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Politique

Loi liberticide, dégage !

Loi « anti-casseur » : des milliers de manifestants pour défendre le « droit de manifester »

Ce samedi 13 avril, à l’appel de plus de 50 organisations, syndicales, politiques et associatives, des cortèges se sont formés dans toute la France pour réclamer le respect du droit de manifester et l’abrogation de la loi anti—casseurs. Macron, plus enragé que sourd, avait décidé malgré tout d’étrenner sa nouvelle arme de guerre à Toulouse, capitale du 22ème acte des Gilets jaunes. Cette manifestation est un premier pas pour commencer à s’opposer à l’offensive liberticide du gouvernement. Il s’agit cependant de le massifier pour peser réellement sur le rapport de force. Une journée saute-mouton n’y suffira pas. Le bras de fer continue.

samedi 13 avril

Trop c’est trop

La loi anti-casseurs que Macron a fait voter le 10 avril par la majorité de l’assemblée à sa botte passe la mesure de tout ce que les traditions démocratiques en France peuvent accepter. Au point que, même si cela peut relever d’un jeu de l’opposition politique, le Conseil Constitutionnel a retoqué l’une de ses dispositions. Mais, bien qu’amputée, elle reste une offensive majeure contre le droit de manifester. C’est pour lutter contre cette remise en cause des droits démocratiques que les partis politiques de gauche ou d’extrême gauche, comme la FI, le NPA, Ensemble… le P0Id, les principales centrales syndicales, CGT et FO en tête, et également les organisations de défense des droits de l’homme comme la LDH ou le MRAP, ont appelé à manifester ce samedi 13 avril.

Si, au cours des 5 derniers mois, des liens se sont tissés de manière lente, et souvent souterraine, entre gilets jaunes et militants du mouvement ouvrier, il était clair aujourd’hui que les mots d’ordre de « droit de manifester » et « retrait de la loi anti-casseurs » avaient pour intention immédiate la protection des manifestations de Gilets Jaunes, et particulièrement des manifestations non déclarées. Ces derniers ne s’y sont pas trompés et ont rejoint, en nombre, les rangs des manifestants. C’est ainsi qu’à Paris, le cortège de plusieurs milliers de personnes qui est parti de la République en direction de la Nation a vu défiler près de 200 à 300 manifestants Gilets jaunes, déterminés, scandant les mots d’ordres et chansons qui font leur identité, mais reprenant aussi d’autres mots d’ordre lancés dans la manifestation.

Mais au-delà de ce contexte immédiat, ce qui unissait aujourd’hui les milliers de manifestants rassemblés dans toute la France autour de l’appel des organisations, c’est l’accord commun sur le caractère liberticide de cette loi. « Soumettre les participants et les participantes à une manifestation à une fouille systématique, faire d’un visage en partie couvert un délit, persister dans l’usage d’armes qui mutilent, voici l’esprit et la lettre de mesures qui sont autant d’empêchements à l’exercice d’un droit essentiel en démocratie : celui de manifester publiquement, collectivement et pacifiquement son opinion. »

C’est qui qui transgresse ? C’est eux qui transgressent

On se souvient de l’odieuse remontrance qu’avait osée Emmanuel Macron à l’encontre de Geneviève Legay, lorsqu’il avait laissé entendre qu’elle avait « bien cherché » ce qui lui était arrivé puisqu’elle s’était rendue sur un périmètre de manifestation interdit. Outre le caractère insupportable d’un tel propos, il faut rappeler qu’il repose sur une exploitation toute Macronienne de la notion de légalité.

Les manifestants d’aujourd’hui n’ont pas manqué de rappeler que l’interdiction de manifester, telle qu’elle est pratiquée actuellement par Macron, Castaner et leurs préfets, est une interprétation discutable du droit international auquel pourtant, en bon démocrate bourgeois, Macron serait censé se référer. Si le droit de manifester, à la différence du droit de grève, n’est pas inscrit dans la constitution, les manifestations publiques sont considérées par le droit international comme légales.
Le droit français interprète pourtant de manière restrictive cette liberté. En subordonnant les manifestations à une obligation de déclaration, il les soumet, en réalité, à autorisation. Si la tradition a mis en place des habitudes de compromis en négociant les « parcours » à mi-chemin de l’interdiction pure et simple, il s’agit déjà d’une interprétation restrictive du droit essentiel de manifester.

Que dire alors des interdictions pures et simples que l’on voit fleurir durant ces derniers temps et qui ont pour intention de mettre les manifestants « hors la loi » pour pouvoir faire pleuvoir la répression.

Interdictions de manifestation ou de parcours, fouilles et interdictions d’accès, interdiction de se protéger le visage, jusqu’au « serum phy » systématiquement subtilisé, on est très loin de la liberté de manifester et en plein dans les conditions de mise en place d’une répression de plus en plus agressive et destructrice.

Macron veut « nettoyer » les manifs, il n’y parvient pas

En mettant en place tout son arsenal judiciaro-médiatique, avec pour couronnement la loi anti-casseurs, Macron comptait en terminer avec tous ceux qui refuseraient de se transformer en moutons bons à passer à la moulinette du grand débat et à expulser définitivement de la rue les trop remuants black block. En ce sens, les moyens répressifs engagés ce samedi pour l’acte 22 sont quasiment sans précédent avec des gazages extrêmement massifs, et une volonté manifeste d’empêcher les manifestants de former un cortège, en somme de manifester.

La détermination qu’il a trouvée en face de lui aujourd’hui, à Toulouse notamment, ne lui a pas permis de faire cette démonstration. Capitale du 22ème acte et bastion de la révolte des Gilets Jaunes, la ville rose a encore donné du fil à retordre à ses forces de répression. Il ne parvient pas à opérer une ablation radicale des « casseurs » du corps des manifestants.

Non seulement il s’est montré sourd à la revendication du respect de la liberté de manifester, portée par un large courant d’opinion qui s’est exprimé dans toute la France, mais il a fait la démonstration de l’inefficacité de cette loi outrageusement liberticide qu’est la loi anti-casseurs. Il n’a pas fini d’entendre les mots « abrogation » suivis de « Macron dehors » et « système dégage » comme ce fut le cas aujourd’hui.
Au jeu de l’escalade, on n’est jamais sûr de gagner.




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