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Loi pouvoir d’achat à l’Assemblée : une enfumade générale sur nos salaires !

Depuis lundi, les députés examinent les deux textes présentés par le gouvernement pour faire face à l’inflation. Ces lois constituent un véritable test pour la macronie mais aussi pour les oppositions. Pourtant, à rebours de toute illusion dans les joutes parlementaires, l’urgence est à l’imposition d’un rapport de force contre le patronat pour augmenter les salaires.

lundi 18 juillet

Crédit photo : AFP

Une semaine après l’épisode du projet de loi sur la Covid-19 où la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale, le Rassemblement national et Les Républicains ont mis en minorité le gouvernement, l’examen du projet de loi sur le pouvoir d’achat, qui a débuté ce lundi 18 juillet en séance publique, puis celui sur le budget rectificatif, apparaissent comme des premiers tests grandeur nature sur la capacité de la macronie à gouverner. Du côté des oppositions, l’ouverture du premier grand chantier législatif sert de révélateur.

Au total plus d’un millier d’amendements (1096 amendements) ont été déposés en quarante-huit heures rien que pour le seul projet de loi pouvoir d’achat. De quoi donner le ton d’une semaine qui s’annonce houleuse pour la majorité présidentielle. Si celle-ci s’imaginait pouvoir célébrer « l’ère des forces qui bâtissent ensemble », ainsi que l’avait appelé de ses vœux Elisabeth Borne à l’occasion de sa déclaration de politique générale, on est loin, très loin, de l’esprit du compromis vanté par l’exécutif.

Pour parvenir à ses fins, la majorité -qui n’avait pas vraiment d’autre choix- a voulu s’assurer du soutien des soixante-dix députés LR. Aussi, à l’occasion de l’examen en commission, les rares gestes du gouvernement envers les oppositions se sont portées sur les propositions de la droite, en particulier sur la défiscalisation des horaires supplémentaires. Aussi, les troupes d’Olivier Marleix, disent, pour le moment, vouloir voter le projet de loi pouvoir d’achat. Mais sur fond de désaccords internes quant à l’opposition à construire, une partie d’entre elles n’écarte pas à l’idée de s’opposer à l’adoption du projet de loi de finances rectificative.

Même si la majorité n’évoque pas ouvertement les voix de l’extrême-droite dans son équation, c’est du côté du Rassemblement National que la macronie pourrait également trouver une voie de résolution. Ainsi le parti de Marine le Pen, qui cherche à se consolider comme « une opposition constructive » pour poursuivre son institutionnalisation, a décidé de multiplier les gages en direction de la macronie, jusqu’à promettre de voter les textes du gouvernement. « L’urgence absolue, c’est le pouvoir d’achat. Nous ne sommes pas dogmatiques », se gargarise la députée RN du Var, Laure Lavalette. Prémisse d’un probable futur mariage de raison entre le RN et la majorité présidentielle dans les prochains jours, les deux groupes se sont déjà déjà accordés en commission sur la suppression de la redevance télévisuelle, une mesure qui pourrait être l’une des batailles centrales de cette semaine dans l’hémicycle.

A gauche, enfin, l’ouverture de la session parlementaire permet non seulement de tester l’attitude des composantes de la NUPES vis-à-vis du gouvernement, mais aussi les éventuelles contradictions qui pourraient menacer la coalition. Aussi alors que LFI sollicite la présentation d’une motion de rejet, l’adoption du projet de loi est sujette à débat parmi les autres composantes de l’union de la gauche et reste une « question ouverte ». Pour l’heure celles-ci entendent cependant afficher un front uni face à la majorité pour remettre au premier plan la promesse électorale d’une guérilla parlementaire, en profitant au passage de la déliquescence de plus en plus assumée du RN comme « force d’opposition ». Une stratégie aux résultats nuls sur le fond, et qui désarme notre classe en posant l’issue de la lutte sur le seul terrain institutionnel.

La proposition de projet de loi la Nupes s’avère en outre très en deçà de la situation. Elle comprend ainsi des mesures destinées à améliorer le niveau de vie des populations les plus précaires ayant subi fortement les conséquences de l’inflation, à l’image de l’augmentation du SMIC à 1500€ net, du blocage des prix (notamment à 1,40€ le litre pour les carburants), de l’instauration d’une « garantie d’autonomie » visant à garantir à chaque foyer un revenu de 1102€, de la revalorisation de 10% de l’indice des fonctionnaires à 10% (contre les 3,5% annoncés par le gouvernement), ainsi que des APL. Mais si ces mesures d’urgence constitueraient une amélioration du niveau de vie de certains travailleurs, elles restent très limitées face à une inflation galopante qui tend à devenir structurelle.

Il faut ainsi souligner que la hausse du SMIC et les revalorisations des prestations sociales permettraient de soulager ponctuellement la baisse des salaires réels induits par l’inflation, mais seraient vite rattrapées par l’inflation. A ce titre, seule l’indexation des salaires et de l’ensemble des prestations sociales sur l’inflation pourrait garantir a minima un maintien du niveau de vie, chose que la NUPES refuse de mettre à l’ordre du jour. En ce sens, et plus fondamentalement, le programme de la NUPES remet entre les mains du patronat la question des salaires, puisqu’il conditionne toute hausse de salaires à une négociation entre patronat et syndicats, donc au dialogue social, dans le cadre d’une « conférence sur les salaires » que la NUPES appelle de ses vœux. Une revendication de l’ordre du vœu pieux, à l’image des efforts hypocritement demandés au patronat régulièrement, qui se garde bien de tailler dans ses profits. En d’autres termes, la NUPES refuse de s’affronter réellement au patronat et cherche par là à concilier les intérêts du grand patronat.

Tout en faisant attention à nous préserver d’illusions, ces joutes parlementaires auront au moins le mérite de nous rappeler que pour faire payer la crise aux travailleurs, la bourgeoisie a une politique et de multiples politiciens pour la doter d’habillages aussi différents sur la forme que semblables sur le fond. Pour construire la riposte, la classe ouvrière doit défendre la sienne à son tour : imposer le rapport de forces au patronat pour indexer les salaires sur les prix. L’enjeu est d’autant plus fort que la question de l’inflation se fait de plus en pressante. Selon les estimations de l’Insee, l’inflation va en effet continuer à grimper jusqu’à approcher la barre des 7% en septembre, et se stabiliser entre 6,5 et 7% jusqu’à la fin de l’année. Autrement dit, l’urgence est là pour des millions de travailleurs et de travailleuses qui n’arrivent plus à vivre de leur salaire.

Derrière l’écran de fumée de la loi pouvoir d’achat, Macron a choisi une fois de plus de faire payer la crise aux travailleurs et aux classes populaires. Entre deux caresses dans le sens du poil, quelques triturations là où ça ne fait pas mal, et quelques mesures palliatives, le président de la République s’est en tous cas bien gardé de poser la question des salaires. D’un côté préserver les profits des patrons donc, de l’autres quelques gesticulations face à la crainte d’un nouveau mouvement de type gilet jaune, ou pire d’une vague de grèves. Une fois n’est pas coutume, il s’agirait de donner raison aux peurs d’Emmanuel Macron.



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