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Livreurs chez DHL : « On est prêts à prendre des risques, mais pour des livraisons qui ont du sens »

Avec la fermeture des commerces non-essentiels, les livreurs se retrouvent en première ligne pour livrer aux particuliers toute sorte de produits superflus, s'exposant et exposant la population à un risque sanitaire important. Entretien avec Olivier Baire, délégué syndical central FO chez DHL Express, qui revendique l'arrêt des livraisons non-essentielles.

lundi 23 mars

Révolution Permanente : Quelle est la situation chez DHL depuis le début de l’épidémie ? Quelles mesures a pris la direction ?

Olivier Baire : Ils ont réagi assez rapidement sur les fonctions support, en mettant en télétravail en trois jours tous ceux qui pouvaient télétravailler. Par contre, l’ordre pour les opérationnels c’est : maintenir l’activité à tout prix. Or, sur le terrain les mesures de prévention ont tardées. Il a fallu s’« énerver » un peu.

Depuis le début, on demande que les livraisons soient maintenues sur tous les secteurs essentiels, sur ce plan il n’y a pas de problème. Mais en revanche il faut qu’on arrête d’envoyer des livreurs chez les particuliers pour livrer des chaussures, des vêtements, tout ce qui est superflu, parce qu’on expose les salariés.

Il faut savoir que depuis que tous les magasins non-essentiels sont fermés, il y a une explosion du e-commerce. Les commandes internet ont doublé, et donc les livraisons derrière. Nous on demande qu’il y ait un tri, que seules les livraisons qui ont du sens soient maintenues. Pour le moment DHL le refuse et veut maintenir l’activité quoi qu’il en coûte.

RP : Qu’en est-il des mesures de prévention ?

OB : La semaine dernière c’était au coup par coup en fonction des sites. Il fallait menacer de droit de retrait pour avoir du gel hydroalcoolique, il n’y avait pas de masques ni de gants. Depuis ce matin on a enfin reçu le matériel.

En revanche il n’y a aucune consigne particulière donnée aux livreurs pour éviter les contacts avec les particuliers. Faire que le particulier sorte, poser le colis par terre pour éviter le moindre contact. C’est en ce sens que j’ai envoyé un courrier à la direction ainsi qu’aux DIRRECTE pour demander que des consignes claires soient données, car les livreurs sont amenés à toucher des sonnettes, des portes, et tout ça génère des milliers de contacts qui participent à diffuser le virus. On peut évaluer le nombre de contacts journaliers générés par DHL en France chez les particuliers à 40 000 ! Avec la concurrence on doit être à 200 – 300 000 contacts par jour, et en Europe 2 à 3 millions de contacts journaliers, et autant de risques de propagation du virus.

RP : Dans cette situation, quel est l’état d’esprit des livreurs ?

OB : Ils ne comprennent pas pourquoi d’un côté on dit que les commerces non-essentiels doivent fermer, mais on maintient la vente en ligne de produits non-essentiels et ce sont eux qui se retrouvent exposés.

Le problème c’est surtout de prendre des risques pour quelque chose de non-essentiel ! La prise de risque ils sont prêts à le faire, mais pour des livraisons qui auraient du sens : produits sanitaires, de première nécessité. Pas une prise de risque qui soit purement mercantile, où l’on sent que l’objectif c’est de maintenir le business à tout prix.

RP : Suite au courrier que vous avez envoyé, quelles sont les perspectives ?

OB : Nous attendons les retours de la direction. Certaines DIRRECTE vont écrire aux sites DHL pour rappeler les consignes de sécurité, mais il faut noter que les DIRRECTE représentent l’Etat or le discours du gouvernement est ambigu. Ils entretiennent un flou artistique où ils disent d’un côté transport pour les industries « essentielles », mais dans le même temps ils mettent en avant le maintien de l’activité économique donc ils n’interdisent pas la livraison aux particuliers. Ils n’ont pas encore fait le choix entre l’économique et le sanitaire.

Pourtant, comme je l’ai dit aux salariés, prioriser les livraisons essentielles c’est possible. Du côté de la concurrence, TNT et FedEx font par exemple une restriction de service sur les départements comme le Grand Est où ils ne font plus que le ramassage et la distribution des marchandises essentielles.

Mais l’entreprise ne le fera que si elle est obligée par le gouvernement, tant qu’ils ont la possibilité de maintenir l’activité, ils le font. De notre côté, le problème des droits de retrait c’est que si l’entreprise met à disposition un matériel minimal, le droit de retrait n’est plus possible, ou alors les salariés risquent de ne pas être payés voire d’être sanctionnés. On ne dispose pas d’un veto syndical qui permettrait d’obliger à interrompre l’activité non-essentielle, à part la pression médiatique ou de la population.

Depuis hier il y a une nouveauté à noter puisque Amazon a annoncé arrêter de prendre les commandes non-essentielles en France et en Italie. FNAC et Darty vont aussi prioriser les marchandises essentielles, mais tout cela ne s’impose qu’au fur et à mesure, et tant que médiatiquement ça passe les entreprises cherchent à maintenir le maximum d’activités.




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