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Analyse

Loi immigration, RSA : Macron tente de relancer l’offensive en visant les plus précaires

Dans une interview au Parisien dimanche, Macron a précisé le contenu de sa politique pour les 100 jours « d’apaisement ». Au cœur de ses projets : le retour de la loi immigration et une attaque contre les allocataires du RSA. Une offensive contre les franges les plus précaires du monde du travail.

Antoine Weil

25 avril 2023

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Confronté depuis une semaine aux casseroles et huées, Emmanuel Macron a cherché ce lundi à mettre en scène la reprise en main de la séquence et le dialogue avec les français dans un cadre plus confortable, en invitant des lecteurs du Parisien dans les bureaux élyséens. Le contenu de cet entretien publié dimanche confirme que, pour se dépêtrer de la séquence des retraites, Macron s’apprête à relancer l’offensive contre les travailleurs étrangers et les plus précaires. Au cours de cet entretien, Macron a en effet développé son agenda pour les semaines à venir jusqu’à l’été, exprimant clairement sa volonté de tendre la main à la droite.

Immigration, RSA : Macron précise ses attaques

Sur l’immigration, les euphémismes sont de sortis pour annoncer un durcissement des conditions d’accueil et renforcer le harcèlement policier que subissent les migrants et intensifier les expulsions. « On va durcir nos règles sur l’immigration pour que ceux qui n’ont pas de raison d’être ici puissent voir leur dossier étudié plus rapidement et être raccompagnés chez eux » a expliqué Macron. Pour cela, la loi immigration, que le gouvernement souhaitait découper en plusieurs textes, est de retour, et devra être examinée avant l’été.

Second volet de l’agenda des prochaines semaines : la refonte de Pôle Emploi en « France Travail ». A cette occasion, Macron a dessiné de nouvelles restrictions des droits pour les allocataires du RSA, déclarant « on va accompagner pour que jamais une heure de travail ne puisse être moins intéressante que le RSA » alors que le dispositif contraignant les allocataires à réaliser 15 à 20 heures d’« insertion » par semaine, commence à être testé dans 18 départements. Des restrictions qui, en ouvrant la voie à une conditionnalité des pourtant très faibles « minimas sociaux », dessine une offensive historique contre les plus précaires.

Les annonces sur le RSA et la loi immigration, qui font écho aux déclarations de Gerald Darmanin ce lundi sur la « fraude sociale » qui serait en partie « le fait d’étrangers », répondent à la même volonté de cibler des secteurs précaires du monde de travail, l’exécutif comptant sur une réponse plus faible de la population contre ces attaques, préparées par des années de discours anti-migrants et contre « l’assistanat ».

Un nouvel agenda puisque, jusqu’à il y a quelques jours, c’est le lancement d’une « Loi travail » que Macron entendait prioriser. Face à une importante colère à la base qui empêche les directions syndicales de reprendre le « dialogue social » trop rapidement et aux demandes du MEDEF qui considère que « 100 jours c’est trop court  », le Président a été forcé de changer de plan, insistant désormais sur la nécessité de « laisser le temps » aux négociations entre patronat et syndicats plutôt que de précipiter son projet de loi.

Empêtré dans la crise, une reprise en main fragile pour le gouvernement

Si Macron entend donc commencer par s’en prendre aux plus précaires et aux immigrés, pour au passage draguer la droite et tenter de jouer sur les divisions qui traversent le monde du travail, ce nouvel agenda est loin de s’annoncer sans difficultés pour le pouvoir. Sur le terrain de la Loi immigration par exemple, la volonté de découper le projet l’immigration en plusieurs textes répondait à la difficulté pour le gouvernement d’obtenir des majorités au Parlement. En faisant d’abord voter les dispositions les plus répressives (sur l’application plus rapide des obligations de quitter le territoire français par exemple) par la droite et Les Républicains, puis ensuite que la gauche appuie celles qui peuvent sembler, à tort, plus avantageuses pour certains travailleurs migrants (comme le titre de séjour « métiers en tension », valable un an), le gouvernement espérait s’éviter un nouveau recours au 49-3.

A l’inverse, le nouveau plan de Macron implique de chercher un nouvel équilibre à cette loi immigration sur la droite et de se rapprocher des positions de Gérard Larcher (LR). Sur ce terrain, présenter un texte unique apparaît déjà comme une concession en direction du Président du Sénat qui pourrait aller de pair avec des concessions sur le dispositif « métiers en tension », rejeté par LR. Une perspective qui pourrait cependant diviser en retour des secteurs de la majorité de Macron, alors que plusieurs députés macronistes ont confié leurs inquiétudes au Parisien. Un compromis très précaire comme en témoignent notamment les déclarations d’Olivier Dussopt qui n’écarte pas un nouveau 49.3 sur la loi immigration.

Sur le terrain de l’offensive antisociale, Macron devra ainsi se concentrer sur le terrain de France Travail, pariant sur le fait que les directions syndicales ne se mettront pas au-devant de la contestation comme pendant la réforme de l’Assurance chômage où elles sont restées l’arme au pied. Un pari risqué en raison notamment de la pression à la base qui pousse les directions syndicales à devoir marcher sur des œufs quant à la reprise du « dialogue social ».

Pris en étau entre la détermination des travailleurs et l’obstination du gouvernement à refuser toute concession, la CFDT a dû observer un « délai de décence », suspendant sa participation aux négociations au moins jusqu’au 3 mai. Sur un autre ton, Sophie Binet a annoncé ce matin sur BFM TV « qu’il sera difficile de reprendre des relations normales » avec le gouvernement, en visant entres autres le projet de « stigmatisation des chômeurs et des précaires » de réforme du RSA. Un signe que le retour à la normale sera compliqué, alors que les directions syndicales avaient au contraire été de toutes les négociations au sujet de la contre-réforme de l’assurance chômage, qui portait pourtant les mêmes objectifs pour le gouvernement.

Si Macron surjoue la confiance, la crise politique reste donc ouverte et pourrait très rapidement le confronter à de nouvelles difficultés. Celles-ci pourraient notamment éclore au cœur de la majorité relative, face aux compromis insolubles auxquels est contraint Macron par la situation inextricable comme l’avance Le Monde dans un article. En somme, derrière la volonté de l’exécutif de reprendre l’initiative, les difficultés liées à la crise politique et institutionnelle ne s’estompent pas.

Le gouvernement vise les plus précaires : il faut refuser la reprise du « dialogue social » et lier ce combat à la lutte pour les retraites !

Alors que la colère reste énorme comme le montrent les dynamiques de harcèlement de l’ensemble des membres du gouvernement, il y a un enjeu fondamental à poursuivre la bataille contre la réforme des retraites et de la lier aux combats contre ces nouvelles attaques du gouvernement.

Pour cela, il faudra refuser toute reprise du « dialogue social » que le gouvernement comme le patronat cherche à renouer pour canaliser la colère par en bas. Cela implique aussi d’élargir les revendications du mouvement, en défendant par exemple le rejet de loi Darmanin ou l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage, en même temps qu’un programme qui défende l’augmentation générale des salaires et des minimas sociaux, leur indexation sur l’inflation, le partage du temps de travail entre toutes et tous pour que tout le monde puisse avoir un emploi.


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