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Société

Aubaine pour les grandes surfaces

Loi alimentation : des courses 6.3% plus chères à partir du 1er février

« Ce sera 50 centimes de plus par mois » a nié Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture. Mais selon le Parisien, les prix de l’alimentation augmenteront de 6.3% dès vendredi. Un constat sans appel : la loi alimentation va pénaliser les consommateurs et favoriser la grande distribution.

mercredi 30 janvier

image : LP/infographie A. Renaud et C. Teche

+6.3% d’augmentation et la limitation des promotions

C’est une révélation du Parisien : dans son enquête concernant l’évolution du prix de 24 produits alimentaires au 1er février prochain, le quotidien calcule une augmentation moyenne de 6.3% des prix à la caisse. L’augmentation grimpe à plus de 8% pour des produits comme le Ricard, le Nutella ou les Chocapics…

Et on entend déjà les éditorialistes moquer l’inflation sur cette « malbouffe de pauvres » en dégainant l’argument santé, avec sans doute encore en tête cet épisode de ruée sur les promotions de Nutella dans les Intermarchés qui défraya la chronique en janvier 2018 et donna l’occasion à la bourgeoisie bien-pensante d’offrir des leçons de diététique aux classes populaires.

Mais cette augmentation exceptionnelle ne concerne pas seulement les prix des « aliments plaisirs » d’une grande partie de la population. Quoi de plus nécessaire que l’huile de Tournesol (+6.7%), le lait pour enfants (+8.1%) ou encore la boîte de conserve de petits pois-carottes (+6,7%) pour faire manger sa famille ? L’addition en caisse de supermarché pourra s’avérer salée, plus que l’enquête qui ne concerne qu’un échantillon de 24 produits s’avère, certes significative, mais relativement limitée. Le Parisien estime que dans un supermarché rayonnant près de 25 000 produits, près de 1 000 seront impactés par cette augmentation.

La loi alimentation : une aubaine pour l’agro-industrie

En cause, il y a le passage de la loi alimentation au 1er février 2019. Cette loi a été élaborée à la suite des Etats Généraux de l’Alimentation et votée le 30 octobre dernier. Son objectif affiché : permettre aux producteurs de « vivre de leur travail », dans un contexte de crise de rentabilité des petites exploitations acculées par l’endettement et le risque de faillite et menacées de rachat par les grandes exploitations agricoles.

Dans l’idée de restituer les marges des agriculteurs, les autorités ont décidé de mettre un terme à « la guerre des prix » que se livrent les enseignes de grandes distribution en imposant la règle d’un prix de vente en rayon qui ne peut être inférieur à 10% du prix coûtant. La nouvelle loi Alimentation interdit également aux grandes enseignes de pratiquer des promotions sur 75% de leur volume de production. Une législation qui n’apporte aucune garantie de prix pour les petits producteurs mais pèse lourdement sur le consommateur en bout de chaîne.

La facture à payer pour les consommateurs

Car les producteurs agricoles sont toujours soumis à la fixation des prix sur un marché tenu par les grandes enseignes et où quelques grands groupes font la loi. En bref, le projet du ministre de l’agriculture assure surtout la conservation des marges de la grande distribution. En effet, plutôt que de rogner sur leurs profits, en augmentant les prix à l’achat des matières premières aux producteurs, l’agro-industrie et les grandes enseignes de distribution choisissent de faire payer les consommateurs. Pour rappel, selon Oxfam, le groupe Carrefour a généré « plus de 7 milliards de bénéfices entre 2009 et 2017 ». Avec 6.3% d’augmentation des prix en moyenne, voilà qui devrait préserver les bénéfices de la grande distribution en faisant payer, tous les désagréments légaux qui lui incombent, au consommateur en bout de chaîne. En prime, la loi permet de limiter la concurrence que se mènent les grands groupes rendant plus aisée l’augmentation des prix et de leurs marges. La loi alimentation est en vérité un vrai cadeau pour la grande distribution.

Une bombe politique à retardement

Encadrement des prix de vente des produits agricoles, au début de la chaîne, et fixation des prix aux consommateurs, au bout de la chaîne, serait la meilleure manière de contraindre réellement l’agro-industrie de rogner sur ses marges. Cette mesure permettrait à la fois d’assurer un revenu digne aux petits producteurs et de maintenir des prix accessibles pour les consommateurs. A cette solution, le gouvernement a préféré une autre satisfaisant davantage l’agro-industrie.

Voilà plusieurs mois que l’exécutif a retardé la mise en place de la loi Alimentation, implorant le contexte de la mobilisation des Gilets Jaunes et les revendications sur le pouvoir d’achat. Un sujet qui a paru suffisamment sensible aux yeux de l’exécutif pour bousculer son calendrier. Pourtant, en décembre, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume assurait, sur le plateau de France Info, que « si tout le monde joue le jeu, il n’y aura pas d’augmentation des prix dans les grandes surfaces ». Les résultats de l’enquête du Parisien montrent, sinon à quel point il se trompait, que l’exécutif a réellement pêché par naïveté. L’effet Gilet Jaune risque lui aussi d’être décuplé…




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