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Loi de programmation de la recherche adoptée à l’Assemblée : la colère contre le gouvernement reste vive dans les facs

La Loi de Programmation de la Recherche (LPR), présentée en février 2019 par le gouvernement, a été définitivement adoptée par l’Assemblée Nationale ce mardi 17 novembre, à 188 voix pour et 83 contre, en faisant fi de toute la contestation qui s’est exprimée dans l’enseignement supérieur.

mercredi 18 novembre

Crédit photo : Serge d’Ignazio

Quelques heures seulement après le rassemblement regroupant plus d’un millier de personnes à la Sorbonne, où étudiants, personnels, chercheurs et enseignants réaffirmaient leur opposition à cette loi précarisante et liberticide, l’Assemblée Nationale a définitivement adoptée la Loi de Programmation de la Recherche(LPR). Alors que le gouvernement avait annoncé lors du premier confinement la suspension de toutes les réformes pendant le temps de la crise sanitaire, notamment celle de la réforme des retraites qui avait provoqué une grève historique, il vote la LPR alors même que celle-ci avait donné lieu à une importante mobilisation du milieu universitaire, freinée par l’arrivée de la pandémie.

Ce mardi, à travers le vote de la LPR, c’est la précarisation de l’enseignement et de la recherche qui a été adoptée. Pour faire passer la pilule, le gouvernement s’appuie sur l’argumentaire budgétaire, avançant l’injection de 25 milliards d’euros dans la recherche étalés sur 10 ans. Un argument basé sur l’annonce de gros chiffres, qui lorsqu’ils sont rapportés au budget actuel de la recherche et étalés sur la décennie, ne font pas grande différence.

Mais les attaques majeures à la recherche et aux conditions de travail des universitaires, quant à elles, résident dans le système de financement et de recrutement promu par la loi. Sur le site d’Université Ouverte, un document revient sur ces attaques : Désormais, la recherche sera indexée sur la réalisation de projets dans une logique de mise en compétition des laboratoires, avec un développement de primes de performance, mais également la concentration des moyens au sein de l’Agence Nationale de Recherche au détriment de certains centres de recherche. Concernant les travailleurs du milieu de la recherche et de l’enseignement supérieur, ils vont désormais faire face à la réduction de la création de postes d’enseignants – chercheurs, et assister au développement de « CDI à projet », qui permettra de rémunérer des chercheurs sur la base de financement de projet, les plaçant en concurrence et venant accroître la sélection et la précarité déjà bien présente dans le métier.

Les mesures contenues dans cette lois vont pousser les chercheurs à investir dans des projets de recherches rentables pour le patronat plutôt que socialement utiles. Présent au rassemblement organisé hier à la Sorbonne, Gilles Martinet résume dans une interview à Révolution Permanente les changements profonds que va engendrer le passage de la LPR : « On a une loi supposément de financements, qui vient transformer la manière dont les chercheurs et chercheuses peuvent travailler. C’est plus les chercheurs qui vont déterminer la pertinence de la recherche en terme scientifique, c’est le pouvoir politique qui va pouvoir mettre en œuvre les thématiques qu’il entend financer »

Seulement, et comme si ça n’était pas déjà suffisant, des amendements « surprises » ont été rajoutés au dernier moment par le Sénat et élargit par la Commission Mixte Paritaire (CMP). Le premier ouvre les recrutements des professeurs d’universités sans l’aval de Conseil National des Universités (CNU), dénoncé directement par le CNU, qui explique que : « la remise en cause du rôle d’une instance nationale dans le recrutement des enseignants-chercheurs ouvre la voie à la suppression de leur statut de fonctionnaire d’État ». Le second vient quant à lui criminaliser la lutte des étudiants et personnels dans l’université, puisqu’il stipule que : « le fait de pénétrer ou de se maintenir dans l’enceinte d’un établissement d’enseignement supérieur sans y être habilité […] ou y avoir été autorisé par les autorités compétentes, dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement » est passible d’un an de prison et de 7 500 € d’amende – et jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende pour des faits commis en réunion.

Ce dernier amendement, qui s’ajoute à la précarisation et la privatisation de la recherche, vise à anticiper toute contestation à l’université en renforçant l’arsenal répressif du gouvernement. Cette attaque, loin d’être isolée, s’inscrit dans une offensive sécuritaire du gouvernement, qui à travers cet amendement, mais également la loi Sécurité Globale et la loi contre le séparatisme, se prépare aux futures explosions sociales dans lesquelles la jeunesse jouera certainement un rôle. Le gouvernement, qui profite du confinement pour faire passer un panel de lois répressives, a donc adoptée la LPR, passant outre toute la contestation qu’elle avait engendrée dans le milieu universitaire. Face à ce passage en force, les organisations de l’enseignement supérieur appellent à construire la mobilisation, par le biais d’assemblées générales virtuelles, la grève mais également les rassemblements et manifestations.

Car une chose sûre, la colère au sein de l’enseignement supérieur contre cette politique est très loin d’être éteinte, et les rassemblements organisés mardi contre la LPR mais également contre la loi Sécurité Globale, qui ont réuni des milliers de personnes dans toute la France montrent la voie à suivre pour préparer la contre-offensive face aux attaques anti-démocratiques et austéritaires du gouvernement.




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