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Livreurs et coursiers ubérisés, "obligés de pédaler pour payer loyers et factures"

Les restaurants, cafés et bars fermés pour lutter contre l'épidémie ? Les cuisines et livraisons tournent à plein régime, et ce sont les travailleurs précaires qui trinquent. Jeune coursier à vélo, Pas de confinement pour mes collègues et moi, forcés de travailler pour pas mourir de faim. Au risque de tomber gravement malade et de propager le virus auprès des clients.

mercredi 18 mars

Crédit Photo / © AFP / Nicolas Liponne / NurPhoto

Un métier qui expose au virus pour soi et les autres

Avec le confinement et la fermeture des restaurants, couplés aux frigos vides, le volume de commandes a significativement augmenté. Être coursier est déjà un métier dangereux qui tue chaque année des jeunes livreurs au travail. Le coronavirus est venu ajouter un nouveau risque important au métier. Cependant, ce nouveau risque se distingue des autres de par le fait que cette fois-ci ont ne met pas seulement nous-même en danger, mais bien toute la population en rompant le confinement quand on va de maisons en résidences...

Comme dans beaucoup de métiers précaires, les patrons de Deliveroo et Ubereats jouent avec nos vies pour le bien de leurs profits. Une mascarade de "gestes barrières" a était mise en place pour garantir la santé des clients, en posant le sac de livraison à un mètre de distance.

La santé des travailleurs, l’entreprise ne s’en soucie pas : aucun gels hydro alcooliques, pas de masque ni de gants. Ce que les patrons ne veulent pas voir, en plus de la mise en danger qu’elles nous imposent par la pression de la précarité, c’est qu’il suffit qu’un salarié de la chaine de livraison soit malade pour mettre en danger la clientèle aussi.

Pas d’indemnité, même pas de prime

Avec la fermeture des restaurants, bars et cafés, le gouvernement cherche à montrer qu’il a une attitude responsable vis-à-vis de l’ampleur de l’épidémie. Mais les cuisines et les livraisons tournent toujours, comme si cela ne revenait pas à mettre en danger les salariés de la restauration et les clients des plateformes. Comme dans plein de secteurs où pourtant la production n’est pas indispensable à la vie des gens et à l’endiguement de l’épidémie, le patronat impose encore de travailler au nom de ses profits, sans même octroyer une prime aux vus des risques.

Mais nous ne devrions pas travailler dans le contexte actuel, et nous devrions toucher une indemnisation comme tous les salariés dont les entreprises de biens non-essentiels n’ont pas à tourner en ce moment. Le problème pour des jeunes travailleurs comme moi, qui travaillons pour des plateformes comme UberEats ou Deliveroo, c’est que le statut d’auto-entrepreneur nous prive des droits salariés minimaux. Pas de chômage partiel, pas d’indemnisation, pas de prime. Ces plateformes se contre-fichent du risque que nous prenons, y compris au quotidien. Si je pouvais exercer un droit de retrait, je le ferais, pour ma santé, celle des collègues et celle des clients mais nous n’avons pas ce droit. Alors, nous sommes obligés de continuer à pédaler pour payer les loyers et factures. En plus d’être soumis à une surveillance accrue de la police qui contrôle nos allers et retours, et veille à ce qu’on continue bien de travailler.

En plus de ça, sachant que le temps d’incubation du virus varie entre 2 et 14 jours il y a forcément des livreurs malades qui répandent le virus sans le savoir. Ce qui m’inquiète donc le plus, c’est que nous, les coursiers et livreurs, participions à la diffusion du virus dans la population.

Un confinement à deux vitesses

On voit bien la logique d’un « confinement » à deux vitesses avec les classes les plus précaires qui sont les caissières, les ouvrier industriels, les employés du nettoyage, les coursiers, à qui l’on demande de continuer à travailler, sans leur proposer de mesures de protections adéquates. Cette crise sanitaire dévoile un peu plus encore le rôle du statut d’auto-entrepreneurs qui désarme les travailleurs précaires leur droit pour se protéger, et protéger les autres.




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