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Culture et Sport

La lutte des classes est aussi dans les stades

Liverpool. Les supporters des Reds gagnent dans les tribunes !

Si la devise Liverpool est « you’ll never walk alone », le premier supporter à s‘être levé pour quitter les tribunes à la 77eme minute samedi 6 février n’a effectivement pas marché seul vers la sortie, 10 000 personnes l’ont suivi. Pourquoi les supporters les plus fervents et fidèles d’Europe ont-ils choisi d’abandonner leurs joueurs pour le dernier quart d’heure ? Gaëtan Demay

vendredi 12 février 2016

Liverpool Football Club est l’une des équipes les plus célèbres au monde. Installée dans le faubourg ouvrier d’Anfield depuis 1892, elle a tenté de conserver cet ancrage prolétaire. Pourtant le foot business l’a rattrapé. Contrairement à ce qu’on peut croire si on ne voit que le centre de la ville, avec ses docks transformés en musées et ses centres commerciaux, Liverpool reste une ville de la classe ouvrière. Si on s’éloigne du centre, on entre rapidement dans des quartiers populaires malgré la gentrification.

Les supporters sont fiers de ces origines. Les habitants de ces quartiers se saignent pour être côte à côte avec leur équipe. Certains n’ont pas les moyens de se payer leur abonnement annuel qui coûte plus de 700 livres sterling, mais ils le font quand même. Tout leur argent va dans le football. Ils ne partent pas en vacances, ils ne vont jamais au restaurant. Mais ils ne manquent jamais un match à Anfield.

Comme le déplore Aldridge, ancien attaquant du club de la Mersey, « les classes populaires ne peuvent plus venir au stade ! Un billet coûtait l’équivalent de 3 livres quand j’étais gamin. C’est 55 livres (environ 78 euros) aujourd’hui, pour la place la moins chère, et 750 livres (environ 1 050 euros) pour un abonnement d’un an dans le Kop. A mon époque, le foot était un truc de prolétaires. Ceux qui étaient en tribune avaient grandi dans la même rue que ceux qui étaient sur le terrain ; ils avaient la même vie, les mêmes soucis. Les gens qui habitent là font d’énormes sacrifices pour aller au match. Le propriétaire de Liverpool ne vient jamais voir jouer l’équipe ; il gère son bien comme une entreprise à faire fructifier, pour mieux la revendre dans quelques années ». Ce qui est arrivé à la 77ème minute lors du match Liverpool-Sunderland est le sursaut des supporters que beaucoup d’amoureux du ballon rond attendaient.

77ème minute pour les 77 livres (100euros). C’est donc 77 livres que les dirigeants de Liverpool, Fenway Sports Group, un conglomérat américain spécialisé dans le sport, réclament aux supporters pour certains billets d’Anfield. Ces mêmes places valent 59 livres (77euros) cette saison. Même le comité de supporters consultés par la direction avant de fixer les prix des places a jugé cette nouvelle augmentation « moralement injustifiable ». Beaucoup y voient la volonté d’exclure d’Anfield les familles et les classes populaires. Jamie Carragher figure mythique du club, l’un des derniers lads, qui a passé ses 21 années de carrière dans sa ville natale, a également quitté le stade à un quart d’heure de la fin du match. La colère des supporters est toute à fait justifiée dans ce pays où le prix des places a augmenté de plus de 900% entre 1990 et 2011 dans certains clubs comme Arsenal ou Chelsea. On ne peut pas imaginer une autre raison de la part des dirigeants des clubs lorsque l’on voit que les droits tv ne cessent d’atteindre des records. A partir de la saison prochaine et pour 3 ans, les seuls revenus domestiques reviendront à 5,1 milliards de livres. Cette première désertion organisée des tribunes, dans l’histoire du club n’est sans doute que le premier acte de la lutte contre le propriétaire qui vient de revenir sur l’augmentation des tarifs.

En effet, les dirigeants de Liverpool ont décidé d’annuler l’augmentation à 77 livres. Ils ont écrit une lettre ouverte aux supporters des Reds où ils s’excusent et annoncent le gel du prix des abonnements à 869 livres et un nouveau tarif maximum fixé à 59 livres. Les matchs ne seront plus catégorisés, ce qui signifie que les supporters paieront le même prix que Liverpool affronte une équipe du « big four » ou une petite équipe de division inférieure.

On doit espérer que cette première victoire des supporters pourra donner des idées aux supporters des autres clubs. Le fait que tout ceci ait eu lieu à Liverpool a une portée symbolique. Le football n’est pas du business. Comme l’ont chanté les supporters de Liverpool {}en quittant le stade, « You greedy bastards, enough is enough ! », (Bande de salauds cupides, trop c’est trop !)




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