Crédit photo : cpature d’écran TF1 INFO
Restriction de l’aide médicale d’État, rétablissement du délit de séjour irrégulier, rendez-vous avec les préfets et accords avec les pays nord-africains pour accélérer les expulsions… Se félicitant du rôle clé qu’il a joué dans le durcissement de la loi immigration ultra-réactionnaire l’année dernière, le nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a annoncé la feuille de route de sa politique migratoire dans un entretien sur TF1 ce lundi. En somme, le chef de file des sénateurs LR souhaite rétablir, dans un futur projet de loi, les mesures les plus dures qu’il a introduites lors du passage de la loi immigration au Sénat l’année dernière, qui avaient été retoquées par le Conseil constitutionnel comme « cavaliers législatifs ». Mais il se projette aussi sur la publication de décrets pour contourner les possibles verrouillages à l’Assemblée, et sur la conclusions d’accords internationaux, afin de poursuivre la chasse aux étrangers par « tous les moyens ».
Du travail pour « compléter » la loi immigration : pour réprimer les étrangers, Retailleau assume de détourner l’Assemblée
Interrogé sur la situation inédite à l’Assemblée nationale, marquée par la tripolarisation, Retailleau a affirmé qu’il comptait utiliser tout « le poids réglementaire » de sa fonction à des fins xénophobes et notamment pour venir étoffer la loi dite Darmanin qu’il juge « incomplète ». Cela passerait par exemple par la convocation des préfets des 10 départements avec « le plus de désordre migratoire » pour leur demander d’accélérer les expulsions et de limiter les régularisations.
Retailleau a aussi évoqué la possibilité d’un décret pour supprimer l’aide médicale d’État, mesure qui garantit une prise en charge minimale des soins de santé des étrangers sans-papiers. Il voudrait la remplacer par une « aide médicale d’urgence » ne prenant en charge que les soins préventifs les plus élémentaires ainsi que les soins curatifs dans les cas de risques mortels ou particulièrement graves. En outre, celle-ci serait conditionnée au paiement d’un forfait annuel.
Une mesure raciste qui viendrait restreindre une aide déjà difficile d’accès et précariser davantage les plus pauvres de la société. Cette réforme, d’une brutalité historique à l’encontre des étrangers et dénoncée par bon nombre de professionnels de santé, avait été ajoutée à la loi immigration par les sénateurs républicains menés par Retailleau, avant d’être retoquée en Commission mixte parlementaire. A l’époque, Elisabeth Borne avait quand même promis d’étudier la réforme par la suite. Aujourd’hui, Retailleau assume de vouloir s’appuyer sur sa position de ministre afin d’imposer son venin xénophobe. « Dans le pouvoir réglementaire, je peux aller assez loin, » affirme-t-il sur TF1.
Cela dit, il réfléchit tout de même à proposer sa propre loi immigration, notamment pour rétablir le délit de séjour irrégulier. Autre mesure proposée l’an dernier, le délit de séjour irrégulier criminalise les migrants en raison de leur seule présence en France. Du moment qu’ils sont sans visa ou avec un visa expiré, ceux-ci risqueraient jusqu’à un an de prison et 3750 euros d’amende.
Enfin, Retailleau souhaite « voir jusqu’où on peut aller » pour rétablir les contrôles à toutes les frontières, citant la mesure annoncée ce mois-ci en Allemagne. Une offensive historique adoptée par le gouvernement centre-gauche d’Olaf Scholz, sur fond de montée de l’extrême-droite dans le pays, auquel le gouvernement a donné de nombreux gages, notamment en matière de mesures anti-immigrés, ces dernières années.
Une politique qui s’inscrit dans un projet européen de fermeture des frontières
Citant justement la politique de Scholz, Retailleau évoque l’idée d’inscrire ses ambitions racistes au plan européen en alliance avec « un maximum de gouvernements, y compris de gauche », se réjouissant que nombre d’entre eux aujourd’hui s’alignent sur un programme globalement anti-migratoire. En témoigne non seulement la politique allemande, où la gauche vient de voter une loi pour faciliter les expulsions mais aussi britannique ou italienne… S’inspirant de leur Première ministre italienne, Retailleau annonce vouloir développer des accords avec des pays du Maghreb « pour qu’il puisse y avoir une rétention de l’immigration ». Entendre : déléguer la politique violente d’expulsion et de rétention des étrangers aux pays du Sud, dans une logique d’externalisation des frontières, comme le gouvernement d’extrême-droite de Giorgia Meloni a pu le faire pour l’Union Européenne avec l’Egypte et la Tunisie, main dans la main avec Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne.
Ce sont ces mesures, adoptées partout en Europe et justifiées par une logique xénophobe y compris par les gouvernements de centre et de gauche, qui ont permis à l’extrême-droite de gagner du terrain. Un schéma qu’on a vu en France, avec l’adoption de la loi immigration de Darmanin, main dans la main avec le RN qui avait revendiqué une victoire idéologique, et qui se poursuit aujourd’hui avec le gouvernement Barnier et les annonces de Retailleau.
Reprenant la même feuille de route que Darmanin, il affirmait lundi auprès du Figaro qu’il entend « fermer des mosquées islamistes ou expulser des prêcheurs de haine. » En somme, des annonces qui s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de poursuivre la politique répressive du régime, visant les immigrés et les musulmans en première ligne.
Des offensives dures, mais menées par un gouvernement fragile, contraint à recourir aux procédures anti-démocratiques et à la répression pour maintenir son autorité et faire passer ses projets. Il faut opposer une riposte ferme à ces attaques, en avançant dans des revendications sociales et démocratiques fortes, en affirmant le refus de la division raciste de notre camp au service de l’extrême-droite et des forces politiques qui lui pavent la voie. C’est dans cette perspective qu’il faut construire un mouvement large pour arracher la liberté de circulation et d’installation, en commençant par la régularisation de tous et toutes et l’abrogation de la loi immigration et de toutes les lois racistes.


