. Alors que nous reculions hors de la place, ils continuèrent à nous charger, et nous poursuivirent, même au Boulevard de la Liberté.
Comment peut-on, en représentant l’ordre et la justice, s’en prendre aussi violemment et lâchement à un petit groupe de pacifistes ?
Je ne suis pas contre la Police ou l’ordre en général. Mais si vous voyez ces images à la télé, ou des images similaires lors de prochaines manifestations, demandez-vous qui est vraiment hors-la-loi ».

Témoignage de jeunes sur Facebook :

« Aujourd’hui, mon frère et moi étions assis devant la fontaine place de la république à Lille, appréciant le beau temps après une manifestation on ne peut plus pacifiste. Nous fûmes surpris par l’agissement des FORCES de "l’ordre" face à la "LIBERTE d’expression".
Cet étonnement nous coûta les bleus des BLEUS accompagné de 5 points de sutures sur le crâne de mon frère (plus un à la main). Si tu veux partage. »

« A la manifestation ce 31mars, j’ai pu voir plusieurs crânes totalement ouverts par les flics avec leur matraque, tu n’avances pas, tu te prends des coup par eux, les flics n’ont même pas un minimum de respect pour les personnes âgées à les pousser plus vite que même eux n’arrive pas à faire. Je trouve ça triste que ceux qui sont sensés nous protéger se retrouvent avec du sang sur les mains, mais on va se battre jusqu’au bout pour notre avenir. Nous ne faisons que notre devoir en tant que citoyens, nous sommes libres de manifester, libre de dire ce qu’on veut, et ce 31 les flics se sont sentis forts à dégommer des gens par plaisir, à gazer ma tête car tu aides une personne dans le besoin. Ce soir ils rentreront tous chez eux avec du sang sur les mains, diront bonjour à leur enfant, ils regarderont leur salaire et se demanderont si avoir une mort sur la conscience en valait le coup ou pas. Je ne sais plus quoi dire face à cette non humanité qu’ils ont, je peux juste ajouter que j’ai honte, énormément honte des personnes qui sont sensées nous protéger. »

Une vidéo publiée sur Youtube confirme cette répression affligeante :


Le reportage photographique publié sur le site de La Voix du Nord témoigne lui aussi de la répression policière, du gazage des manifestants en plein visage et de très près, ainsi que de la présence de la police montée.

Pourtant, au vu des témoignages, le récit de La Voix du Nord, qui mentionne « un blessé léger » est bien loin du niveau de violence dont ont fait usage les forces de répression à Lille ce jour-là : « Il y a eu plusieurs charges dont une avec les chevaux et les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les derniers manifestants » décrivent-ils dans un article publié le 1er avril. A aucun moment ne sont mentionnés les coups de matraque, ni les crânes ouverts. On peut alors comprendre la colère de ces jeunes mobilisés pour leur avenir et contre la précarité, et qui ne reçoivent pour seule réponse que la violence déchaînée d’une police au service de l’Etat et du patronat.



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